RAPPORT DU CONSEIL D ETAT
citoyens doivent avoir le droit de critiquer la loi, sans quoi elle pourrait n'être jamais corrigée ou améliorée malgré des défauts ou des vices.
a Ce ne sera pas nous qui voudrons contester aux citoyens le droit naturel de critiquer la loi; mais nous contesterons assurément le droit d'aller en cela jusqu'à l'excès et à la violence. Or, qu'a fait M. Vinet? On voit que son but a été d'établir que la loi contre les sectaires est tellement immorale et irréligieuse que les sectaires ont le droit et le devoir de la braver. Et pour établir qu'un Gouvernement a pu faire une loi immorale et irréligieuse, une loi qui ordonne de faire ce que défend la loi de Dieu, sans que de tels vices existent dans la loi autrement que selon l'opinion de celui qui la critique, il &ut aussi supposer que les hommes qui ont pu la faire n'avaient pas pour guides les principes de la morale, de la religion, du respect pour la Divinité !
« C'est assez insulter aux premières autorités d'un État.
« On voit qu'il n'aurait pas été impossible, moralement parlant, de soutenir les deux chefs de prévention d'outrage à la religion et d'insulte aux autorités; mais en examinant la chose sous le point de vue du droit légal, le Conseil d'État a dû prendre une autre détermination.
« La provocation directe au crime ou au délit paraissait flagrante... En conséquence le Conseil d'État a décidé à i'unanimitéque l'affaire serait renvoyée devant les tribunaux, etc. b
PREMIÈRE PARtiÈ.
DÉfENSE Ï)Ê L'ÉCRIT INCRIMINÉ,
Très honorés Messieurs (1),
Le cdinîstfefe public, en m'obligeant à comparaître devant vous , crée pout vous une situation non thoiriÀ importante que lia mienne. En vous saisissant de là première cause relative à la loi de la presse , îl vous appelle à poser aujourd'hui les fondements de la jurisprudence que vous suivrez à l'avenir dans l'application de cette importante loi. Le jugement que vous porteres :t dans cette affaire sera ttn précédent auquel vous sereï obligés de regarder dans la suite, auquel même on aura soin de vous rappeler. Car tel est le sort d'un grand nombre de lois : leur véritable commentaire, c'est la pratique des tribunaux chaînés de les appliquer ; et les sentences de ces tribunaux deviennent comme de secondes lois , souvent aussi respectées que les lois proprement dites, dont elles émanent. Ma cause est donc intéressante pour la société, qui va voir, à cette occasion, les premiers pas d'une jeune loi dans la carrière des applications.
Mais si ma cause est intéressante sous ce point de
(1) Les membres du Tribunal de district et de la Cour d'appel.
î L EtRlT IHCBIMENE.
vue général, elle l'est davantage sous un rapport particulier. Si ta loi que vous allez appliquer est juste, la liberté de la presse, qu'elle consacre, est du même Sgè. On va savoir aujourd'hui jusqutoù s'étend cette liberté dans le sens du législateur et dans le vôtre. Od va cOiinattre dans quel esprit seront jugés ceux que, plus terd, l'usage ou l'abua de la presse conduira devant wus. Les citoyens à qui leurs circonstances peuvent fiUre un devoir ou une nécessité de s'adresser au public par la voie de l'impression, vont apprendre aujourd'hui lorsque leurs intentions seront pures, ils devront reculer d'elVroi devant leur pensée ; s'ils seront, en de :graves sujets, réduits à ne dire que ce que tout le monde sait et ce qui plaît à tout le monde; si, à la ivue d'abus funestes au bonheur public, ils pourront en appeler hautement à la raison et à la justice, ou si des rtticences timides, d'adroits sous-entendue, des aliusicms obscures seront l'unique éloquence permise à teurs réclamations.
Très honorés Messieurs, dans la circonstance où j'ai pris la plume, j'avais besoin de dire toute ma pensée, et de la dire hautement. Aux vaincs déclamations d'un journal, habitué à placer toutes les questions dans un demi-jour douteux et trompeur, il fallait opjwscr une franchise, une clarté, qui l'obligeflt à sortir de ces ténMjres honteuses où se cache sa faiblesse. Il fallait mf me {pillsqne, sur certains sujets, les lieux communs passent parmi nous pour des paradoxes), il fallait risquei" de sembler paradoxal, et, par quelques paroles fortes, lirer une foule d'esprits dp raswKipissemen! où les re-
404 ESSAI SUR LA CONSaBNCB.
tiennent d'anciens préjugés ou une malheureuse ignorance. Mais sans doute qu'il fallait, avant toutes choses, être vrai. Ai-je été vrai ? L'un des principaux objets de cette défense sera de le prouver. Ce ne sera pas ma faute si je répète ici avec plus de force, avec plus d'accent, les mêmes vérités pour lesquelles je suis tiré en cause ; on m'oblige à les proclamer de nouveau ; c'était un devoir de les dire, c'est maintenant mon seul intérêt, ma seule ressource ; je ne crains pas d'ajouter que c'est le bonheur de ma cause.
Il semble qu'on ait voulu essayer sur moi toute la loi du 14 mai 1822 sur la liberté de la presse. Car, à l'exception de la diffamation personnelle, je suis présumé coupable à peu près de tous les délits qu'elle a prévus. Trois chefs d'accusation sont élevés contre moi. Je vais les examiner successivement.
