‹ La liberté des cultesChapitre 99 sur 116 · OBSERVATIONS SUR UN ARTICLE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR UN ARTICLE

put, aux applaudissements du genre humain, répondre à ceux qui lui alléguaient la loi : « J'ai obéi à une loi « supérieure à toutes les vôtres, à la loi de la nature ! » Certes, ce n'est pas nous qui contesterons aux lois le droit d'être respectées. Mais une distinction naturelle se présente. Une loi injuste doit être respectée par moi, quoique injuste, lorsqu'elle ne blesse que mon intérêt, et mes concitoyens , également lésés , lui doivent le même respect. Mais une loi immorale, une loi irréli-

^ gieuse, une loi qui m'oblige de faire ce que ma con-

science et la loi de Dieu condamnent, si l'on ne peut la faire révoquer, il faut la braver. Ce principe, loin «j, d'être subversif, est le principe de vie des sociétés. C'est la lutte du bien contre le mal. Supprimez cette

^ lutte; qu'est-ce qui retiendra l'humanité sur cette pente du vice et de la misère où tant de causes réunies la poussent à l'envi ? C'est de révolte en révolte, si l'on veut employer ce mot, que les sociétés se perfectionnent, que la civilisation s'établit, que la justice règne, que la vérité fleurit.

M. M** cite les maux qu'ont produits les démarches des sectaires : « Les familles divisées, les amis désunis, « l'autorité paternelle impuissante, l'esprit de prose- « lytisme poursuivant les passions jusque dans leurs « impulsions généreuses. » Rien de plus commode que ces dénonciations vagues et graves en même temps, qui disent tout et ne disent rien. Peut-être que si Ton prenait un à un chacun des faits dont se compose ce tableau sinistre, et qu'on le soumît à un examen attentif, l'accusé prendrait le rôle d'accusateur. Des for

miîlei divûées, des amis désunis, des populations agitées !

tla est facile à dire. Mais à qui la Taute? Quand M. M" ra éclairci cette question, qu'il revienne avec ses réclamations; nous y ferons droit. Mais nous n'avons .]B[S besoin d'entrer dans cette discussion de fait. Tout 'mouvement intellectuel et moral produit plus ou moins d'agitation ; tout développement de la liberté est plus Ou moins orageux ; et ceux qui, à l'exemple de ce noble Polonais, aiment mieux une liberté périlleuse ^qu'une servitude tranquille, se résignent à ces incon- ■Vénients comme à une nécessité. Liberté de la presse, Kberté de l'industrie, liberté du commerce, liberté de fenseignenient, toutes ces libertés, comme les pluies fecondes de l'été, arrivent sur les ailes de la tempête, :8 crises passagères sont la condition presque indis- ~ pensable de tout perfectionnement social ; ces biens Font des victimes ; telle est la misérable condition de notre nature ; mais sans cette liberté, dont nous crailons les brusques mouvements, nous retomberions lu niveau de ces peuples dont l'abrutissement hérédiire excite notre pitié. Ce qu'un gouvernement libéral loit empêcher, et il le peut, c'est qu'aucun droit ne ,t compromis ; mais vouloir empêcher qu'une idée 'arrive chez un peuple, et n'y agite les esprits, est lussi insensé que de vouloir retenir les vents à la fronou de vouloir soumettre les oiseaux de l'air aux :ages des douanes. Qu'une secte, comme vous l'apilez, ait des principes contraires à la raison, c'est-àrjdire à votre raison, donnez-vous la peine de le prouver; l'effort ne sera pas grand si les principes sont aussi

Page 1