CHAPITRE PREMIER
DE l'inspiration DE LA BIBLE.
Mamëres diverses de conoevoir l'inspiratron. — Le travail de Fhomme se disparaît pas en^jèremeot dans las Llvzes sacrés. — Autorité de ces Livres : — dans les matières religieuses, — dans les matières profane. — Vrai point de Tue auquel il faotae plae^.-— OpiiMOfi de Bolden. — L'autorité de la Bible doit être complétée par celle de l'Église.
La foi iKms apprend que rÉcrilure est la parole de Dieu« Expreasioa de la vérité même, soa té-moigQage a, par ûoaséqoeat, une autorité mfail- Uble.
Maiseommeiit entendre ces assertions? Faut-il croire que, dans ce livre, le travail de rhjomme n'ait aiieune part? Est-il sorti, tout d'une pièce, de
la pensée divine, et les écrivains sacrés n'ont-ils eu d'autre rôle que celui de reproduire littéralement ce que leur dictait TEsprit-Saint? En d'autres termes, peut-on assimiler toute la Bible à ce Décalogue, écrit de la main de Dieu même sur des tables de pierre ?
Ce n'est pas ainsi que la théologie explique l'inspiration accordée à Moïse, et à ceux qui continuèrent son œuvre. Elle y reconnaît des degrés divers ; et quoique tout ce qui est contenu dans les Livres saints soit la parole de Dieu, il y faut faire néanmoins une certaine distinction des matières, et admettre certaines nuances dans la question d'origine.
Un prince ou ses ministres ont sous leurs ordres de nombreux secrétaires ; mais ils n'usent pas toujours également de leurs services. Quelquefois ils dictent , d'autres fois ils font connaître leujrs intentions d'une manière générale, et chargent ensuite leurs inférieurs de la rédaction, abandonnant à leur travail personnel et la forme et les détails. Il pourrait même arriver parfois que l'initiative fût entièrement le fait des subordonnés ; leur œuvre n'en aurait pas moins d'autorité, si elle était adoptée ensuite et revêtue de la signature royale. ^
A ''peu près de la même manière, les docteurs
ODt distingué plusieurs degrés dans l'aide que Dieu accorde aux auteurs de nos Livres saints.
La révélation a lieu, quand il leur manifeste des vérités qu'ils ignoraient, ou qu'il leur fait connaître, en même temps, ce qu'ils doivent écrire et les formules dans lesquelles il le faut exprimer. ^inspiration suppose un mouvement intérieur qui pousse l'écrivain à prendre la plume, et qui le dirige, de peur qu'il ne s'égare. V assistance e^t un secours qui le préserve de tomber dans l'erreur, et lui fait choisir, entre plusieurs sujets, ceux qui seront les plus utiles aux hommes.
On a fait encore une quatrième hypothèse : Un livre qui aurait été écrit sans aucune assistance divine, mais qui viendrait ensuite à être déclaré véridique par le Saint-Esprit, ne serait-il pas, en un sens très-réel, la parole de Dieu? Bon nombre de théologiens sérieux ont répondu affirmativement (1) ; quelques-uns d'eux ont même pensé que certains livres historiques, comme le second des Machabées, n'étaient divins que de cette manière ; mais leurs raisons ne nous paraissent pas convaincantes.
Ce qui est vrai, c'est que l'assistance et même.
' (1) On peut citer entre autres Lessius, Hamelius, Bonifrère, Mel- ^hioT CanO) Cajetan, BeUarmin, Cornélius a Lapide, etc.
dans une certaine mesare, l'inspiration peuvent exister sans être absolument senties ; Di^ sait ce qu'il fait, cela suffit; quant à Técnyain, il n'est pas nécessaire qu'il ait conscience de l'action surnaturelle à laquelle il obéit, ni de la source élevéo d'où lui viennent ses lumières. Il pourra donc parler de son travail^ des difficultés qu'il éprouve^ des appréhensions où il est de ne pas satisfaire ses lecteurs : toutes choses qui montrent, ai^urément, que l'homme n'est point effacé, et qu'on ne doit pas voir en lui l'iastrument pasi^f d'une puissance supérieure.
Du reste, il suffit d'ouvrir la Bible pour reconnaître cette vérité. Chacun des auteurs isaerés n'a-t-il pas son style, sa manière, son caractère particulier et comme son cachet qu'il imprime à ses œuTres ? Quoi de plus dissemblable que les narrations simj^es des livres des Rms et les sublimes tableaux d'fsaïe? La poésie si fraîche et si naïve de l'histoire de Ruth n'a rien de com^ mun avec les grandioses deseriptîoiis du livre de Job, ni avec le lyrisove entraînant des Psainnes* Tous les tons, toutes. les nuances, se retrouvent dans la littérature biblique, preuve évidente que la pensée divine elle-même emprunte quelque chose au canal humain, par lequel elle passe pour venir jusqu'à nous^ Ce <|ih est cooumm à
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tons les oi^anes derEsprit-Saînt, c'est la possession de la Yérité et son exacte représentation, •qtielle que soît d'aillenrs la forme sous laquelle ils ncffB la montrent.