Le premier chef est tiré de cette phrase, qui se trouve à la page 10' de mon écrit : « N'appelez pas le Gou- « vernement au secours de votre éloquence ; car ce « serait le déshonorer. »
Cette phrase forme la conclusion d'un paragraphe, dont on me permettra de reproduire la dernière partie :
« Qu'une secte (comme vous l'appelez) ait des prin- « cipes contraires à la raison, c'est-à-dire à votre rai- « son, donnez-vous la peine de le prouver ; l'effort ne c< sera pas grand si les principes sont aussi absurdes « que vous le dites ; opposez chaire à chaire, autel à c< autel; devenezenthousiastes contrôles enthousiastes; « prenez quelque chose de leur feu pour les combat- « tre ; certes, il y aura du malheur si, ayant de plus
DEFENSE DE L ECBfT INCRIMINE. 403
« la vériti^ de voire côté, vousn'obtenezbienlôtle desn SUS. Mais n'appelez pas le Gouvernement au secours « de votre éloquence, car ce serait le déshonorer (i), a
Il me semble, Messieurs, qu'il faut choisir entre deux suppositions : ou ces paroles s'adressent à M. M", individuellement, ou elles ne sont que l'expression d'une vérité générale.
Dans la première supposition, il est tout à fait impossible d'y voir une injure au Gouvernement ; s'il y en avait une, elle serait pour M. M" ; et ce n'a point été mon intention ; je n'injurie pas ceux que je réfute. Dans la seconde supposition, c'est-à-dire en prenant cette phrase comme l'expression d'une vérité générale, elle ne tombe sur personne ni en blâme ni en louange ; et chacun est libre d'en faire l'usage et l'application qu'il veut. Que j'aie fait m petlo cette application à notre Gouvernement, c'est ce que personne ne peut prouver; c'est ce que mon aveu seul prouverait; et c'est ce que je nie solennellement. C'est une idée générale, amenée par le cours du raisonnement, et pure de toute allusion particulière. On peut la ramasser pour s'en faire à i5on choix une couronne ou un opprobre ; cela ne me regarde point. Je n'ai voulu qu'énoncer une idée générale, et, comme telle, il me suffit de prouver qu'elle est vraie, ce que je vais essayer.
Je crois qu'un Gouverneraenl ne s'honore point en
prêtant sa force aux opinions; comme je crois aussi
que des philosoplies ou des sectateurs ne font point
une chose honorable en appelant l'autorité au secours
(1) Paie sas.
400 ESSAI SUB LA CONSOISNCi.
de leurs doctrines. L'action est réciproque ; et ces deux vérités corrélatives se fondent sur cette autre vérité que je nç m'attends pas à voir contestée dans cette eivceinte : c'est qu'il n'y a aucun rapport d'essence, au- , cune affinité naturelle entre la vérité et la force. Cel^ est vraii à tel point que je ne saurais trouver dans Ici nature aucun terme de comparaison qui pût m' aider à rendre cette idée sensible. L'eau et le feu ont plus de parenté eptre eux que la vérité et la force. Les contraires ont entre eux plus de relation, car l'un avertit de l'ajjsence de l'autre ; mais entre la force et la vérité je ne vpis aucun point de contact, aucun rapport quelconque 5 l'une ne fait point penser à l'autre, ne supp£j§e pas l'autre, ne remplace pas l'autre. La force peut se rencontrer avec la vérité, la vérité avec la force, mais cette réunion n'a rien que d'accidentel, et l'on est obligé d'avouer qu'elle est rare. II en résulte que lorsqu'on veut donner la force pour soutien à la vérité, on leur fait en quelque sorte contracter un hyr men adultère, qui tourne au déshonneur de l'une et de l'antre. L'honneur de la vérité, c'est de triompher par sa propre énergie ; l'honneur de l'autorité, c'est de comprendre ce principe, c'est de laisser un libre chemin à la vérité, c'est d'avoir foi à la puissance de la vérité, et, en cpnséquence, de ne pas lui offrir, ou plu^ tôt lui imposer le secours flétrissant de la force matérielle. Mais si ce secours se combinait avec de^ mesures 4e violence, siTautorité armait certaines idées du glaive acéré des lois, si le Gouvernement forçait la vérité à devenir persécutrice... en flétrissant, pour un
DÉFENSE nK l'iÎcBIT iNCRIMlSK. JO"
temps, la -vérité, il se Ilétrirait lui-même : car il aurait méconnu à la fois la puissance de la vérité, la liberté des intelligences et la dignité de la pensée; i) aurait fùé à la fois trois grands principes dont il devait être le respectueux gardien. Au reste, Messieurs, je ne puis m'empécher de vous dire, bien que cela importe peu pour ma cause, que c'est à mon copiste ou à mon imprimeur que je dois d'être accusé au sujet de cette phrase. Un a pris pour un e fait aujourd'hui mon mal- Jjeur : on ne peut guère être malheureux à moins.
