CHAPITRE V
COMMENT l'infaillibilité DOIT ÊTRE ENTENDUE.
L'infaillibilité est impliquée dan« toutes les attributions de l'Église. Elle n'est point une abstraction. — En qui elle réside. — Elle laisse subsister la personne et les imperfections humaines. — Témoignage du pape Grégoire XVI. — Notes qu'il assigne pour reconnaître si le pape parle ex cathedra, * — Idée exagérée que se font nos adversaires de la centralisation du pouvoir dans l'Église.
Disons maintenant comment TÉglise catholique entend cette prérogative. L'infaillibilité est une promesse faite, non à un homme considéré comme tel, mais à une société, dans la personne de son chef et de ses pasteurs. Jésus-Christ, avant de quitter ce monde, a déclaré à ses apôtres qu'il serait avec eux tous les jours y jusqu'à la consommation des siicles ; ayec eux enseignant^ puisqu'il les avait établis comme la lumière du monde; avec eux dans la vérité, puisque Celui qui a dit : Ego sum Veritas y ne saurait se trouver dans Terreur et dans le mensonge. Fondateur d'une Église, qui n'est que sa représentation et comme sa continuation sur la terre, il lui devait sans doute, comme il se devait à lui-même, de l'assister, pour y maintenir la
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pureté de doctrine. L'infaillibilité, dans TÉglise, ne suppose pas l'inspiration en permanence; mais elle suppose une protection providentielle, une intervention de la Divinité, veillant à la conservation intègre du dépôt de la foi.
La société religieuse, si elle était dépourvue de cette divine assistance, perdrait aussitôt ses principaux caractères. Elle ne serait plus sainte^ puisque, sa doctrine ne se trouvant pas à Fabri de la fausseté, elle ferait passer plus d'une fois, sous le nom du Christ, un mélange impur d'enseignements profanes. Elle ne serait plus catholique^ c'est-à-dire universelle : car ce caractère n'appartient qu'à la vérité. L'erreur, si répandue qu'on la suppose^ ne saurait jamais être ni de tous les temps, ni de tous les lieux ; son règne est essentiellement partiel, parce qu'il n'a de racines que dans les préjugés qui varient, dans les passions qui sont mobiles, dans les circonstances qui prennent constamment des faces diverses. Aussi, (ïe tous les titres qui distinguent l'Église de IMeu^ celui-là est-il en quelque sorte le plus incommunicable ; on a pu croire que d'autres sociétés étaient unes^ qu'elles étaient saintes^ ou même qu'elles étaient apostoliques; jamais elles n'ont réussi à s'attribuerlacatholicité, parce que c'est le privilège exclusif de la vérité.
Nous pourrioQs de même parcourir tout TÉvangile, et montrer que rinfaillibilité se trouve au fond de tous les autres privilèges dont le Christ a voulu enrichir son Eglise. Comment serait-elle Vépome immaculée j si elle n'avait reçu cette dot? la cité sainte et la nouvelle Jérusalem:, si elle n'était entourée de ce rempart nécessaire? le temple de Dteu^ si elle donnait asile à Terreur? le corps de Jesus-Christ, si le venin d'une fausse doctrine pouvait jamais s'insinuer dans ses veines? Il est vrai qu'on l'appelle un champ mêlé d'ivraie; mais cette ivraie représente la perversion des mœurs dans un certain nombre de chrétiens, et non celle de la doctrine dans l'Église. Si tous ses membres ne brillent pas de l'éclat que donne la sainteté, elle n'en est pas moins, dans son ensemble, cette lumière posée sur le chandelier y qui doit éclairer tous les peuples ; ce ferment '}eiié dans l'humanité, qui travaille à l'épurer et à la soulever jusqu'à Dieu ; ce trésor renfermé dans le champ de ce monde, et qui mérite qu'on sacrifie pour l'obtenir toutes les autres richesses; cette mh'e enfin, de condition libre ^ affranchie de toutes les servitudes de l'ignorance et de l'erreur, et qui a le privilège d'engendrer des enfants libres comme elle, seule légitime postérité du père de famille.
