‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 61 sur 86 · MORALITÉ DE LA LOI · texte numérisé non relu

MORALITÉ DE LA LOI

Il y a deux systèmes pour renseignement qui sont bons tous les deux, à des points de vue divers : il y a le système du monopole que je n'admets pas, mais que je comprends parce qu^il est logique, franc, honnête et loyal. L'Etat fait de l'enseignement un objet d'Etat ; par conséquent, il nomme ses instituteurs et ses professeurs comme il nomme ses receveurs de l'enregistrement. C'est très clair, il ne fait pas une loi de personnes ; il choisit ses personnes et ses fonctionnaires et donne les programmes de l'enseignement.

Il y a ensuite le système de la liberté ; — mais nous causerons de tout cela quand la loi re* viendra du Sénat.

Pour le moment, messieurs, vous votez — car vous l'avez votée — une loi qui a un aspect — je voudrais employer un mot assez parlementaire — un aspect un peu jésuitique. (Interruptions et rires sur divers bancs.)

Un peu de bon sens suffit pour s'en convainci^. Vous conservez la liberté de l'enseignement, c'est un droit, dites-vous; mais en fait, vous la supprimez, puisque vous faites d'avance des parias et que, d'avance, vous dites à telles personnes : « Vous n'enseignerez pas ! »

Vous avez des motifs excellents, mais, encore une fois^ demain un autre gouvernement, une réaction viendra qui supprimera également

d'avance le droit d'enseigner à certaines personnes pour des motifs non moins bons. Car, remarquez que ce sont bien des personnes que vous atteignez puisque vous laissez subsister l'enseignement. L'enseignement sera le même demain qu'aujourd'hui ; c'est donc simplement, comme je l'ai dit dans un article auquel on a fait allusion, une question d'habit.

Je vous avoue que cela ne me suffit pas et j'en reviens à mon second motif qui est que cette loi sera complètement inutile. Or, toute loi inutile est une loi dangereuse. Elle est inutile tout d'abord parce qu'on a dit souvent : le Gouvernement aurait pu procéder par décrets, ce qui nous aurait permis de consacrer un mois à des discussions plus importantes à mon avis. Elle sera inutile dans l'application puisque,, comme je le faisais remarquer tout à l'heure, l'enseignement continuera sous la soutane ou sous la redingote comme il était aujourd'hui sous le froc; et vous serez obligés de faire autre chose, d'arriver à ce monopole qui, pour moi, serait très mauvais; mais j'espère que vous arriverez à mieux — et alors je serai entièrement avec vous — que vous arriverez enfin à l'unique solution, à la séparation des Eglis,es et de l'Etat et à la suppression du budget des cultes. (Très bien! très bien! à V extrême gauche.)

Hors de là il n'y a aucun salut, il n'y a que

Page 1