J'avais écrit: «N'appelez point le Gouvernement au f^ secours de votre éloquence, car ce serait LA désho- « norer » (déshonorer l'éloquence); pensée commune, mais très juste; car il est certain que c'est se couvrir de honte que de recourir à des coupa d'État pour accréditer ses idées favorites ou ses opinions religieuses. La vérité même, ainsi soutenue, n'arrive aux esprits que suspecte et décrédilée; on s'arme contre elle de préventions injurieuses, on ne veut pas la reconnaître MUS une telle escçrte, on la repousse avec mépris comme un mensonge. Tel a été le fond de plusieurs Teligions qui avaient invoque et obtenu les secours de rÉtat. En s'assurant son appui, elles ont perdu la pûiifîance des peuples dont le sentiment de liberté se trouvait effarouché par cettealliance. Il est même arrivé ,| ces religions quelque chose de pire : leur association SVec la force ne les a pas seulement décrédilécs, elle ^ a corrompues; après avoir inspiré de la défiance, plies l'ont méritée ; tout ce qui iwraissait devoir les il^r \e8 a f^t tomber en dissolution. CVst que.
plus elles ont demandé à l'autorité, moins elles ont exigé d'elles-mêmes ; plus elles ont vécu d'une vie extérieure, plus la vie intime s'est dissipée ; la confiance charnelle a banni la foi, et la foi, en s'échappant, a emporté la vertu. Ces conséquences sont trop naturelles pour (}ue je m'arrête à les développer ; d'ailleurs je n'ai voulu, Messieurs, que vous faire connaître la véritable leçon du manuscrit original de ma brochure, leçon qui, respectée par mon copiste ou par mon imprimeur, m'aurait peut-être épargné un des trois chefs d'accusation qu'on a tirés de mon écrit.
Je passe à un second chef d'accusation. La partie publique voit un outrage à la religion dans ces mots : « Vantez-nous encore cette unité impie. » Voici le passage auquel ces mots appartiennent : « La société doit veiller à l* unité du culte. — C'est « lui imposer une rude tâche. L'histoire en fait foi, « l'étude de nous-mêmes suffirait à nous l'apprendre, « le bon sens le déclare. Quoi ! toutes ces imagina- « tions, toutes ces âmes, tous ces êtres moraux et voce lontaires, vous voulez que la société les amène à la « même religion ; vous voulez qu'à moins d'adopter voce tre culte, ils restent sans culte ! Quelles forces nou- « velles a donc reçues la société ? Voilà quinze siècles « que les princes les plus puissants et les plus habiles « échouent dans cette entreprise ; et vous avez le couce rage de la conseiller ! Vous qui reprochez à quelle ques zélateurs d'attiser les discordes et de préparer ks <e révolutions^ mesurez, si vous le pouvez, les maux ce qu'a versés sur le monde ce système fatal d'unité
que vous venez défendre ; et, après cela, vantez-nous encore cette unité impie (1). »
Il m'arrive à cet endroit de ma défense une chose bien singulière. Je suis accusé d'outrage à la religion ; et ma défense consiste à dire que la phrase précisément d'oii l'on extorque cette accusation, est un fiomlage éclatant à la religion. Comment se peut-il faire, lessieurs, que le ministère public et moi soyons si loin 'de compte? A quoi peut tenir l'extrême divergence de nos vues sur ce point de doctrine? Je l'ignore, et je ne Veux point le rechercher ; j'ai autre chose à faire.
J'ai, ditnan, outragé la religion. Mais quelle religion? *îfltrK« celle de Mahomet, soumettant les peuples au ■Coran par l'argumentation sanglante de l'épée? Estroe ^eelle de Cliarlemagne, mêlant le sang des Saxons à Teau de leur baptême? Est-ce celle d'Ivan le Terrible, "faisant des eaux d'un fleuve un vaste baptistère oii les )Sbériens sont poussés par détachements successifs, la 'haïonnelte dans les reins? Est-ce celle du comte de [ontfort, éclairant les Albigeois sur la vérité du pa- Ijrisme à la lueur des torches incendiaires? Est-ce celle ÏJe Louis XIV, déclarant, le glaive à la main, à un uiil- Ifon de protestants français, qu'il n'y a plus de proiesfants en France? J'avoue, sans détour, que j'ai oula religion de Mahomet, de Charleraagne, d'tvan Terrible, de Louis XIV. Mais si, en parlant d'ouge à la religion, la partie publique a entendu, ieomme je dois le penser, la religion chrétienne, telle ■qu'elle est dans l'Évangile, la religion protestante,
(1^ PaftfSfli.
MO ESSAI SUR LA CONSGIBNCaU
telle qu'elle est d^ns nos livres symboliques, je prétends que, bien loin d'avoir fait outrage à la religion, je lui ai rendu, au contraire, dans les paroles incriminées, un éclatant hommage. Je vais le prouver.
