‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 48 sur 86 · A UN AMI INCONNU · texte numérisé non relu

A UN AMI INCONNU

Où avez-vous vu que je me sois montré froid vis-à-vis de la liberté d'enseigner la doctrine anarchiste et vis-à-vis des lois, dites scélérates, contre lesquelles j'ai voté et dont je n'ai cessé de demander l'abrogation ?

Vous n'avez, dites-vous, pas le droit d'ouvrir un éfablissement scolaire, et vous prétendez que je ne réclame pas contre le besoin d'autorisation. Décidément, mon cher inconnu, vous me lisez fort mal, car c'est ce que je fais tous les jours.

Vous demandez la séparation des Eglises et de l'Etat. Eh ! que dis-je autre chose ?

Vous vous écriez :

a Ai-je le droit de mendier? D'être sans domicile ? De me déguiser en dehors du carnaval, etc., etc.? » Et vous avez raison de vous arrêter, car, s'il fallait énumérer toutes les libertés qui nous manquent, un livre n'y suffirait pas. S'il est un homme qu'on ne saurait rendre responsable de cet état de choses, c'est bien celui qui écrit ces lignes et qui n'a cessé de combattre pour la liberté entière, illimitée, ou, pour mieux parler, n'ayant d'autre limite que la liberté d'autrui.

Là où je ne suis plus avec vous, c'est lorsque Vous me tenez ce raisonnement :

« Si nous vivions dans un régime de liberté, je serais, comme vous, d'avis qu'on ne mît personne en dehors du droit commun; mais, puisque

notre régime est essentiellement restrictif, il n'y a pas lieu de s'opposer à une restriction nouvelle. »

Ceci, permettez-moi de vous le dire, est le raisonnement d'un monsieur qui se console de recevoir des coups de bâton en pensant ciue les autres en reçoivent autant que lui. Je ne connais pas de pire sentiment. Justifier la suppression d'une liberté par la raison qu'on n'en a pas une autre, cela conduit à toutes les servitudes. Yous devriez, pour être logique, demander aussi qu'on supprimât la liberté de la presse, puisque vous n'avez pas la liberté de vous promener par les rues en costume de lancier polonais.

Yous êtes d'ailleurs, sur ce point, je ne fais aucune difficulté de le reconnaître, en parfaite communion d'idée avec la plupart des Français, qui sont de sang impérialiste et qui, dès qu'ils subissent un joug, se tiennent pour satisfaits lorsque ce joug est également subi par leurs voisins. Chez nous, on se plaint beaucoup moins d'une absence de liberté que de voir quelqu'un jouir d'une liberté qu'on n'a pas. L'oppression enchante Guillaume si Jacques est opprimé tout comme lui. Et Guillaume répète, après vous :

« Nous sommes sous un régime qui est fait comme cela. Ah ! si nous étions sous un autre, je ne dis pas. Mais, puisque ce régime existe, il le faut supporter sans réplique. »

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