Q6 OBSERVATIONS SUR UN ARTICLE
absurdes que vous le dites ; opposez chaire à chairei autel à autel ; devenez enthousiastes contre les enthousiastes; prenez quelque chose de leur feu pour les combattre ; certes , il y aura du malheur, si^ ayant de plus la vérité de votre côté , vous n'obtenez bientôt le dessus. Mais n'appelez pas le gouvernement au secours de votre éloquence, car ce serait le déshonorer (1).
« Voyez ces quatre ou cinq individus qui, sans titre a légitime, sans vocation, se constituent en pouvoir « ecclésiastique au cœur de ce canton, érigent un sa- , c( cerdoce, créent des églises nouvelles, délèguent de$ « pouvoirs, nomment des missionnaires et des prédi- « cateurs, les chargent d'aller annoncer l'Évangile, les « arment contre une Église qu'ils disent adversaire, <c et osent publiquement appeler le schisme et la désii^ m nion. »
Je réponds: Voyez ces douze pêcheurs, qui sans vocation (humaine), sans titre légitime (aux yeux de la chair), se constituent en pouvoir ecclésiastique, érigent un sacerdoce, nomment des missionnaires et des prédicateurs Ces douze pêcheurs étaient les apôtres.
Voyez ces quelques hommes qui, au seizième siècle, sans vocation, sans titre, se constituent en pouvoir ecclésiastique, érigent un sacerdoce C'étaient nos
glorieux réformateurs.
Voyez dans tous les temps ces illustres champions de la lumière, qui, envoyés par eux-mêmes, sans aucun titre que celui qu'ils s'attribuaient, sont venus ériger parmi les hommes le sacerdoce de la vérité. Com-
(1) Voir rerralum, page A07.
SUR LES SECTAIRRS. 367
xnent les ont appelés leurs contemporains? Comme ïlome païenne avait appelé les apôtres, comme Rome papiste appela les réformateurs, comme vous-même appelez ces importuns sectaires. Ce que vous dites d'eux, on le disait de Paul et de Céphas, on le dit plus tard de Calvin et de Luther, on le dit de Ramus et de Sescartes. Esprits turbulents, ambitieux, schismati- C[ues, tels sont les noms qu'ils se sont légués, tels sont les titres que vous donnez à quelques-uns de vos concitoyens. Convenez que la ressemblance, à cet égard, est parfaite ; convenez que Paul, Céphas, Luther et les autres, ne paraissaient pas moins excentriques que vos sectaires ; convenez que leurs contemporains n'étaient pas moins sûrs de leur fait, en les blâmant, que vous en blâmant ces sectaires. En tout temps aussi, sous ce même titre de champions de la vérité, des insensés ou des imposteurs se sont élevés, ont produit la même impression que les nobles héros dont ils parodiaient le zèle, ont encouru le même décri . Même sort les a confondus, pour quelques jours, avec ces nobles témoins de la lumière. Mais enfin le temps a prononcé. Laissez prononcer le temps.