Dieu veut le salut, la libération de tous les l^ommes, et il les sauve, il les libère par la connaissancp qu'il leur donne de la vérité. S'ils accueillent cette véçité dans un cœur humble et soumis, s'ils la retieur nent, s'ils la conservent, s'ils l'appliquent, l'œuvrç miséricordieuse du Sauveur est accomplie en eu^L. Mais toute cette conduite de l'homme suppose l'usage de sa liberté. Dieu pouvait sans doute, par un miracle, amener tous les hommes à la fois à la possession de la vérité. Dieu pouvait convertir d'un coup toute l'espèce humaine, et produire instantanément, irrévocablement une unité contre laquelle personne n'aurait eu l'idée de s'élever ; mais il paraît qu'un tel triom* phe n'est pas cx)nforme aux vues de sa sagesse éternelle. Il a donc appelé tous les hommes; il n'en force qiucun. Or, comme les hommes sont dififérenament doués, et placés dans des positions diverses, il en résulte que l'unité ne s'établit point naturellement entre eux. Les uns arrivent plus tôt, d'autres plus tard, k la vérité ; d'autres, hélas ! n'y viennent jamais. Et parmi ceux auxquels il est donné d'y parvenir, il reste encore de grandes différences, suivant les degrés de l'intelligence, les nuances du caractère et l'influence (}e l'éducation. Il existe, à la vérité, un moyen d'intn>duire chez un peuple une espèce d'unité en matière de religion. Ce moyen, c'est la proscription de toutes
D^FiH^i J>^ l'rCRIT INr^lMINÉ. 411
1^ lumière. Pq même que toutes les couleurs, comme
dit Bacon, s'accordent dans les ténèbres, toutes les
opinions se confondent et s'effacçnt dans l'extinction
de la pensée humaine ; il n'y a plus de divergences
d'opinions, parce qu'il n'y a plus d'opinions. Mais
C^ez un peuple arrivé à un certain degré de civilisation,
cette unité artificielle s'établit plus difficilement, ou,
pour mieux dire, ne s'établit jamais. Il faudrait, pour
qu'elle pût y avoir lieu, qu'un excès de corruption y
eût tellement amorti les consciences qu'elles fussent
devenues totalement indifférentes au mensonge et à la
vérité, comme au vice et à la vertu. Les peuples ne
SQnt jamais arrivés à cet apogée de la dépravation.
Quoi qu'il en soit, entreprendre de créer par la force OPtte unité religieuse, n'est pas moins impie qu'absurde. C'est empiéter sur les droits de Dieu, en voulant opérer par la violence ce qu'il a résolu d'accomplir par la persuasion. C'est substituer une unité extérieure à l'unité intérieure, la seule dont il fait cas. C'est anéantir le sentiment religieux au profit de l'établissement religieux. C'est, comme je l'ai dit ailleurs, vouloir une Église et point de religion. Conquérir les Qonsciences par la frayeur, les acheter par l'espérance, les égarer par le mensonge, sont des outrages paiement graves à celui qui a fait les consciences et qui s'en est réservé l'empire. Placer un individu ou dçs masses dans l'alternative de renoncer à leurs avantage temporels , ou de renier leur conscience , c'est un attentat sacrilège. Et l'unité, toujours api)arente, qu'on procure par ce moyen, est une unité impie.
Voilà les principes de la religion chrétienne. La religion de rÉtat, au canton de Vaud, en a-t-elle d'autres? Dans ce cas, il serait vrai de dire que je l'ai outragée, et je ne sais si j'en aurais beaucoup de repentir. Mais j'ouvre son histoire, j'assiste à sa naissance, et je vois que l'unité qui a régné dans son sein n'a pas été un fruit de la force. Cette unité, fondée sur la liberté , n'est donc point l'unité impie dont j'ai parlé. Je n'ai donc point insulté l'Église du canton de Vaud, je n'ai point outragé la religion de l'État. Pour mieux dire , je n'ai outragé aucune personne ni aucune chose. Je me suis élevé contre le système qui veut établir l'unité par la force. Si c'est un outrage que d'avoir qualifié d'impie une pareille unité, je veux bien avoir commis cet outrage , et je suis prêt à le commettre encore.
Insulte à l'autorité, outrage à la religion , voilà les deux premiers chefs de l'accusation qui m'est intentée. A peine l'idée vient-elle d'un délit plus grave, et cependant la partie publique a su le trouver dans cette même brochure, trésor, à ce qu'il paraît, de mensonge et d'iniquité.
« Une loi immorale, une loi irréligieuse, une loi qui c< m'oblige de faire ce que ma conscience et la loi de « Dieu condamnent, si l'on ne peut la faire révoquer, il « faut la braver (1). » — Un grammairien pourrait lever dans cette phrase une incorrection assez sensiblesla partie publique y a trouvé quelque chose de mieux ^ elle y a découvert une provocation au crime.
(1) Page 364.
DEVENUE DE L El
Une provocation direcle (la seule dont la loi fasse nention} consiste à exciter une certaine personne à un certain acte dont l'occasion existe pour elle.
Or, ai l'on analyse la phrase incriminée, on trouvera bien qu'un certain acte est recommandé, celui ; braver «ne loi immorale ou irréligieuse qu'on n'a pu BwVe révoquer. Mais il est impossible d'y trouver les leux autres éléments de l'idée de provocation directe. - Et d'abord, qui est-ce que je provoque? Le monde ^tier, c'estrà-dire personne, La phrase incriminée est
î lettre sans adresse. C'est une maxime de philosophie que j'oppose aux maximes très peu philosophiques de mon adversaire. Je fais ce qu'ont fait avant i milliers d'auteurs qui ont écrit sur la morale; je fais ce que fait mon antagoniste lui-même, lorsqu'il toonce des sentiments sur la politique, lors<iu'il dit,
r exemple : n Le gouvernement doit veiller à l'unité .« du culte. » Y a-t-il provocation dans ces paroles de H. M"î Nullement : c'est le simple énoncé d'une doctrine, très fausse, à la vérité, mais enfin d'une doc- Jhne. La seule différence entre nos deux propositions, c'est que la mienne est vraie, et que la sienne est husse. Mais ni l'une ni l'autre ne sont des provocatuns, ou toutes les deux sont des provocations; il n'y in pas de milieu. Si j'ai provotpié à la violation des lois, àl a provoqué également à la violation des lois, car jt'est en vertu de la constilulion que tes catholiques exercent librement leur culte dans notre canton; et M. M" veut que le gouvernement établisse l'unité de culte, ce qu'il ne pourrait faire qu'en foulant aux pieds
414 MfiAI SUR LA GONSCUniGI.
la constitution. La condition de M. M** et la mieiine sont donc identiques ; si vous me condamnez, Voiië ne pouvez l'absoudre ; si vous l'absolvez, vous rie pdtivez me condamner.