La voilà telle que son auteur l'a conçue et telle
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aussi que l'histoire nous la montre : toujours debout au milieu des ruines qui s*amoncellent, élevant son front immobile et serein au-dessus des tempêtes que Thérésie suscite et que Tesprit d'obstination fomente ; appuyée sur ce livre divin qu'elle seule explique, tenant en main ces clefs souveraines qui ferment, sans que personne puisse ouvrir, qui ouvrent sans que personne puisse fermer, ne semble-t-elle pas dire aux générations ballottées par le flot des doctrines éphémères : Regardezmoi, je suis l'infaillibilité?
Toutefois, cette infaillibilité, qui appartient d'une certaine façon à tout le corps, n'y demeure point à un état abstrait et impersonnel. Elle a son sujet en qui elle réside. Et ce sujet, c'est, de foi divine, TEglise enseignante, c'est-à-dire l'ensemble des pasteurs ayant à leur tête le Vicaire du Christ. Qu'ils se trouvent réunis dans un concile œcuménique, pour fixer définitivement les croyances, ou que, dispersés dans les diverses contrées du monde, ils s'entendent pour proclamer certaines vérités comme faisant partie du dogme, ils transformeront en article de foi ce qui peut-être n'avait été jusque-là qu'une opinion libre.
Le sujet de Tinfaillibilité, d'après une doctrine certaine, quoique non encore définie, c'est aussi le pontife romain, lorsqu'il parle à l'Église entière,
au nom du Christ, et avec cette solennité particulière qui annonce Tusage de toute sa puissance apostolique.
Ni dans les évêques, ni dans leur chef les catholiques ne reconnaissent une infaillibilité naturelle^ ou même une infaillibilité habituelle et constante, qui les ferait sortir des conditions de rhumanité. Nos pasteurs, dans Tardinaîre de la vie, parlent et agissent comme leurs frères, avec péril d'être induits en erreur et de tomber dans le péché. La dignité dont ils sont revêtus, tout en leur assurant plus de lumière de la part du Ciel, tout en revendiquant pour eux plus de respect de la part des hommes, né les met point à l'abri de ces faiblesses ni de ces chutes qui sont l'apanage de notre nature corrompue. Leur vertu naît et se perfectionne dans l'infirmité. Et certes, c'est une des marques les moins contestables de l'assistance de Dieu sur son Église, qu elle se soit toujours conservée pure, malgré la fragilité, non-seulement de ceux qui obéissent, mais encore de ceux qui commandent. Une société dirigée par des esprits bienheureux mis à sa tête, aurait peut-être un caractère plus visiblement divin ; j'ose dire qu'elle serait moins miraculeuse et moins admirablement providentielle.
Il faut donc redresser ici certaines exagérations
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de D06 adversaires^ qui nous représentent parfois comme rendant à la personne humaine revêtue de Tautorité une sorte de eulte^ qui irait jusqu'à l'adoration. Si nous sommes à genoux aux pieds de nos pontifes, c'est seulement lorsqu'ils nous bénissent, ou lorsqu'ils nous parlent au nom de Dieu. Hors de là, nous reconnaissons en eux des créatures faibles comme nous, en (|ui nous pouvons vénérer la sainteté, mais en qui nous pouvons aussi quelquefois rencontrer des défaillances; ni l'éclat de la vertu ne nous éblouira, au point d'oublier leur naturelle condition; ni le vice, s'il existait, ne nous ferait révoquer en doute l'efficacité de leur puissance : car ce que nous honorons, c'est le caractère ; et ce caractère subsiste, alors même que Thomme oublie son devoir; ce que nous invoquons, ce sont les pouvoirs descendus du Ciel r et ces pouvoirs n'y remontent pas, à raison de Tindignité de celui qui les a reçus^
L'infaillibilité laisse donc subsister la personne avec tout ce qui lui est propre. C'est une grâce, mais accordée en vœ de VÉglise, et non au profit d'un particulier. Celui-ci n'y participe que dans certaines circonstances spéciales faciles à reconnaître pour tous : je veux dire, lorsque, dépouillant sa condition privée, il se trouve, ou par lui-même, ou par son union avec d'autres, parlant au nom de
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l'Église et en tant que sa représentation authentique.
