‹ La liberté de l'esprit humain dans la foi catholiqueChapitre 24 sur 48 · DES RESULTATS · texte numérisé non relu

DES RESULTATS

Ce que demande la saine raison. — Attitude ordinaire des rationa' listes. — Ce que doit faire un vrai philosophe dans le cas d'une opposition apparente entre la religion et la science rationnelle.

Que demande la saine raison, quand il s'agit de tirer des conclusions à la suite de laborieuses recherches? Elle demande surtout qu'on ne prononce pas avant d'avoir vu clairement. La foi ne réclame rien de plus ; cette seule réserve posée, elle se déclare satisfaite , parce qu'elle est bien sûre que l'évidence ne sera jamais en opposition avec elle. Nulle part, sous aucune forme, la vérité ne saurait être contraire à la vérité.

De fait, les études philosophiques bien dirigées n'aboutissent jamais à un conflit entre l'intelligence du chrétien et ses convictions religieuses. S'il se contente de pures probabilités, d'une évidence seulement apparente et facilement trompeuse^ il pourra certainement s'arrêter à des opinions en hostilité avec les données révélées ; c'est

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ce que nous voyons tous les jours. De là tant de philosophies dont les principes ne s'accordent pas avec les nôtres, dont ridée-mèr^ elle-même est souvent incompatible avec l'Évangile. Ceux qui les ont embrassées oseraient-ils bien dire qu'ils en voient évidemment la légitimité? Non, mille fois non. La plupart se donnent comme poursuivant un but, et ne se flattent pas encore de l'avoir atteint. Ils bâtissent des systèmes, destinés à être remplacés par d'autres systèmes ; ils établissent des théories, qu'ils sont loin de présenter comme donnant le dernier mot de la raison, ou comme exprimant le vrai sous sa forme la plus pure. De même qu'ils pensent être plus proches du terme que leurs devanciers, de même ils disent que ceux qui viendront dans la suite verront mieux et plus loin ; ils se résignent donc à voir renverser tout l'édifice construite si grands frais et avec tant de peine.

Telle est la condition que se font à eux-mêmes les philosophes rationalistes. Nous pourrions les ranger tous en trois catégories: les sceptiques, qui doutent ; les prudents, qui n'affirment qu'avec circonspection, et qui présentent leurs idées plutôt comme des conjectures que comme des résultats définitifs ; les dogmatiques enfin, qui prétendent avoir fondé la science, et veulent nous l'imposer Ivlle qu'ils Font conçue. Ces derniers ont généra-

lement peu de crédit; leur règne peut paraître brillant, mais, à coup sûr, il sera éphémère; Texpérience de notre siècle est là pour attester qu'une philosophie a d autant moins de chances de succès qu'elle se montre plus affirmative. Pourquoi cela? Sans doute parce que Tévidence lui manque ; dès lors, ses principes, ne reposant que sur le vide, ne sauraient se soutenir ; ils tombent avec le premier enthousiasme qu'ils avaient excité, à leur entrée dans le monde.

Aussi la guerre que l'on fait au christianisme a un caractère surtout négatif. Nous ne voyons pas^ Nous ne pouvons concevoir^ ce sont les objections les moins déraisonnables que Ton fasse contre nos enseignements. Mais où est celui qui, en présence d'un dogme quelconque appartenant à notre symbole, ose affirmer qu'il a pour lui l'intuition du contraire?

Cependant il peut arriver qu'un esprit, même de bonne foi, prenne un instant le change. Si jamais des études sérieuses l'amenaient à un point où il croirait avoir rencontré la démonstration claire, certaine d'une proposition çn désaccord avec l'orthodoxie, que devrait-il faire?

Nous n'avons qu'à répéter ici ce que nous avons dit plus haut à l'occasion des conflits qui s'élèvent entre la Bible et les sciences naturelles.

Un vrai philosophe ne précipitera pas son jugement. L'opposition de la croyance catholique aux prétendues lumières qui brillent à ses yeux, forme contre celles-ci un préjugé qui équivaut à une certitude; il se défiera donc, il soumettra la cause qui est entre ses mains à une révision sévère ; et, pourvu qu'il procède sincèrement, il ne tardera pas à voir s'évanouir toutes les ombres qui s'étaient accumulées dans son esprit. L'harmonie renaîtra pour lui entre les données de la science et les enseignements delà foi ; et l'unité se montrera d'autant plus promptement, d'autant plus pleinement, qu'on l'aura cherchée avec une liberté plus entière.

Du reste, comme nous l'avons fait remarquer ailleurs^ ce n'est point une mesure exceptionnelle que nous réclamons en faveur de la révélation. C'est uniquement l'application des principes qui dirigent les études en toute autre matière. Revenons à l'exemple déjà cité.

Un géomètre, en suivant un procédé qu'il croit très-exact, arrive à des résultats qui contredisent des formules d'ailleurscertaines^Jqu'il a lues dans d'autres auteurs^ sans peut-être en connaître la preuve. Va-t-il se hâter de publier sa découverte, au risque de se rendre ridicule aux yeux du monde savant? Non sans doute. Si c'est un

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homme sage, il concevra des cloutes, il vérifiera toutes ses opérations, jusqu'à ce qu'il trouve ou le vice de sa méthode, ou celui de Thypothèse d'où il est parti. Quand même il ne pourrait le découvrir, il n'ira pas affirmer ce qu'il a des motifs sérieux de regarder comme faux; il cherchera si une conciliation est possible, et, tant qu'il ne l'aura point rencontrée, il se gardera bien d'ajouter foi au résultat suspect de ses recherches.

Cette conduite, dictée par le simple bon sens, et partout ailleurs scrupuleusement suivie, n'est pas celle que Ton tient dans les écoles philosophiques. On a beau arriver à des conclusions qui heurtent la religion ou le sens commun , ce n'est point la méthode qui a tort^ c'est la religion et le sens commun qui se trompent. Périssent les premiers principes, périsse l'intelligence humaine, s'il le faut, plutôt qu'une hypothèse hasardée, plutôt qu'une notion arbitraire et plutôt qu'un sophisme! Ah ! qui nous délivrera des systèmes reposant sur le vide? Qui ramènera les théories égarées sur la route de l'absurde? Une déviation légère, peutêtre, au point de départ les a conduites à des distances énormes du vrai ; et parce qu'on refuse de rectifier l'instrument, de revenir à la normale, im possible de calculer Técart, impossible d'assigner des limites à Terreur.

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