Mais laissons en repos M. M**, qui rie se soucie probablement pas de suivre ma fortune ; aussi bien' ti'ài-je pas besoin de ce rapprochement pour établir que ce qu'on appelle provocation dans mon écrit, ne é^adtëssant à personne en particulier, n'est que le Simple énoncé d'un précepte de morale universelle. Veuillez, Messieurs , si vous avez besoin d'en être convaincus, jeter les yeux sur l'ensemble du paragraphe où se trouve la phrase incriminée. Je vais l'analyser.
L'auteur d'un article de la Gazette ayait demàxidé de quel nofti il faut appeler celui qui brave la loi» Â cette question générale, je réponds, dans m^ brochure, qu'un tel homme peut être appelé séditieux, fûi^Sèûx, rebelle, selon les circonstances.
Voilà ma première thèse, où l'on ne verrst pas sans doute un paradoxe, et moins encore une provocation. Passons donc plus loin. Je reconnais ensuite qu'il y a une loi de Dieu, supérieure à toutes les lois humaines, et avec laquelle celles-ci peuvent se trouvef en contradiction. Vérité, je crois, qui n'a pas besoin de preuve, et qui, dans tous les cas, ne provoque rien. Enfin je dis que, placé entre ces deux lois, le croyant se décide pour la loi de Dieu ; j'accorde que, dans ce cas, il se constitue en état de révolte vis-à-vis de la loi humaine, et qlie, dans le sens de la loi, et aux yeux de ceux qui l'ont faite, il est nécessairement un rebelle. Mais afin
de lie lAissèr point de vague dans une matière aussi imptMtbntê, je repousse bien loin l'idée qu'on puisse, en lionne morale; se dispenser d'obéir à des lois humaines; simplement parce qu'elles sont injustes, et je n'exclus du droit d'être obéies que les lois qui obligeraient de faire ce que la conscience et la loi de Dieu condamnent. Or, je nie que, dans l'énoncé général de cette maxime de morale , il y ait une provocation dirtUe. Je veiix bien que la conséquence indirecte de ces maximes soit une conduite dans laquelle on voie une préférence absolue de la loi de Dieu sur la loi des hommes. Qu'on dise que la maxime est dangereuse, et qu'on me fasse un procès en tendance, si la loi en donne le moyen; mais qu'on ne m'accuse pas de provocation directe: car ce serait tordre la loi, et rendre les mois les plus clairs de la langue problématiques et confus. Mais une provocation directe, avons-nous vu encore, suppose un acte dont l'occasion existe. Car si cette occasion n'existait pas, la provocation frapperait en Tair et n'atteindrait rien. Voyons donc maintenant s'il y avait dans le moment où j'ai publié mon écrit, s'il y a, dans le moment môme où je parle, l'occasion de l'acte qu'on m'accuse d'avoir provoqué. Oui, me dit-on, vous avez provocjué à la révolte, et Tocciision de la révolte existe toujours. — Je réponds que, si j'ai provoqué à quelque chose, ce n'est point à la révolte en général, dont il est certain que l'occasion existe toujours, mais à une certaine espèce de révolte dont l'oocasion n'existe pas toujours. J'ai |)arlé de braver des lots immorales et irréligieuses. Or, en suppsarit cpie
de telles lois méritent que les citoyens les respectent, je demande : Y a-t-il, dans ce moment, au canton de Vaud, des lois immorales et irréligieuses? S'il y en a, qu'on me les montre. Daignez, Messieurs, faire attention à ce que je demande. Ces lois immorales, irréligieuses, où sont-elles? qu'on me les montre. Alors j'avouerai que ma phrase provoque indirectemeni à un acte dont l'occasion existe; car j'ai dit, d'une manière générale, que, quant aux lois immorales, irréligieuses, qui obligent de faire ce que la conscience et la loi de Dieu condamnent, il faut les braver. Encore une fois, qu'on me les montre. Si l'on ne peut me les montrer, il est clair qu'il n'y a de ma part provocation d'aucune espèce. Si, au contraire, il y a chez nous de telles Ipis... si le canton de Vaud a, dans ses codes, des lois qui outragent la conscience et insultent à la Divinité... Messieurs , dans quelle position vous trouvez-vous placés! et que votre ministère est pénible à cette heure ! On vous oblige à poursuivre un homme expressément dans l'intérêt des lois immorales et irréligieuses de votre pays. Ce sont de telles lois que vous êtes appelés à venger sur lui. C'est à l'impiété, à l'immoralité codifiées que votre sentence doit rendre hommage. Et vous ne pouvez me condamner qu'en flétrissant vos législateurs et votre pays ! Mais, Messieurs, même à ce prix vous ne pouvez pas me condamner. S'il y a eu provocation de ma part, en tout cas elle n'a point été directe. Ce n'est qu'en thèse générale que j'ai justifié la désobéissance aux lois irréligieuses et immorales; je n'ai fait qu'exprimer une opinion philoso-
- phique; et quand bien même, dans l'hypothèse, son application tomberait sur des lois existantes, ce n'est que d'une manière indirecte qu'elle les compromet; ■ea sorte que je ne puis être placé d'aucune manière dans le cas de provocation directe.