Ainsi le CMicile oecuménique, dans les décisions qu'il porte, est assuré de ne jamais trahir la \érilé. Une fois constitué légitimement, d'après des règles clairement déterminées, il jouit, dans ce qui regarde la foi et les mœurs, de l'infaillibilité de Dieu même ; ce qu'il approuve est vrai et saint^ ce qu'il rejette est erroné et impur ; et quand il dit anathème à une doctrine, cette doctrine est définitivement proscrite, irrévocablement marquée au front du stigmate de l'hérésie.
Ce principe est commun aux catholiques et à ceux qu'une rupture violente a arrachés, depuis dix siècles, du sein de l'Église romaine. Les sociétés schismaliques reconnaissent avec nous l'autorité du concile universel ; et peut-être est-ce là une porte que la Providence tient toujours ouverte pour ménager leur retour, lorsque Theure en sera venue. Il serait b^au de voir un jour l'Orient et l'Occident ratifier un traité de paix dont la minute, signée à Florence, n'a jamais été déchirée, et les Eglises, si longtemps séparées, s'embrasser enfin dans l'unité de la foi, sous le regard du Père commun le Vicaire de Jésus-Christ.
De même que l'infaillibilité du concile n'emporte pas celle de chacun des prélats qui sont appelés à y siéger comme juges: de même l'in-
faillibilité que les catholiques s'accordent à reconnaître dans le Pontife romain, appartient à la personne publique et n'entraîne rien de semblable pour la personne privée. Nous ne saurions mieux éclairer cette matière qu'en nous référant à une autorité dont le nom seul équivaut à une démonstration. Grégoire XVI^ dans son Triomphe du Saint- Siège et de l'Église^ explique ainsi la distinction qui nous occupe.
« La primauté détruit-elle dans le pape toute autre qualité personnelle ? Si elle les détruit toutes, elle détruit donc aussi celle d'évêque de Rome, de métropolitain, de patriarche ; et en ce cas^ tout ce qu'il fait, tout ce qu'il ordonne pour l'Église particulière de Rome, pour les suburbicaires, pour celles d'Occident, oblige tout le monde catholique, de la même manière et dans la même proportion que la loi la plus universelle et la décision la plus solennelle, adressée par le pape, en sa qualité de chef de l'Église, à tout l'univers. Mais, s'il en était ainsi, qu'arriverait-il? De même que personne ne se croirait tenu d'observer les pratiques et les lois particulières de ces Églises, de même on se croirait pareillement affranchi des autres décisions pontificales, même les plus solennelles et les plus universelles ; et la primauté elle-même ne paraîtrait pas capable d'imprimer à celles-ci plus d'au-
torité que n'en ont celles-là. Or, si celte primauté laisse subsister toutes les autres qualités person- ^elles, pourquoi la qualité d'homme ne resteraitelle pas? N'est-ce pas celle-là qui est le fondement de toutes les autres? Et si elle subsiste, pourquoi le pape^ tout infaillible qu'il est, ne pourra-t-il pas agir comme un homme, discourir comme un homme, décider et prendre parti comme un homme? Et si, dans l'exercice de son autorité, il peut oublier qu'il est pape, quand il n'est pas question d'un point de doctrine^ pourquoi ne pourra-t-il pas l'oublier aussi, quand il s'agira d'une question susceptible d'être, directement ou indirectement, ramenée à un principe dogmatique ?
