‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 50 sur 86 · AUTRES TEMPS, MEMES MŒURS · texte numérisé non relu

AUTRES TEMPS, MEMES MŒURS

fidèle à sa foi et qu'il croyait vraiment ce qu'il disait.

Peut-on imaginer quelqu'un d'assez stupide pour conserver les mêmes idées dans des situations différentes ? Et comment un cerveau peut-il être assez obtus pour ne pas comprendre que les paysages ne sont pas du tout les mêmes, selon qu'on les contemple du haut ou du bas de la montagne ?

— ■ Ne trouves-tu pias, disait à son ami, au sortir du prêche, un huguenot du temps de Montaigne, que le ministre a bien parlé ?

— Admirablement. Sa péroraison touchant les devoirs des sujets est irréfutable. L'indépendance vis-à-vis du gouvernement est une théorie infâme. On devrait brûler vifs tous ceux qui se mêlent de répandre ces doctrines subversives et attentatoires aux droits du pouvoir.

— Tu as raison. Cependant, il est heureux qu'on ne les ait pas tous brûlés; car nous n'aurions pas entendu notre excellent prédicateur, qui n'eût pas manqué de monter sur le bûcher pour son discours de l'an dernier, dans lequel il portait aux nues les principes qu'il vient de réduire en poussière.

Cependant, au même moment, un ligueur catholique abordait un moine, dans une rue de Paris, et lui disait :

— Est-ce que ce n'est pas vous, mon père, qui,

il y a un an, m'affirmiez que le roi est le représentant de Dieu sur la terre, qu'il faut obéir aux puissances établies, et que c'est un horrible sacrilège de prétendre penser autrement que selon qu'il est commandé ?

— Oui, mon fils, c'était bien moi.

— Comment se fait-il qu'aujourd'hui vous m'exhortiez à secouer le joug, à envoyer promener mes princes, à les regarder comme des tyrans qu'il faut détruire et à me barricader contre leurs ordonnances ?

— C'est, mon fils, parce qu'ils prétendent nous imposer ce dont nous ne voulons pas.

Ces sortes de dialogues étaient rares; car les partis raisonnent peu et ne réfléchissent pas davantage. A vrai dire, la plupart des hommes n'en cherchent pas si long. Ils jugent comme la chose la plus simple du monde de forcer les autres à penser comme eux; et j'en sais qui disent à l'être assez naïf pour traiter de principe ce qui ne fut qu'un argument d'occasion :

— - Pourquoi vous obstiner à conserver une opinion qui ne peut plus vous être utile ?

La liberté n'est pas un principe, c'est un marchepied. Le parti victorieux la renonce; le parti vaincu s'en empare. Et c'est toujours la même comédie, dont les acteurs seuls sont différents.

C'est au point que certaines attitudes restent absolument incomprises du vulgaire. A l'un de

Page 1