Mais pourtant, me dira-t-on, il est évident que votre écrit se rapfwrte aux dissidents, qu'en dernier résultat Vous les défendez, et que chez vous l'apologie d'un
-principe se résout en la défense de certains individus, et une thèse philosophique en une véritable provocation. Personne ne s'y trompera, personne ne s'y est trompé ; et vous-même vous vous feriez conscience de le dissimuler.
Messieurs, quand cela serait, on ne doit pas rae le fcire dire; car c'est m'obliger à faire confidence à la ,eour et au public de mes intentions secrètes et de mes
.^flentiments intérieurs ; c'est vouloir que j'imprime aux sages inculpés de mon écrit un caractère qu'ils n'ont
^point en eux-mêmes, que je les rende coupables comme
A plaisir, el que je crée le délit. Si le délit n'est pas i^ns la phrase même, il n'est nulle part. Mais au lieu itfe me retrancher dans cette réponse, où pourtant je ferais inexpugnable, je déclare que la supposition à
'.toquelle on voudrait me faire consentir est sans fonde-
rtwnt ; et que d'intention, le passage incriminé n'est
[^int une provocation adressée aux dissidents.
Des individus que M. M" désigne sous le nom de
imtairei ont été l'occasion de cette discussion. Mais l'oc- ÀBflion n'est pas le sujet; et même il est facile de s'as-
Murer que mon écrit ne se rattache que Irès indirecte-
ffiënt aUi iiidivldllà dont il ëèt qtlëstitifl; M. ftT* àVSit tWùVé a pi^oposr d'ëtiôhcef ft léuf dcfcaôtoft fcef WihiS {itîh^ èîfJëS de indrâle et de tK)Hti(}Ufe. Moi, à rtx*ô6iôh dei {frtftcfpès de M: U*% je suis vénti eh értôiiofer d'fîtltréiy qui sont justement le ^riti*aii*0 dë8 §iëtiâ* Oti vOlt qtlé je tië feui^ id (lu'ëri tt-oiàièiilë ligné, et (JU'Ufl dôtible IhtéH^&llè me sét)are du sujet Jîftrtictilifef dëà ieCfeiîrëS. C'est le vérité pure, Med&΀ut*ê, qu'à k ptèniiè«5
lëbtùrë de l'article dé la Gdzém^ je ftis plus frappé de
là failëSèté des priilëipes Qu'il fettfëfme que du dangéf flg leur àpplicàtiott polif lèS disSidetits dé ïîOtfé pays. GeiiX qui ttië ocrrliiàififêëht, cëux quî tîottnaisfeëiît ËHèiïW ment mes écrits, n'en douteront nullement* Youé par gbût à rëXpbêitiôri des doctrine)^ géfiérales, j'aborde rafémetit lëè question^ locales et temporaires; qui , par pluSiëUrè râiéOrii^^ lië sont guère de fna compéteiloe; et d'est pëUt^trë tlh toYt qu'on devrait tae tBptàéhet è'êtrë mbltis toiielié, dans des citt3onstimc®5 ix^tmm égllës bù tiotis rlôUB Irôilvbhs, de l'injtlgticë faite aux pWsdhliës que dé la violence faite aux prinfeipéB; DâfaS 16 caë préèJënt je suis demeuré fidèle à ma métlKïde, bbrttië oii mauvaise; Mon écrit n'est rëellement point dn morceau ê^f lëô sectaires, mais sur un article mit lé* sectaire», où il est question de tout autre chcwSë que des eectaifës. Eii sorte que si j'ai défetidu les âectaireg^ c'est indifèctemerit et par de simplet théories, et que ël je leg ai provoqués à là désobéissance^ c'est eiwSôre iftdirebtement, par dëô théories; Je puis dohc affirmer qiie, ni dé fait ni d'intention^ je n'ai cbmmi* dans mon ébfit l'acte de provocation directe qjui tn'est imputé;
DÉPECÉ DE l'écrit ittCRÎiUNÉ.
Mi
C'est assez {tour lùa défense juridique, Ce li'ëèt pâé assez pour tua justification moi-ale ; c'est assez pëuïftre pour mes juges, ce tl'est pas asSèz pftur le fiublic #pouf ilioi. Je veux, libre de l'accusation qii'bn râ'a intentée, m'intenter à moi-même iin autre procès; je yfeUx, purifié du Soilpçon de tout acte proVocdteur, m'examinersous un autre point de vue. Voydhs si tDa doCtrirté (car il n'est jjlus question qiié d'utiB doctfirifej
,; dans sa substance et dans sott énoncé, à î'âbH db rêprt'cbe de fausseté où de dangereuse tendaticè.
