‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 53 sur 86 · COLIN-MAILLARD · texte numérisé non relu

COLIN-MAILLARD

tions, sans d'ailleurs servir absolument à rien.

A Dieu ne plaise que je dise cela pour me vanter. Je sais parfaitement qu'on peut changer d'opinion et rester honnête homme ; mais on n'est pas nécessairement malhonnête parce qu'on se refuse à en changer. Peut-être n'est-ce pas trop demander que de plaider les circonstances atténuantes pour quelqu'un qui commet la faute grave de demeurer fidèle aux principes de toute sa vie. Il serait juste de se contenter de le regarder comme un imbécile, qui comprend très mal ses intérêts.

Ce sont les autres qui ont reviré. C'est comme au théâtre, oii le spectateur s'imagine que les personnages marchent, lorsqu'en réalité c'est le décor qui bouge. Autrefois, les gens croyaient aussi que le soleil tournait ; Galilée s'est aperçu que c'était la terre, et cela a beaucoup contrarié. Ce sont des choses qu'il ne faut pas qu'on dise. Il y a des vérités qu'il faut garder. Je demande pardon de me comparer au soleil ; mais, après la comparaison de la Libre Parole, toutes les ambitions ne me sont-elles pas permises ?

Prenons une similitude plus prosaïque. Il m'est arrivé ce qui est regardé comme une bonne farce., quand on joue à colin-maillard, et que, ayant bandé les yeux du patient, tout le monde quitte la place et le laisse tout seul. Le malheureux étend les bras, va à droite, à

gauche, ne saisit que le vide, ou se heurte aux commodes. On rit au loin. Enfin il arrache son bandeau et comprend pourquoi il n'arrivait à rien. Il est tout seul. Soit. Seulement, jusqu'ici on ne s'était pas avisé de dire que c'était lui qui avait quitté le salon et de lui reprocher d'avoir abandonné les autres.

Au demeurant, je suis beaucoup moins seul que je n'en ai l'air, si j'en crois les compliments d'une foule de bons républicains, parmi lesquels nombre d'hommes d'Etat qui viennent m'assurer de leurs sympathies et m'engager à continuer, tout en regardant dans tous les coins pour savoir si on ne les entend pas. E-ien n'est plus amusant.

Et je saisis partout ces paroles :

« Evidemment, il a raison ; mais il faut bien que nous fassions comme tout le monde. »

Le plus grand des torts est en effet d'avoir raison contre tout le monde. Ce fut le cas de Galilée, déjà nommé; ce fut le cas de quantité de pauvres diables, cités ou 'non cités dans les histoires, et tout d'abord de cette malheureuse Cassandre, qu'on accablait d'injures parce qu'elle disait la vérité. Quand la" vérité est votre seule maîtresse et qu'on n'obéit qu'à elle, il faut se résigner à n'être compris de personne.

Cette résignation m'est aisée. Je ne suis pas exigeant ; je ne demande qu'une chose à ceux

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