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CHAPITRE IV

DE LA CROYANCE A l'iNFAILLIBILITÉ.

La croyance à une règle infaillible fait le fond de toute science. — n en est de même dans la science des Térités révélées. ^ Inconsé* quence an. système protestant. ~ Il conduit à Tilluminisme. — L'infaillibilité est une nécessité sociale et une conséquence inévitable de Tordre surnaturel.

Sous peine d'aboutir aa scepticisme, tonte doetrina admet une double infaillibilité^ à savoic celle desf principes où elle prend soa point de départ^ et celle de la lumière qu'elle accepte pour éclairer sa route. Voyez. leaseienceft mathématiques ; elles croient à TinSaillibilité de leura asiomes, elles ne recomQaiâfl^t pas moins L'infaillibilité de leurs démoni^alions^ quand cellesrci sont rigoureuses. Si œtte foi Tenait jamai& à leur manquer, dles marcheraient dans les ténèbres; tout l'éâifice scientifique s'éenoulerait, du moment qu'on lui retirerait cette base nécessaics.

Et la philosophie 1 Vient -elle à douter un

instant de Tinfaillibilité de son critérium^ aussitôt elle se trouble^ le \ertige la prend et ne lui permet plus de faire un seul pas assuré dans la recherche du vrai. C'est alors que se posent devant elle des problèmes qu'elle ne peut résoudre, et qui la conduisent fatalement à la destruction de toute certitude. L'afûrmation même de son doute ne lui est plus permise : car qui sait si la pensée n'est pas une ombre creuse, le témoignage de la conscience, un écho infidèle, l'évidence, un mirage plein de déception, où tout est factice et sans rapport avec la réalité objective?

On le voit, sans un fondement absolu^ représenté par une perception infaillible, toute possession de la vérité nous échappe.

Ainsi en est-il dans l'ordre naturel. Mais, si Dieu ne s'est pas contenté de découvrir à l'homme cette face du vrai qui correspond aux harmonies créées, s'il a prétendu le doter d'une connaissance plus étendue, lui ouvrir les perspectives d'un plus vaste horizon, et l'initier à des secrets qui ne relèvent pas de la lumière propre à l'esprit humain, il est évident que la même nécessité va se retrouver dans le nouvel ordre de choses. A cette science il faudra des principes dont la vérité soit hors d'atteinte, il lui faudra aussi des moyens de déduction sans danger d'erreur ; en d'autres termes, un or-

gane sûr, une perception infaillible et de ces principes et de leurs conséquences.

L'hypothèse d'une vérité surnaturelle communiquée à rhomme entraîne donc après elle la croyance à l'infaillibilité. Et cette infaillibilité doit appartenir aux monuments qui contiennent la révélation, et aux instruments qui nous sont donnés pour nous mettre en rapport avec eux. C'est peu que le texte sacré renferme la vérité pure, si le rayonnement de cette vérité n'arrive jusqu'à moi que d une manière incertaine ; pour être assuré que c'est elle qui m'éclaire, j'ai besoin de savoir qu'aucune ombre n'est venue, dans l'intervalle, en altérer la limpidité, ni en briser le faisceau originel : autrement ce que je vois peut n'être que l'effet d'une optique trompeuse ; je prendrai pour l'objet de ma foi le jeu de ma vue troublée ou l'illusion produite par les milieux infidèles que mon regard traverse.

On reconnaît ici^ d'un seul coup, l'inconséquence . du système protestant. Quoi de plus illogique, en effet, que de poser en principe l'infaillibilité de l'Écriture, et de supprimer celle de l'Église, qui en est l'indispensable corollaire? Vos sources étaient pures , dirons-^nous à nos frères égarés, mais le canal qui vous les apporte n'est-il point fangeux? Le vase dont vous vous servez pour

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y puiser leur laisse- 1- il leur intégrité primitive? Si le fleuve de la révélation venait à vous sans intermédiaire 5 peut-être pourriez-vous plus facilement vous passer des garanties que jm)us exigeons ; mais s'il n'a pu vous arriver qu'après de longs détours, en franchissant des espaces considérables^ comment vous assurer qu'il n'a point été écarté de son cours , que son lit n'a pas été troublé, ses ondes agitées ou fiouillées, à moins qu'une garde vigilante n'ait été établie sm^ ses rives, à moins que les eaux qu'on vous présente n'aient été préservées de tout contact et puisées à la source même ?

Il n'y a qu'un moyen d'échapper à ces difficultés, qui enserrent de toutes parts la théorie protestante, c'est de proclamer, comme firent les premiers réformateurs, l'infaillibilité de l'interprétation privée. Alors, il est vrai, les absurdités fourmillent, le oui et le non deviennent identiques, les systèmes les plu« oppo^s ert les plus bizarres ^ont censés,, au même litre, représenter exactement la pensée renfermée dans l'Éeriture, et l'illuminisme est inévitable. Mais, du moins, l'œuvre xlivine apparaît sans lacune : le Christ, en apportant au monde sa révélation, ne se contente pas d'un leurre, sans utilité pratique et sans rapport avec sa situation véritable. Dépourvue d'un organe au-

theotiqoe pour interpréter les oracles divins, Thumamté serait condamnée au supplice de Tantale ; elle Terrait sans cesse s'approcher cette eau dont elle a soif, mais l'eau fuirait de ses mains avant d'avoir désaltéré ses lèvres.