Ai-je pu dire que, « quand une loi est immorale et « îrfëligieuse, quand une loi oblige de fâii'C ce qué îë « fcotiscietice et la loi de Dieu condamnent, tl faut lui i désobéir? n
flot Agrippa, di^ii Paul k celdi <}ui rffevàit ife jugé?, ri>t Agrippa, croii-tù at*« prophètes f Je sais que tu 'y ct*fs. Et moi je Vous dis ; Mes juges, croyez-vouS éii Viéril Je Sais que voùè y cfoyéz. Or, Bi vous y croyez, id moyen que vous n'admettiez pSs, et même avec resi^Bét; œtte tnàximé InCbritëstabld, que, dans la liécès- ■ fiiU; dé choisir entre ta loi des Ifommeé et celle de Dieu, il faut se défcider pouf « cfelui par qui les rois régnent, « par ijUl les législateurs font les lois, par qui les juges 4 ëdbiiniâtrent la justice^ » Lé moyen qlie voufe ne r'étcOnttél^siez [las qti'il èét dés cas oii la désobéissance aS* Ibis Humaines deViént Un devoir, et lé pi-emièt- dès dft+birti! H est Vrai cpiè lés niagiéfi'àts sont établis de Dfeu, et que, ddne la sphère des Iristitulions sociales, ils Ife rftpri^nfent auf là (erre; mais il eél égâlêméhi içftWM qu'il he leur a donné aucune part dé soti in-
420 BSSAI SUR LA CONSGIBNCB.
faillibilité ; que , membres de là famille humaine, ils participent de la corruption originelle de cette famille ; et qu'exposés, comme nous tous, à des passions et à des erreurs, ils peuvent en transporter dans leurs lois la déplorable empreinte; en sorte que ce qu'ils prescrivent peut se trouver en opposition avec ce qu'a prescrit le Seigneur des cieux et de la terre. L'Évangile a fait plus que de prévoir ce cas de conscience : l'Évangile l'a créé en quelque sorte. L'apparition du christianisme sur la terre fut elle-même l'occasion d'un éclatant conflit entre la sainte autorité de Dieu et les prétentions de l'autorité humaine. Il fut des temps. Messieurs, oii la pure et simple profession de l'Évangile fut, par elle-même, une résistance aux lois humaines; et, dès l'aurore de ce grand jour que Jésus alluma sur la terre, ses apôtres furent obligés de proclamer et d'appliquer ce principe, sans lequel il n'y a point de religion possible : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. (Actes V, 29.)
C'est ce principe que j'ai posé dans mon écrit; mais j'ai fait plus, je l'ai développé, je l'ai expliqué; et chacune des circonstances dont j'ai accompagné l'idée principale est destinée à prévenir les fausses interprétations qu'on pourrait en donner, et l'abus que pourrait en faire la faiblesse humaine. Il ne vous échappera pas. Messieurs, que, dans le même paragraphe où se trouve la phrase incriminée, je pose un principe conservateur que j'aurais pu, aux applaudissements de la multitude, ou nier ou révoquer en doute. J'y déclare qu'il faut obéir même à la loi injuste ; principe
DEFENSE DE L KCaiI INCHtMlNE. 421
journellement éludé par une foule de gens qui se croient d'ailleurs de fort bons citoyens. J'oppose, autant qu'il est en moi, une digue au débordement de ce jésuitisme pratique répandu dans toutes les classes de la Bociété, et qui, par des voies obscures, enlève journelfement à l'État une grande partie de l'obéissance qu'on lui doit, et des secours qu'il attend de ses membres. Et comme la précision est la force des doctrines mo- TBles , comme le vague dans ces matières est la res- Kurce de la mauvaise foi, je lui enlève tout prétexte par cette distinction exacte et claire des lois injustes qu'il faut respecter et des lois immorales auxquelles il ne faut pas obéir. Je définis même ce mot immorales, afin d'ôter la ressource du sophisme à ceux qui pourraient dire que toute loi injuste est par là même immorale. J'appelle loi immorale, irréligieuse, celle qui oblige de faire ce que la conscience et la loi de Dieu condamnent. En cela, j'ose dire que je suis plus précis et plus sévère que le catéchisme de l'Église nationale, ■qui établit « qu'il faut obéir aux magistrats en toutes « les choses justes et légitimes (1). » Ces paroles ouvrent à l'esprit d'indépendance une trop vaste cartière, car on pourrait les interpréter de telle manière, qu'il serait permis de désobéir à toute loi qui nous paraîtrait injuste à notre égard. Je me garde bien de donner prise à de telles pensées ; et l'on ne trouvera peut-être pas indigne de remarque que le sage Ostervald soit moins réservé que moi (2).
(I) Pvlie Il.secllon XHI.
(1} Voici l9 (locirhie <le Jacob Vernel sur le même siijf i :
UllDiilé de* touvcralDS éisnt subordonnée i H loi illvlne, on ne
^^^UulDiiié c
^^^ EfSi^i sua u GO0($cigii(:tf.
Q^tt^ dist^inctipn de }'injustip^ et de rjxppaoF^lilé ^ans le? lois est propre à inppirpr à l'État Ig plus
grande ^^curité à laquelle il puisse prétendre, gq eflfej, pêpe d£|ç^s le cas des Ipis jminpf^lep , Y$^\ n'anyg t\^\^ à crjstiaçlre au delà de la simple désol^iéisq^ii^Gg. ÎJuUe pp^ihili.té ci'épaeute, d§ spulèveipent, d'?ittaque, 4p réYPJte k main armée. Et ppvirquoiî C'est que (|@9 ^îix parties de la loi, savoir, le 4i?po§itif qui ©St im: q^Pfal^ et la clause pé^al^î qui pst injuste, la prep^ièpQ s^ule rçnçpotrera de la désobéisfai^çe, e\ la sein&G^ gjbti^Q^ra la sp^paission. Si le cj^pya^t se refuse à l'acte gy'pR lui cpmp^nde, ij se spvimpt yojputairwwt m cj^âtiflfipnt qw'PU lui inPigPî et, %'il np ypvis livre j?r gpiqi§ uu^ conscience à ^ubJHguer, il ypuç pyé^çntera tgijJQur^ UR çor^ à puAiv- Commaude^-lui dft repiw f^ îo\^ il ne peut ; dites-lui de ypus sacrifier son biep, jIP desce|}drp 4^A§ les prispps, de marchpr ^ Yédkf^r f?m4? jl e§t prêt. -^ei}4e? prison, supplipe, tous qq9 tril^V^ts terribles pu pai^gl^nts, que la société ii£^pQ9^ 9 ia çlésohtéjg^ange, il* le? paye avec joie et sans bésitw.
