‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 65 sur 86 · LES CONCORDATS · texte numérisé non relu

LES CONCORDATS

s'en passer. Les autres ne pouvaient avoir la paix qu'à cette condition. On ne peut servir deux maîtres ; et il est évident que la coexistence de c€s deux maîtres exige impérieusement une entente entre eux.

Je comprends donc encore aujourd'hui que ceux qui veulent un Etat fort soient partisans d'un concordat avec une Eglise considérable. Ces hommes sont incontestablement dans la logique ; mais, je le répète, ce sont des hommes du passé.

Nous qui sommes des hommes de liberté, qu'avons-nous à voir avec ces deux puissances ? Nous ne voulons ni de l'une, ni de l'autre. L'Etat nous dit : « Je veux être votre maître. » L'Eglise nous dit : « Moi aussi. » Nous, nous répondons ; « Point de maîtres. » Pourquoi signerions-nous des concordats entre deux pouvoirs que nous répudions également?

Des sociétés organisées sur la base de la liberté ne se règlent pas ainsi. Fais ce que vouldras, a inscrit le bon Rabelais sur le fronton de l'abbaye de Thélème. Fais ce que voudras, répétons-nous après lui. A quoi bon tant d'affaires ?

Nous sommes des hommes qui nous réunissons dans une société. Il faut bien, je le reconnais, que nous nous imposions certaines règles. Mais il faut les réduire au strict nécessaire,

à de simples règles de police. Au lieu de partir des droits de cette abstraction étrange qu'on appelle l'Etat, on doit partir des droits de l'individu, seul être ayant une existence réelle, et qui n'a à céder à la collectivité que ce qui est indispensable à cette collectivité. Toute cession d'une part de liberté doit correspondre à un service rendu. Quand l'individu ne gagne pas à céder, point de cession.

Il est évident, par exemple, que l'individu a intérêt à éprouver quelques ennuis, à donner quelque argent pour que les rues soient libres, pour qu'on le préserve des voleurs, et pour qu'on protège sa personne et ses biens. Ainsi du reste.

L'Etat, réduit à ce rôle, ne peut être gênant en aucun cas pour la liberté de conscience. Adorez Jésus, adorez Proudhon, adorez Ténus ou n'adorez personne, ce n'est point l'affaire de l'Etat, qui n'a aucun rôle moralisateur, et qui est simplement une société d'assurances contre les risques à courir dans la vie.

Tel est le principe, et si l'on avait la franchise de l'établir une bonne fois, tout le reste coulerait de source.

Les cultes seraient tous libres en tant que cultes. Seulement les citoyens qui les exerceraient, ne pouvant posséder aucun privilège, seraient naturellement soumis au droit commun,

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