Lors donc que nous ne considérerions que le 2>€soin individuel de chaque fidèle, la double infaillibilité, dont nous parlons, serait d'une nécessité absolue. Cette nécessité se rév^e plus impérieuse encore, si nous nous plaçons an poiat de vue social, qui est, par exedlence, celui de Tinstitotion fondée par lésus-Christ.

L'Église est une société d'esprits établis dans la même croyance, comme aussi une réunion de cœurs qui se rencontrent dans la même charité. Or, je le demande , quel sera le lien de cette vaste et puissante unité, s'il n'y a oa pouvoir vivant, respecté de tous, pour déterminer la foi, et le culte, et les œuvres ? La Uà ne saurait s'imposer aux intelli^iices, si l'autorité qui parle est sujette à faillir. Le culte et les œuvres ne peuvent se régler, en dernier rassort, à moûts que le tribunal, où leur ca«se est portée, ne soit dans l'impossibilité de prendre le change sur 06 qui est bon et légitime. Car enfin^ ce qu'atteint immédiatement cette législation, c'est la consdenee ; et la conscience demeure libre de «on adhésicm tant qu'elle n'a pas vu l'obligation d'o-

béir. Qui peut me commander de croire ce que je ne vois pas, sinon Dieu lui-même? Qu'il me parle immédiatement ou par d'autres, peu importe ; jusqu'au moment où j'ai reconnu sa voix, je suis en droit de résister à toutes les sommations qui me sont faites.

Les esprits ne peuvent donc se donner la main dans l'unité de foi que sous l'influence d'une parole infaillible toujours prête à éclaircir leurs difficultés, à dissiper leurs doutes, à déterminer, entre plusieurs sens que l'on pourrait assigner à- la révélation, quelle est l'interprétation légitime et la signification véritable. Plus l'Église que le Christ a voulu fonder est vast«, plus ce besoin devient évident. Comment rassembler tant de nations di* verses dans une même pensée, si cette pensée ne s'impose clairement, au nom d'une autorité que nul ne puisse révoquer en doute? Le démembrement rapide, la dissolution tous les jours plus complète de toutes les Églises, où cette condition a été rejetée, prouve la nécessité de cet élément principal, de cet organe premier et indispensable à la vie. II faut aux intelligences naturellement rebelles une discipline assez forte pour les rallier; tous les rayons essentiellement divergents de la pensée humaine ne sauraient jamais se réunir, sinon à ce foyer commun, où l'infaillibilité leur

apparaît fixant toutes les oscillations , ré^aol toutes les directions incertaines.

Encore une fois, à ne considérer que la simple logique des choses, les catholiques seuls sont dans le vrai. Quand même TÉcriture et la tradition, dont le témoignage est d'ailleurs si éloquent, viendraient à se taire, les conséquences inévitables de l'établissement religieux fondé par Jésus-Christ, devraient nous amener à chercher quelque part cette puissance qu'il ne pouvait se dispenser de donner comme principale garantie à son œuvre. Il faut renoncer à toute idée d'organisation^ de synthèse, d'ensemble vivant et compact, c'est-à-dire détruire jusqu'à la première notion de l'Église, si on lui refuse le privilège dont nous parlons. Du moment que vous lui enlevez le droit d'interpréter authentiquement les oracles divins, il n'y a plus, à proprement parler, de société spirituelle; le sacejrdoce disparaît, l'enseignement est réduit au silence, je ne vois plus que des individualités isolées, dont chacune va dans sa voie, eans avoir à s'inquiéter des autres. Si jamais elles se rencontrent sur certains points, ce sera par hasard, ou, du moins, ce sera d'une manière précaire : car rien n'assure que ceux qui priaient ensemble aujourd'hui ne s'anathématiseront pas demain; et, quand même on supposerait qu'ils

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cootinueronl à se trouver côte à côte dans le même temple, il n'y aura plus là qu'une unité extérieure, cachant des séparations profondes à»nB la Toi ; c'est-à-dire, sous l'apparence d'un même culte, des religions entièrement diverses.

Si je ne me trompe, voilà un premier pas de fait dans la démonstration que j'ai entreprise. Il doit être certain, même aux yeux d'un rationaliste, que la croyance à l'infaillibilité n'est pas une nouvelle chaîne dont nous chargeons la liberté humaine ; en supposant qu'il y ait là un joug, il n'est pas différent de celui que nous impose la foi au surnaturel ; c'est tout simplement une obligation inséparable de la première.

Ainsi, à vrai dire, il n'y a que deux partis possibles. Ou la raison est seule maiitresse : alors, soit qu'elle tienne compte du lexte sacré, soit qu'elle le néglige, c'est toujours elle qui doit juger et décider en dernier reseprt ; ou bien, au contraire, le eumaturel est quelque chose dans l'humanité : en ce cas, il faut l'accepter tel qu'il est^ le laisser venir à nous dans taon intégrité absolue, sans le travestir par des interprétations arbitraires, sans l'altérer^ en le forçant à traverser la pensée humaine et à s'imprégner de mtUe couleurs étrangères.

En d'autres termes, si Dieu a parlé, il faut res-

pecter ses oracles et uon prétendre eu réformer la teneur ; s'il s'est tu, contentons-nous de notre raison et ne demandons pas au Ciel ce que le Ciel nous refuse. L'infaillibilité n'est pas précisément un dogme à part : elle est le point d'appui obligé de toute religion sérieuse qui ne se renferme pas dans les données purement naturelles.

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