Les prophètes parlaient, écrivaient d'ordinaire sur un ordre exprès, qu'ils avaient reçu de Dieu, ils répétaient fidèlement des oracles venus du Ciel, dont eux-mêmes ne saisissaient pas toujours peutêtre le sen^ ni la portée. C'était Tinspiration proprement dite.
Moïse, le législateur choisi du peuple élu, est semblablement guidé pas à pas dans toutes ses dàaarcfaes,. et, s'il prend la plume, soit pour ra- <îOQter rhifftoire de nos origines, soit pour retracer les événements oii il est à la fois témoin et acteur, c'.est toujours d'après un mandat positif, qui lui est donné et qui fait partie de sa mission providentielle. Néasmoins beaucoup de choses qu'il a vues n'ont pa» besoin , saBs doute , de lui être révélées de nouveau ; il parle d'après sa science personnelle, une simple assistance sufiKt pour écarter tout danger d'enreur.
D'antres, parmi les écriraîns sacrés, paraissent aîVMr été déterzaînés k écrire partes circonstances, et l'on ne voit extérieurement aucun signe d'interventîort divine ; mais, alors même^ FEsprit-Saint agissait en eux, peut-être à leur insu, et cette ac-
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tion était manifeste pour ceux qui conservaient le dépôt des Écritures.
De quelque manière que ces livres justement appelés saints aient été composés, du moment qu'ils ont été reconnus authentiquement, et qu'ils font partie du canon fixé par l'Église, ils jouissent d'une autorité égale auprès de tous les véritables croyants.
Quelle est cette autorité? Commtot s'exercet-elle sur les intelligences ?
Dans ce qui concerne la vérité religieuse, soit dogmatique soit morale, l'Écriture , jointe à la tradition et interprétée par elle, renferme tout ce que nous avons à croire et à accomplir. « Inspirée de Dieu, comme dit S. Paul^ elle sert à enseigner, à tracer la ligne de démarcation entre le vrai et le faux, à reprendre ceux qui s'égarent et à faire grandir l'homme dans la justice (1). » Aussi les Pères de l'Église et les docteurs sont-ils unanimes à nous représenter 1 Esprit-Saint comme parlant aux hommes par l'Écriture : ce sont les seuls livres qui portent le nom de divins ; les seuls dont le témoignage, du moment qu'il est connu d'une manière certaine^ réclame une foi absolue ; les seuls
(!) Omnis Scriptora divinitus inspirata utilis est ad dooendura, ad argnendum, ad corripiendiim, ad enidiendum in juatitia. (II Tim. III, 16. )
qu on lise authentiquement dans rassemblée des fidèles, comme contenant la règle de notre fpi.
Aussi le concile de Trente, dans sa iv* session, a-t-il déclaré que Dieu est Tauteur de l'Ancien et du Nouveau Testament ; il a déterminé le nombre des livres canoniqtieSy et prononcé l'anathème contre quiconque refuse de regarder comme sacrés tous ceux qui figurent dans cette liste.
Voilà quelle est, aux yeux de la théologie, Tautorité religieuse de la Bible. Rien, à proprement parler, ne lui est supérieur, puisque c'est celle de Dieu même. L'Eglise a seulement le droit de l'interpréter, c'est-à-dire de déclarer quel en est le sens véTitâble.
Mais^ outre ce qui concerne la foi et les mœurs, la Bible renferme encore une multitude de choses tout à fait étrangères à ces deux objets. Ce sont des faits purement historiques, des détails tenant à la géographie, à Thistoire naturelle, ou se rattachant aux autres sciences d'un ordre entièrement profane. Faut-il admettre que la lettre du texte sacré doit faire loi dans ces diverses branches de la connaissance humaine? Comment expliquer les contradictions apparentes qui se rencontrent entre Tétat actuel de la science et le langage des écrivains inspirés ?
Certes voilà une question qui préoccupe à juste
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titre un grand nombre d'esprits. Les uns^ franchement chrétiens, ne sont pas sans inquiétude, quand ils voient les découvertes modernes amener à notre connaissance certains faits qui ne semblent pas concorder entièrement avec les récits bibliques ; ils se sentent prêts soit à douter de la science, soit même à tourmenter les expressions de TÉcri^ ture pour les mettre d'accord avec elle. Les autres, opposés systématiquement à nos croyances, triomphent dès qu'ils pensent avoir trouvé l'occasion de mettre dans leur tort les monuments auxquels toute l'économie de la révélation se rattache. De là je ne sais quel état de défiance, d'un côté, et de dédains, de l'autre ; ceux-ci proclamant à grand "bruit la défaite définitive de la religion, convaincue de mensonge et d'erreur par la science moderne ; «eux-là tenant ferme sur le principe de l'inspiration, et révoquant peut-être en doute les conquêtes les plus légitimes de l'esprit humain dans Tétude de la nature.