« Oui, me répond-on, quand la doctrine n'y est pour rien, l'exercice de la primauté dépend de la volonté du pape : il peut commander ou ne pas commander, limiter son commandement à telles circonstances, à tels temps, à tels lieux^ à telles personnes ; mais quand il s'agit d'une doctrine qui tient à la foi, c'est à l'intelligence qu'elle s'adresse, et comme le pape lui-même n'en a qu'une, il est impossible de distinguer le jugement de l'homme du jugement du pape*
« Beau raisonnement, en vérité I Et nos adversaires ne voient-ils pas que, s'il n'a qu'une intelligence, les lumières lui arrivent de plus d'une
source? Quand le pape se revêt de toute son autorité de chef, c'est-à-dire quand, dans une décision, il prétend faire usage de sa primauté d'autorité, et, par conséquent, obliger les consciences des fidèles, en sa qualité de représentant vivant et actuel de rÉglise, alors il est éclairé d'en haut et ses lumières sont surnaturelles; hors ce cas, elles ne sont que naturelles. Et il n'y a rien là qui répugne. En efifet, on regarde le don de l'infaillibilité comme un privilège inséparable de la primauté ; c'est donc l'exercice de cette primauté, toujours libre dans le pape, qui devient la condition essentielle, sans laquelle Dieu ne s'est pas obligé de lui communiquer ses lumières infaillibles ; il ne les lui a promises qu'à cette condition, quels que soient d^ailleurs ses discours et ses jugements. Il faudrait que l'infaillibilité fût une prérogative personnelle et absolue, pour qu'on pût la regarder comme indépendante de toute hypothèse. Ainsi, quand le pape n*inYoque pas toute son autorité, quand il ne prétend pas représenter l'Église catholique, comme son chef suprême et «omme le juge de la foi, il n'ouvre pas, si je puis parler de la sorte, à son esprit la porte par laquelle seule peuvent lui arriver les illuminations célestes (1). »
(t) Grégoire XVI, t7 Tricmfo délia santa Sede, DelV infalltb), c. xxiv.
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Il serait assurément difficile d'exprimer d'une manière plus nette et plus catégorique la distinction àfaire entre la personne privée et le chef de l'Église dans l'homme élevé sur le siège de Pierre. Seulement une question se présente ici d'elle-même : c'est de savoir comment l'on pourra reconnaître si le pape parle comme tel, ex cathedra^ ou si ses décisions n'ont point ce caractère. Puisqu'il y a en lui deux personnages, il faut que l'on sache discerner lequel des deux se fait entendre ; il est indispensable que chacun ait sa physionomie bien accusée, en sorte que toute confusion devienne impossible. Ceci montre la nécessité de notes claires, faciles à constater, qui distinguent le langage du docteur privé et celui du pasteur suprême. Ecoutons encore ici la même autorité :
« Ces notes sont ^\x intrinsèques ou extrinsèques ; les unes sont propres aux définitions mêmes, les autres dépendent de la coutume de l'Église. Parmi les premières, voici les principales, qui ne sont que des conséquences nécessaires de la nature et de la fin de la primauté :
« 1** Pierre a été établi par Jésus-Christ chef de son Église, pour conserver l'unité de la Toi : donc le point défini par le pape doit appartenir à la foi ; T le pape définit un point de foi, pour tracer aux fidèles la règle infaillible de leur croyance et ne
plus leur laisser ni doute, ni inquiétude, ni nerplexité : son jugement doit donc annoncer que ses propres pensées sont elles-mêmes bien fixées et arrêtées sur ce point ; 3* le pape est le prince et le chef de toute l'Église, et la foi est d'un intérêt universel pour elle : lors donc que le pape décide comme chef, il doit faire connaître sa décision à TEglise ; 4^ il doit donc dans cette décision parler à l'Église, et par conséquent s'adresser à TÉglise elle-même; 5"* le souverain pontife définissant exerce l'office de juge, c'est en cette qualité qu'il détermine l'objet de foi^ qu'il commande à la vo» lonté d'y soumettre l'intelligence, et non comme un simple théologien dont l'office est de convaincre la raison : il faut donc que les termes dans lesquels la définition est conçue, montrent dans le pape l'intention de commander absolument, et en vertu de sa suprême autorité, l'acte de foi sur cet article déterminé.
