‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 51 sur 86 · AUTRES TEMPS, MÊMES MŒURS · texte numérisé non relu

AUTRES TEMPS, MÊMES MŒURS

ces indépendants obstinés, qui s-e refusent à opprimer personne, on eût dit autrefois : « Mais vous n'êtes donc plus pour Luther, puisque vous ne voulez pas fermer la bouche aux papistes ? » — ou bien : a Vous n'êtes donc plus pour le pape, puisque vous ne voulez pas massacrer le? huguenots ? »

Et malheur à l'infortuné qui eût eu le courage de répondre :

« Je suis contre toute violence, contre toute proscription, contre tout anathème, et pratique ce que j'enseigne. »

Personne n'eût compris, et l'on eût fait un mauvais parti au pauvre diable.

Aujourd'hui, mon vieux Montaigne, on ne comprend pas davantage.

Notre République.

Ce qui a causé l'erreur de beaucoup de bons esprits dans le siècle qui a précédé celui-ci, c'est qu'ils se faisaient une idée fausse de la liépublique.

Ils nous racontaient volontiers que la République serait un régime tout à fait différent des autres, qu'on y réaliserait de grosses économies, que l'administration y serait simplifiée, que la justice y serait rendue dans d'autres formes, que la situation des classes laborieuses serait améliorée, en un mot qu'il se produirait de tels cbangements, que tous les citoyens béniraient leur étoile d'avoir attendu pour les faire naître que ces temps heureux fussent arrivés.

C'était ainsi qu'on s'imaginait généralement la République, dans ces temps d'ignorance si pleins de rêves saugrenus.

Aujourd'hui le monde, devenu plus sage, sait

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oe que c'est que la Eépublique, et en quoi ce gouvernement diffère des gouvernements monarchiques.

La République est tout simplement un régime anticongréganiste.

Depuis que la politique générale s'est concentrée dans la lutte contre les congrégations, tout le monde est heureux, on se sent en République, et personne ne demande autre chose. Le contribuable paie ses impôts avec délices ; l'ouvrier ne sent plus le fardeau de son travail; le justiciable est tout guilleret de perdre ses procès ; l'administré trouve des charmes dans tout ce qui l'affligeait autrefois, et même, après un intelligent passage à tabac, on se sent fier d'être Français en songeant au départ des congrégations.

Ce qui faisait le malheur du siècle écoulé, c'est qu'il ne se rendait pas un compte exact de ce qu'il voulait. Il était comme un homme qui a un pli dans sa chaussette, et qui est en proie à la désolation la plus profonde. On cherchait ceci, cela; les socialistes offraient toutes sortes de panacées ; les hommes d'Etat rêvaient des constitutions ; les hommes d'action faisaient des barricades. Tout d'un coup on s'est aperçu que rien n'était plus simple; on a découvert le pli à la chaussette ; on bannit les congrégations, et voilà qu'une félicité sans mélange se répand

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dans toutes les classes sociales. « Enfin nous avons la Eépublique ! » s'écrie Gavroche en regagnant sa paillasse.

Ce n'était pas plus difficile que cela. Faut-il que nous ayons tous été bêtes pour n'y avoir pas songé plus tôt! Enfin,, comme dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais. Le vingtième siècle s'ouvre dans la sérénité, il ferme le cycle des révolutions et des revendications ; les ris succèdent aux plaintes ; tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, et il ne nous reste rien à désirer.

Pour moi, je suis complètement convaincu, et d'autant plus décidé à ne réclamer plus rien, que tous ceux qui se permettent de réclamer encore quelque chose sont traités par leurs concitoyens de mauvais esprits et de gens qui ne sont jamais contents. A Dieu ne plaise que je continue à m'attirer l'animadversion publique et à me laisser jeter aux gémonies^ en ne manifestant pas une vive allégresse et en ne prenant pas part à l'enthousiasme général. J'irai, moi aussi, répétant partout que ma jouissance est sans bornes, qu'ainsi que Moïse j'ai contemplé la Terre promise et que je ne dois de n'y êti^ pas entré qu'à ma vieillesse et à mes péchés d'antan.

Yoici donc toutes les questions politiques et sociales résolues d'un même coup. Et la preuve

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