‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 79 sur 86 · LA VRAIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA VRAIE POLITIQUE

nagé les conseils et les reproches que Rochefort et moi, si nous n'avions pas été arrêtés par Versailles, aurions fort bien pu l'être par l'Hôtelde-Yille. Chacun sait ça. Chacun sait aussi que l'état de guerre n'est pas l'état de paixs La guerre a précisément cela de mauvais que, lorsqu'elle règne, il ne peut plus être question de liberté ; je suis le premier, dans ce cas-là, à reconnaître qu'il faut une discipline et un pouvoir. Mais prétendre que ce que la Commune était obligée de faire pour se défendre, elle l'eût fait dans une ère pacifique, c'est la calomnier.

Ceci dit, et puisque aujourd'hui nous n'avons aucun combat intérieur à craindre, nous pouvons revenir à cette grosse affaire de la liberté et de l'autorité. M. Fouquier regarde l'abbaye de Thélème comme un idéal, moi aussi. Certainement cette merveilleuse fantaisie ne se réalisera pas après-demain. Mais, mon cher confrère, quand on a un idéal (et il paraît que c'est le vôtre aussi), il convient de défendre et de voter hardiment tout ce qui en approche ; il convient également de s'opposer à tout ce qui en éloigne. Qu'avez-vous donc fait lors de ces discussions sur l'enseignement et sur la presse qui sont les causes de notre débat ; vous avez, en bon opportuniste, voté contre la liberté, sous prétexte que le moment n'est pas venu. Mais, malheureux, le vrai moyen de le faire venir, ce moment, c est

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de voter en. faveur de toute liberté qui se présente.

L'Empire avait de ces argum-ents-là. Xous lui disions alors : « Un peuple ne peut s'habituer à la liberté, qu'à la condition de l'avoir. » Nous n'avons pas changé, et croyons encore que tout appel à l'arbitraire est un recul et un empêchement à l'éclosion, à l'acclimatation définitive de la liberté.

llabelais, dites-vous, voulait la liberté réglée par des lois. Je n'en sais rien ni vous non plus. Mais ce que je sais fort bien, c'est que toute loi qui opprime la liberté est une mauvaise loi.

Je ne songe point du tout à revenir à l'état sauvage, et je sais que chaque individu faisant partie d'uue société doit abdiquer une portion de sa liberté naturelle en faveur de la liberté des autres. Le point est qu'il en abdique le moins possible, et, toutes les fois qu'on me présente une loi, je me pose cette simple question :

« Est-il indispensable à l'existence de la société que je me prive de cette liberté-là ? »

Quand je me réponds : « Non », je vote contre.

Car, si je dois évidemment me priver de la liberté de voler, d'assassiner, etc., etc., je ne vois pas du tout que je doive me priver de la liberté de m'associer, de la liberté d'enseigner, et de la liberté d'écrire. Je le vois d'autant moins, qu'il

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