LA VRAIE LIBERTÉ
ne votât rien du tout que de voter des lois comme celle qu'elle vient d'adopter sur l'enseignement secondaire.
Le terrible et le dangereux, c'est que, tout ce travail n'aboutissant probablement à rien, on en profitera pour déconsidérer à la fois la Chambre et le Sénat. Les députés voteront, cette année, des lois détestables; l'année prochaine, le Sénat les repoussera : résultat dans deux ans, néant. On aura beaucoup parlé dans le vide, et chacun sera Gros-Jean comme devant.
On a vu que la Chambre des députés a adopté, à une majorité considérable, il est vrai, et en première lecture, il est vrai encore, la singulière loi qui met l'enseignement dit libre sous la tutelle de l'Université. M. Freppel a été assez plaisant dans cette occasion.
La commission n'avait pas osé maintenir le mot libre, elle avait eu cette pudeur, elle l'avait remplacé par le mot yiivé. M. Freppel a réclamé et le mot libre a été rétabli. C'est, en eiïfet, beaucoup plus drôle comme cela.
Si, en effet, la loi passe définitivement, nous serons tous libres... d'obéir à l'Etat. Nous pourrons 'enseigner librement tout ce qu'il plaira au ministre de l'Instruction publique de penser. C'est là la vraie liberté, celle qu'on se donne à soi-même et qu'on refuse à tous les autres.
Louis XIY la connaissait très bien et l'appliquait tous les jours.
a Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis. » On appréciait déjà cette maxime du temps de Molière. Chaque année le gouvernement nous dira ce qu'il faut croire, ce qu'il faut savoir, et ce qu'il faut apprendra. Et un tas de nigauds obéiront, lesquels se croiront très libres, parce que le maître, au lieu de porter une soutane, sera vêtu d'un paletot.
Tout le monde paraissait d'avis que le certificat d'aptitudes pédagogiques était inepte, on l'a voté tout de même. Dès lors, on ne pouvait pas hésiter à voter tout le reste qui est moins ridicule. Un orateur, à propos des diplômes, a même eu un très beau mouvement d'éloquence en s'écriant (ce à quoi je m'attendais depuis plusieurs jours et que je m'étonnais de ne pas voir venir) : « Est-ce qu'il est jamais venu à personne l'idée de trouver mauvais le diplôme de médecin ou d'avocat? »
Malheureusement, ce mouvement d'éloquence a été glacé, quand nous lui avons crié de notre banc :
« Mais oui, mais oui, cette idée nous est parfaitement venue ! »
Le malheureux n'y compi^enait plus rien. C'est à lui qu'il n'était jamais venu en pensée que quelque fou pût vouloir la liberté des pro-