« Cependant, pour juger si le pape prononce comme juge ou s'il parle comme théologien, il ne faut pas seulement considérer la nature et la qualité de l'objet dont il est question ; cela dépend encore de sa volonté : il y a donc certaines formules, établies et déterminées par un usage constant de l'Église et des papes, pour faire connaître d'une manière précise à toute la chrétienté les
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jugements suprêmes et définitifs et la peine conséquemment encourue par les réfractaires ; si le pape omet cette formule, sans indiquer suflisamment que, malgré cette omission, il entend et veut définir, en sa qualité de souverain pontife et de juge de la foi, il faut en conclure qu'il n'a. pas prononcé son jugement en cette qualité^ car.il doit s'accommoder à Tintelligence universelle. La principale de ces formalités consiste à qualifier d'hérétique la doctrine contraire, ou à fulminer Tanathème contre ceux qui la professeraient dans la suite. On ne devra donc pas regarder comme définitifs les jugements du pape où ne se trouve pas celte formule ou quelque chose d'équivalent, ni croire qu'il ait voulu, en les rendant, exercer sa primauté d'autorité (1). »
D'après ces notes, on reconnaîtra aisément que l'intervention de l'Eglise, en matière doctrinale, n'est pas aussi fréquente que plusieurs semblent le supposer. Le catholique n'est obligé de se soumettre , sous peine de manquer à sa foi, que lorsqu'il a reconnu l'exercice de cette plénitude de puissance qui a été départie par le Christ à son représentant sur la terre. Dans les autres circonstances, il doit assurément le plus grand respect aux ensei-
(i) Grég. XYI, rWon/b, etc., 2* part. c. xxiv.
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gnemenls qui lui sont donnés ; souvent même il serait téméraire de ne pas s'y conformer dansla théorie et coupable d*y contrevenir dans la pratique; néanmoins, à parler rigoureusement, sa pensée n'est enchaînée que quand il entend la voix de TÉgliso ; jusque-là ce n'est qu'une direction reçue ou un jugement rendu en première instance, mais dont la teneur n'est pas encore définitive. La cause peut être révisée, la sentence n'a été prononcée que par un docteur privée et non par le successeur de Pierre parlant au nom de son Maître.
Je fais ces réflexions pour détruire l'idée exagérée que conçoivent nos adversaires de la soumission d'esprit imposée aux catholiques. II n'est jMis rare do leur entendre assimiler notre condition à une sorte de captivité intellectuelle, qui ne nous laisse plus la liberté d'aucun mouvement. Rome, selon eux, exerce dans l'ordre de la pensée une autorité semblable à celle que s'attribuait Pharaon dans l'ordre matériel, et volontiers ils lui appliqueraient cette formule, expression du plus complet absolutisme : Absquetuo imperiononmovehit quisquam manum autpedem in omni terra JEffypti { 1 } .
Grâce à Dieu, une pareille centralisation est entièrement opposée aux traditions et à l'essence
1) Gen, xLi^ 44.— Voir dans l'Appendice le document n. 8.
même de église catholique. Si son fondateur y a établi une autorité^ e est pour réprimer les excès dangereux, non pour y étouffer les salutaires initiatives. Loin d'interdire aux esprits tout essor, n'est-ce pas elle, au contraire, qui leur a toujours imprimé Timpulsion la plus puissante et la plus continue. Qu on cherche ailleurs une société où le génie ait été plus fécond, où son développement ait paru plus libre?
Les rationalistes font grand bruit d'une ou deux mesures, qui ont semblé contrarier un moment la direction nouvelle qu'allait prendre l'astronomie moderne ; dans la seconde partie^ j'examinerai la valeur de ces reproches. Il suffira de dire ici que, si on considère, à la lumière des règles qui viennent d'être tracées, les décrets relatifs au mouvement de la terre^ on n'aura pas de peine à s'aperce voir, que ce ne fut point TÉghsc qui les porta. L'erreur commise doit être imputée aux préjugés de l'époque ; elle fut le fait de théologiens privés^ et non de l'autorité suprême. L'infaillibilité ne saurait être en cause là où elle n'est pas même intervenue (1).
(I) Si rÉglise enseignante ne peut proposer l'erreur, l'Église enseignée ne peut pas non plus y adhérer, du moins universellement , d'après les principes catholiques ; mais ce second côté de la question est moins directement en rapport avec notre sujet, et nous ne lo traiterons pas ici.
92 LA LIBERTÉ DE l'eSPRIT HUMALV, ETC.
Jusqu'à présent nous avons considéré la foi dans son principe externe, savoir l'autorité qui la dirige ; il nous faut maintenant aborder son objet et son principe interne. Ce n'est qu'en l'éclairant sous toutes ses faces que nous pouvons nous rendre pleinement compte de sa liberté.