‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 52 sur 86 · NOTRE RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

NOTRE RÉPUBLIQUE

qu'elles sont bien résolues, c'est que personne n'y songe, non plus qu'à s-es vieilles pantoufles Un de mes collègues, à qui je demandais l'autre jour pourquoi il était si pressé de faire arriver la nouvelle loi en discussion, me répondait ingénument : « Parce que nous n'avons rien à faire. » Ce qui nous laisse espérer que, lorsque nous en aurons fini avec les congrégations, il n'y aura plus qu'à nous mettre à la porte. Car nous en serons évidemment réduits à deviner des charades, ou à établir un jeu de tennis dans la salle des séances.

On apprend à tout âge. Je vois aujourd'hui très clairement qu'en réalité il n'y a jamais eu dans ce pays de guerre politique ou sociale. C'étaient là pures apparences. Il ne s'y agit que de guerre religieuse. Une seule question est prépondérante, à savoir si nous aurons une foi religieuse ou si nous n'en aurons plus. Tout sera accepté par ceux qui veulent une foi religieuse, pourvu qu'ils gardent la foi religieuse ; de même tout sera accepté par ceux qui ne veulent pas de foi religieuse, pourvu qu'il n'y ait plus de foi religieuse. Malheur à ceux qui déclarent que cela leur est parfaitement égal. Ceux-là sont honnis par tout le monde. Et tout le monde a raison, car ceux-là n'ont pas compris que ré'publique ou monarchie, qu'autorité ou liberté, que démocratie ou ploutocratie ne sont que des

mots plus ou moins troublants, et qu'il n'y a d'autre discussion que celle qui s'est établie entre la croyance et la négation.

Et moi qui étais assez naïf pour m'étonner de la ressemblance qui existe entre notre époque et celle de la Ligue ! On se ressemblerait de plus loin. Nous sommes exactement semblables à nos pères, et savoir s'il y a ou non quelqu'un dans le ciel nous semble une affaire tellement importante que nous lui sacrifions tout le souci de nos intérêts terrestres.

Cléricales ou laïques, toutes nos assemblées ne sont en réalité que des conciles.

xLin

Colin-Maillard.

Le journal la Libre Parole m'a toujours voulu du bien. Chacun sait cela. Il a même été, au temps de sa toute-puissance, jusqu'à me faire arrêter, sur la dénonciation d'un juif de ses amis, afin de me permettre de faire la connaissance intime d'un certain nombre de juges et de compléter ainsi mes études sur l'ignominie de la magistrature française.

Aujourd'hui, pour mettre le comble à ses bontés, la Libre Parole me fait monter au rang de ses collaborateurs, et, insérant un de mes articles en tête de ses colonnes, y ajoute cette note élogieuse, qui m'a délicieusement flatté, qu'il pourrait être attribué à la plume de M. Drumont.

Malheureusement, je me vois obligé de décliner tous ces excès d'honneur, en constatant que je ne les ai nullement mérités.

196 LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEMENT j

La feuille antisémite les justifie en parlant de ce qu'elle appelle mon revirement. Or j'ai eu beau m'examiner dans tous les sens, il ne m'est point apparu que j'eusse jamais reviré.

Je connais des gens qui ont reviré. Je connais par exemple des liommes qui excitaient au massacre de ceux qui ne pensaient pas comme eux, qui ne parlaient que de les égorger, de mettre leurs tripes au soleil, de renouveler toutes les horreurs de la Saint- Barthélémy, et qui aujourd'hui, voyant qu'il ne s'agit plus de ceux-là, ne sont plus que tolérance, mansuétude et bonté, revirement qui, je le reconnais, est tout à leur avantage.

Je connais aussi des républicains qui ont reviré, autrement dit qui, après avoir chanté les bienfaits de la liberté, se sont lancés à toutes voiles dans l'arbitraire. Mais je n'appartiens à aucune de ces catégories.

J'ai si peu reviré, que, si l'on parcourait la collection des journaux trop nombreux où il m'est arrivé d'exprimer ma pensée, on ne trouverait aucune différence entre les articles que j'écris aujourd'hui et ceux que j'écrivais, même au temps de la Commune. A vrai dire, je n'ai fait qu'un article; on ne fait jamais qu'un article, disait un de nos plus illustres confrères; et cet article, qui m'a fait jouir de la solitude de beaucoup de prisons, m'a valu quelques félicita-

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