On évitera ces excès opposés^ si on veut se rendre un compte exact de l'intention providentielle qui a présidé à la composition des Écritures. Qu'est-ce que Dieu s'est proposé, en nous accordant la révélation contenue dans les Livres sacres? Etait-ce de donner à l'humanité une leçon d'astronomie, ou de physique, ou de géologie? Non, sans
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doute : car la Bible elle-même atteste que tout ce que renferme cet univers a été abandonné aux libres discussions de la science. Nous avons d'autres moyens ponr découvrir peu à peu les secrets de la création ; et TEsprit-Saint, de son côté, a autre chose en vue que de fournir à Thomme des connaissances^ qui importent peu à la sanctification des âmes. Quand il se fait notre instituteur , ce sont nos destinées surnaturelles qu'il considère, bien plutôt que nos progrès matériels et scientifiques» Voilà pourquoi, sur les choses de Tordre naturel^ la Bible parle le langage vulgaire. EUe s'accommode aux idées du temps, à celles des auteurs et des multitudes. Et de fait, puisqu'elle prend leur style avec ses incorrections^ pourquoi ne se conformerait-elle pas^ dans l'expression, à leur manière de représenter les phénomènes de la nature? Une seule chose su£E^ pour sauvegarder son autorité, c'est que, sous ces expressions, aucune erreur ne soit véritablement contenue.
Quelques docteurs catholiques ont été plus loin. Hotden a pensé que la Bible ne perdrait rien de sa dignité ni de son ii^piration, quand même il s'y serait glissé quelque erreur de détail, insignifiante au point de vue de la religion et de la morale. Cette o[»nion hardie a été censurée par la Sorbone ; nous ne croyons pas pourtant que l'Eglise
Tait absolument condamnée. Mais comme elle est repoussée à peu près unanimement par les théologiens, on ne saurait lui accorder une probabilité quelconque. Pourtant, si quelqu'un y avait recours pour mettre, sur un point particulier, sa science d'accord avec sa foi, nous n'oserions déclarer qu'il se met par le fait même en dehors de l'orthodoxie.
Pour être complètement dans la vérité, il devra dire que la Bible ne fait pas de la science, mais qu'elle n'est point non plus en contradiction avec la science. Elle ne repousse d'emblée aucun système, comme aussi elle ne se déclare exclusivement pour aucun. Toute opinion qu'une explication raisonnable peut concilier avec le texte sacré, n'aura donc rien qui doive alarmer une conscience vraiment chrétienne.
En résumé, il ne faut ni déprimer l'autorité de nos Livres saints, en leur refusant l'infaillibilité qui leur est propre ; ni l'exagérer, en étendant la portée de leur témoignage à des objets qu'il ne concerne pas. Dieu a voulu qu'il y eût un monument certain, attestant l'origine et la nature de la double alliance qu'il a contractée avec les hommes ; une sorte de répertoire authentique, que l'on pourrait toujours consulter sur les faits qui se rapportent à la religion, ou sur le contenu de la religion elle-même.
Mais il n'a pas établi ce dépôt comme Tautorité unique, ni même comme Tautorité suffisante, en matière de foi. A ce point de vue, la Bible présenterait des défauts inexplicables dans une œuvre divine. On ne pourrait se rendre compte ni de son incontestable obscurité, ni du désordre qui règne dans certains récits, ni des antilogies apparentes qui se rencontrent fréquemment entre les différents passages ayant rapport au même objet. Ce seraient là non-seulement des taches, qui dépareraient l'ouvrage du Saint-Esprit^ mais encore des obstacles, qui s'opposeraient à son but, puisque la lecture d'un pareil livre ne pourrait toute seule conduire sûrement l'homme à la connaissance de ce qu'il doit croire .
Il n'en est plus de même du moment que nous admettons, à côté de la Bible, une autorité toujours vivante, chargée de veiller à la conservation du texte, et de pQurvoir à son interprétation. Ce qui nous aurait choqué dans une autre hypothèse devient alors un naturel avertissement que Dieu nous donne de ne pas nous contenter d'une lettre morte, incapable de se défendre contre les explications fausses et téméraires ; mais de recourir à l'organe accrédité qu'il a établi pour résoudre nos difficultés et faire évanouir nos doutes.
Ainsi, même au point de vue religieux, la per-
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fection de la Bible ne peut être bien appréciée que si on se fait une juste idée du rôle que Dieu lui assigne et du dessein providentiel auquel elle répond. A plus forte raison ne doit-on point transporter son témoignage dans un autre ordre de choses, y chercher ce qui n'y est pas, ce que l'Esprit divin n'a pu vouloir y mettre, par exemple des explications relatives aux progrès de nos connaissances modernes et aux opinions actuelles des savants sur le monde physique (1).
Ces principes généraux une fois posés, il sera plus facile d'apprécier la situation vraie de chacune des sciences par rapport à la révélation, et spécialement par rapport à la Bible.
1) Voir dans TAppendiee les fragments de Balmès efc de M. de
Ketteler.