‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 73 sur 86 · LES CROYANCES LAÏQUES · texte numérisé non relu

LES CROYANCES LAÏQUES

de la montagne, erreur au delà de la montagne, voilà la morale.

Je sais bien que la République française m'accuse de faucher à plaisir toutes les croyances laïques. Croyances laïques, le mot m'a plu. Probablement, ces croyances sont aussi gratuites et obligatoires. Mais je ne serais pas fâché de savoir en quoi elles consistent.

Une croyance religieuse, cela se conçoit. Vous faites intervenir un être supérieur, une révélation; vous vous inclinez, vous obéissez, Yoilà qui va bien. Hors de là, je ne sache pas qu'il y ait autre chose que la raison individuelle, et vraiment on conviendra qu'il serait terrible, après avoir refusé de soumettre sa raison à Dieu et au pape, de la livrer à M. Ferry, à M. Gambetta ou à tout autre représentant de la vérité relative et du gouvernement du moment.

La raison m'apprend certaines vérités scientifiques, telles que : deux et deux sont quatre, et : la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. Mais je ne pense pas que ce soient là les croyances laïques qui, selon la Réimhlique française, constituent la morale. Il n'est pas une de ces prétendues croyances qui ne puisse être niée par la raison, à commencer par la monogamie, laquelle est si peu dans la nature que je voudrais connaître les

noms des rédacteurs de la République française qui l'ont pratiquée.

La vérité est qu'il y a des institutions sociales, qu'on fait bien de les respecter, tant qu'elles sont du goût de la majorité, mais qu'elles ne constituent nullement cette réunion de principes qu'on se plaît à appeler la morale. Avec la naïveté inhérente aux belles âmes, les rédacteurs de la République française ne s'aperçoivent pas que les fameuses croyances laïques dont ils parlent sont tout simplement les vestiges du christianisme qu'ils ont détruit.

Que ces messieurs le veuillent ou non, il est certain que les sociétés occidentales ont été édifiées sur la base du christianisme et que toutes les lois avec lesquelles vous faites la morale devraient être considérées par vous comme autant de préjugés, car toutes viennent de là. Yous avez sapé la base, mais le château reste encore en l'air, tenant debout par la force de l'habitude. Nous pouvons habiter ce château, en attendant mieux. Seulement, on nous permettra de rire de ceux qui le croient encore appuyé sur quelque chose.

La République française m'accuse de ne respecter rien. Il est difficile de faire autrement quand on ne se paye pas de mots, et qu'on ne veut respecter que ce qui est respectable.

J'aurai toujours gagné à ce petit incident

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