‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 63 sur 86 · DUPEURS ET NIAIS · texte numérisé non relu

DUPEURS ET NIAIS

trappisterie, et comme on le lui demandait, affirmer nettement sa politique. Si elle est, comme il l'a dit, une politique de liberté, M. de Freycinet aurait dû répondre carrément :

a J'entends ne pas plus servir les jésuites rouges gambettistes que les jésuites noirs ultramontains. Je regarde l'exécution des décrets comme une bêtise. Je ne suis point le représentant d'une secte combattant une autre secte. Je n'ai nullement l'intention d'empêcher mes ennemis politiques d'aller et de venir comme il leur convient. Si cette politique-là n'est pas la vôtre, et si vous êtes des autoritaires, j'ai bien l'honneur de vous saluer. »

Il y a en France beaucoup d'imbéciles, le triomphe de Gambetta le prouve, mais il y a aussi beaucoup de gens de bon sens, et quand on leur dit la vérité, ils la comprennent. Je me souviens que, lorsque j'ai commencé ma campagne contre l'article 7 et les décrets, j'étais tout seul et qu'on me disait partout, même dans mon propre journal : « Que faites-vous? Il 'ne faut pas heurter de front l'opinion publique. »

— • Allons donc, répondais-je, quand l'opinion &e trompe, il faut la ramener au vrai, tel est le devoir^ et, si l'on n'y réussit pas, tant pis. Jamais je ne m'inclinerai bassement devant une sottise, parce qu'elle sera dans toutes les bouches.

C'est à partir de ce moment que le gambettisme trouva bon de m'appeler jésuite, ce qu'il continue encore, et ce qui fait beaucoup rire tous ceux qui me connaissent. Si j'avais le tempérament d'un jésuite, c'est-à-dire d'un Tartufe, que serais- je sinon opportuniste?

Eh. bien, peu à peu, la vérité s'est fait joui. De tous côtés, des adhérents sont venus à la cause de la liberté. Aujourd'hui, les vrais républicains sont unanimes à reconnaître que j'avais raison, que la liberté ne se scinde pas et que, lorsqu'on la veut pour soi, il faut la tolérer chez les autres.

Et dans ce moment même où j'écris, n'avonsnous pas un exemple formidable de ce que je vous ai toujours dit, ô travailleurs, que toutes les lois d'exceptions, que toutes les défenses, que toutes les interdictions retombent sur vous ? Je reviens du pays des grèves. Eh bien ? Pourquoi ces grèves ne réussissent-elles pas? Pourquoi, dans cette lutte entre le capital et le travail, le capital a-t-il toujours le dessus? Tout simplement parce qu'on vous refuse la liberté d'association. Et pourquoi vous la refuse-t-on? Sous prétexte que les jésuites et les capucins en profiteraient (1).

(1) M. Thiers avait dit : « Si vous faites la liberté d'association, je ne vois pas comment vous vous y prendrez pour en exclure les congrégations. » On l'a vu depuis, mais, en ce temps-là on n'avait pas cru la chose possible.

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