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Mais les abonnés du journal d'Antoine peuvent ils justifier leur abonnement en disant qu’ils ne lisent pas le feuilleton !
Pour répondre à cette prétention, rappelons-nous que la lecture des mauvais journaux est défendue sous peine de péché (mortel de sa nature), et que la coopération formelle à Ja rédaction, publication ou vente de tels journaux est aussi défendue sous la même peine.
Or, trois arguments appuient cette défense :
10 Danger prochain de perversion pour les lecteurs ;
20 Scandale donné au prochain par les lecteurs, ou les abonnés
30 Coopération par leur argent au soutien du Journal.
Ces prémisses posées, j'avoue que l’abonné, qui ne lit pas Le feuilleton, évite pour lui le danger de perversion, Mais alors il doit prendre les mesures et avoir les garanties pour que le feuilleton de son journal ne soit pas lu par quelqu'un de son entourage. Supposons que ses enfants, ses amis, ses employés ne sont pas exposés au danger de perversion par ce feuilleton. Point de péché à cause du premier considérant.
Restent encore le scandale et la Coopération, qui accusent son abonnement,
Disons d'abord qu’il n’y a pas de Coopération formelle chez l'abonné en question. (La coopération formelle, c’est connaître te
vouloir du moins implicitement le mal auquel on concourt : elle est toujours péché. Quand ces deux conditions ou au moins la der. nière manquent, la coopération est materielle). Or, notre abonné, qui ne lit pas le feuilleton, coopère à l’existence du journal en payant sa souscription ou son abonnement ; sa coopération est matérielle, prochaine, médiate. Est-elle permise? Voilà la question
L'auteur remarquable P. V. des Casus conscientiw répond que si l’abonné en question a une raison grave, véritablement grave, de recevoir ce journal, sa coopération ne sera pas un péché.
Dans cette matière, il faut examiner chaque cas en partie entier. Pourquoi recevoir ce journal? Est-ce pour les annonces commer ciales ? Pour les articles politiques ? Si notre abonné peut trouver ces choses dans un autre journal, un journal catholique, il loit renvoyer le journal du mauvais feuilleton.
Mais s'il ne trouve pas ailleurs ce que lui fournit le mauvais journal, et qu'en renvoyant celui-ci, il s'expose à souffrir notablement dans son commerce, dans ses relations d’affaires, dans sa réputation, etc., alors il a une raison grave.
Maintenant, considérons que son abonnement à deux effets : l’un bon (soutenir son commerce etc.) l’autre mauvais (aider le feuilleton).
Or, il est permis, moyennant quatre conditions, de poser une cause devant produire deux effets, l’un bon, l’autre mauvais. C'est le cas pour notre abonné.
En effet, lo la cause posée doit être :nne ou au moins indifférente (l'abonnement en soi est indifiérent) ; 20 le but de l'agent doit Ôtre bon (notre abouné s’abonne pour soutenir son commerce, etc.) ; 30 le mauvais effet ne doit pas précéder le bon (les numéros du journal renferment en même temps annonces, feuilleton, article politiques, etc.) ; 40 Le bon effet compense le mauvais. (Le commerce prospère, la réputation, eic., de notre abonné compense le mal du feuilleton). C'està dire que la charité ne l’oblige pas à souffrir un dommage considérable pour empêèckcr une coopération matérielle au mal du prochain.
On peut faire le même raisonnement pe :r répondre au deuxième considérant, c’est-à-dire le scandale donne.
Ajoutons toutelois que plus l'influence sociale de l’abonné est grande, plus son abonnement sera contagieux, plus aussi devra être grave la raison alléguée pour justiffer l'abonnement.
D'autres veulent justifier leur abonnement en disant que l'Evêque n’a pas condamné le journal d'Antoine. Sont-ils justifiables ?
Mais l’évêque n’a pas condamné le journal d'Antoine :
Je réponds :
Les mauvais journaux sont condamnés par le droit naturel et par les Souverains Pontifes.
Cela suffit.
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Il est bien vrai que les évèques ajoutent quelquefois des peines canoniques à certaines fautes théologiques, ou bien qu'ils élèvent la voix contre certains désordres plus contagieux. Mais ils ne le font que rarement.
I est donc absurde de croire que, par leur silence, ils approuvent les fautes condamnées par le droit naturel et par les papes.
D'autres veulent s’autoriser de l'exemple de l'Evêque en recevant le journal d'Antoine. En ont-ils le droit ?
Ces gens allèguent l'exemple de l’évêque pour recevoir un mauvais journal.
On l'a vu dans ce qui précède: diveries raisons excusent de faute la réception d’un mauvais journal. D'un autre côté, il appartient à l'autorité épiscopale d'autoriser un homme instruit, sage et prudent à lire un mauvais livre, un mauvais journal. Le condame ner, le réfuter, éloigner des veux de ses subordonnés, se tenir au courant des doctrines et des scandales qui tendeut à se répendre au milieu des populalions, voilà quelques-unes des raisons qui obligent un évêque à s’'enquérir de ce qui se publie dans les journaux de son diocèse, Mais sa position est unique, et ses diocésains ne peuvent à cet égard s’autoriser de son exemple.