‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 46 sur 86 · LE VIEUX CHAPEAU IGO · texte numérisé non relu

LE VIEUX CHAPEAU IGO

me tenir lieu de pardessus, je repoussai cette ofî're affectueuse avec indignation.

Brisson, lui, est d'humeur plus accommodante. Il dit, comme l'ouvreuse : « C'est toujours ça, en attendant. »

Et il prend le vieux chapeau.

XXXYIII

Le But et le Moyen.

Mon excellent confrère du Petit Troyen serait curieux de savoir comment il se fait que la droite réclame la liberté, et il me demande de vouloir bien lui expliquer pourquoi la droite m'applaudit lorsque je la réclame avec elle.

L'explication est tellement simple que la demande me semble un peu naïve. Il va de soi que tous les gens réclament leur propre liberté et crient lorsqu'on la leur enlève. Je sais parfaitement que la droite tiendrait un tout autre langage si, au lieu d'être la plus faible, elle était la plus forte. Mais ce qui me chiffonne, c'est de penser qu'elle peut dire la même cbose des républicains, qui réclament également la liberté lorsqu'ils sont les plus faibles et la refusent lorsqu'ils sont les plus forts.

Je voudrais qu'il en fût autrement et que nous regardassions une chose comme bonne parce

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qu'elle est bonne, et non à cause de ce qu'elle peut paraître à nos adversaires. Je ne connais pas d'argument plus piteux que celui qui consiste à dire : « Voyez qui vous approuve. » -Je me moque de qui m'approuve ou de qui me blâme, lorsque je crois dire la vérité.

La droite, j'en suis convaincu, n'approuverait pas mes idées de liberté, si elle était au pouvoir. Seulement cela ne m'étonnerait pas. Ce qui m'étonne, c'est que les républicains en fassent autant et abandonnent leurs principes et leur doctrine le jour où ils se croient les maîtres. Dans ce cas, les sceptiques ont bien raison de dire que ce n'est pas la peine de clianger.

Mon confrère ajoute que je suis le type du parfait anarcbiste. Te le crois fichtre bien, et je ne l'ai jamais nié. De l'anarcliie, je ne répudie que les bombes, qui sont imbéciles et féroces. Mais je relève du système anarchiste de Proudhon et de la liberté d'Emile de Girardin. Tout autre idéal, je le dirai sans ambages, me paraît absolument stupide.

Idéal, ai-je dit. Car je ne suis pas assez bouché pour croire que cela puisse se faire demain matin et qu'il soit possible de supprimer hic et nunc tout gouverneme'nt. Seulement, j'ai un criteriuirn qu'indique le bon sens. Toute loi qui nous donne une liberté de plus et qui enlève une attribution au gouvernement est une loi qui me

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plaît. Toute loi qui nous enlève une liberté, quelle qu'elle soit, et qui donne une attribution de plus au gouvernement, est une loi qui me déplaît. Pourquoi? Parce que, lorsque je veux arriver à un but, je prends la route qui m'y conduit et non celle qui m'en écarte.

Mon confrère, pareil d'ailleurs à beaucoup de mes amis, ne voit pas les cboses du même œil. Il admet très bien que mon idéal soit le bon et que cbacun doive arriver à se gouverner soimême. Seulement, il est convaincu que, pour entrer en possession de cette liberté, il faut que l'Etat impose sa tutelle et fasse lui-même le développement intellectuel des individus. Autrement dit, c'est par l'excès de l'autorité et de la centralisation qu'on aboutira à l'indépendance individuelle. Youlez-vous aller à E-ome ? Passez par Copenhague.

La géométrie a tort. Ce n'est pas la ligne droite qui est le plus court cbemin d'un point à un autre. Plus vous ferez de l'Etat le maître des consciences, plus vous aurez de chances de vous affranchir de la domination de l'Etat. « Eh quoi I s'écrie mon confrère î Yous voulez la même fin que nous, et vous n'en voulez pas les moyens ! »

La fin, c'est la liberté. Le moyen, c'est de la supprimer. Je suis malheureusement assez âgé pour avoir souvent entendu chanter cet air par IS^apoléon III et son gouvernement. On appelait

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