JS x^a|| pis^ ^.ur ot^r «M^ pr^QHnsiient quelque ^om de contraire à cette « loi, comme de trahir sa conscience en matière de reIig[ioQ^ o.u àfi çon^tt mettre une action criminelle. Ce serait alors le cas de répondre comme H ^ ^)i( fime fu ^nfaé(|r|q, Actes, IV, 19 : Jl^gçz vcuf-mépi^s f^nW « pas juste d'obéir à Dieu plutôt qu'c^ÂX hommes.,. Les prii\ces ne peuvent « i)as trouver mauvais qu*6n refuse de leur obéir en pareil cas, parce que ^ la x^\9i mêiqç ^ç 1^ subo^-dinaiion Ifi denuipilf, et q))'^ ^yi\nt ^yei^ de^ « grés d'autorité, l'obéissance est due à chacun selon son degré. Comme « donc un urince ne voudrait pas que l'on obéit à ses propres oticlers, « s'ils çlonnaient des ordres contrairesî aHX sieiis, lut-qiiém§, é|a^t ^ D4l\^^e '(( de Dieu, ne doit pas exiger qu'on lui obéisse plutôt qu'à Dieu. Ce n'est « pas proprement désobjôir 9M prince, c'est obéir à Dieu; et ce sont alors « les princes eux-mêmes qui ont tort de mçttre leurs sujets à i^ ^elle « épreuve, puisque leurs ordres ne sauraient Jamais être plus sacrés pour « nous que le soiit les lois divines. »
DEPENSE PB t-ECtdT mcniMlHB. 423
Allez à sa rencqjitre avec une loi io^jjie, vous (roqverez 'tm lion ; levez le glaive sur sa tête, le iîon n'est plus
Messieurs, ceci n'est pas une vaine supposition, ■ypua le savez assez, La distinction que j'établis aujourd'hui n'est paa d'aujourd'hui ni d'hier. Écrite dans lea alinéa religieuses par la main de Dieu même, elle se I jjpohonça ave<; force dans la conduite des chrétiens à toutes les époques de persécution. Lorsque la primitive Ëgliae recevait du courroux des empereurs romains ce ttaptéme de sang promis par l'Ëvangile, cette consécration douloureuse due à toute vérité, on vit dans la conduite de ses membres cette union constante et sévère ■às la désobéissance et de la soumission. Ni leur qua> lité de citoyens ne put les engager à renier leui- foi, ni .leur foi ne put leur faire oublier leur ([ualilé de citoyens. Fallait-il adorer les faux dieux , on lee trouvait ^lebelles. Fallait-il souffrir ou mourir^ ils redevenaient ifOitoyens. Dans ces jours oïi la persécution du glaive ;D'*exc|uait pas celle de la calomnie, et où l'on se plaiafàt à flétrir ceux qu'on égorgeait, on les peignit comme lies ennemis du genre humain ; mais nul ne put dire E^'il y ei^t de meilleurs citoyens, ni des sujets plus ifidèles. Leur dévouement à l'État, leur réslgnatiuit nnnquille aux mauvais traitements, servaient d'exenir )fi6 à tous les citoyens, et n'en avaient point eu. £t <8>'e8t avec justice que Corneille mit dans la bouche 'tf un de leurs persécuteurs ces belles paroles : . , . Depuis tant de lempi que nous les lourmentong, Les a-l-(in vus mutins, les a-t-(in mis rebelles? Nos princes oot-lls eu des soldats plus fldHes?
424 BSSAt SUR LA CONSCIENCE.
Furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux, Et, lions au combat, ils meurent en agneaux.
Cette distinction de l'immoralité à laquelle il faut désobéir, et de l'injustice à laquelle on doit se soumettre, n'était point seulement dans l'esprit d'une époque; mais, inhérente à l'esprit du christianisme, nous la voyons se reproduire dans l'Église, à toutes, les époques où la persécution ramène ce redoutable conflit entré la conscience et la loi. De nos jours elle est encore aussi claire, aussi distincte qu'au temps des premiers martyrs ; partout elle caractérise, elle annonce le chrétien ; et, je le dirai ici sans crainte comme sans détour, elle caractérise ces mêmes dissidents auxquels se rattachent indirectement toute cette discussion et tout ce procès. Éloigné d'eux par plusieurs de mes opinions, comme par les habitudes de ma vie, je me sens pressé de leur rendre cette justice : qu'abstraction faite de leur séparation de l'Église nationale, leur obéissance aux lois en général, et leur soumission à l'autorité, sont dignes de servir de modèle ; et qu'en général l'État ne pourrait souhaiter des citoyens plus loyaux, plus zélés et plus fidèles.
Résister au dispositif d'une loi immorale, se soumettre à ses clauses pénales, c'est donc là ce que je demande à tout membre de la société. Eh bien I Messieurs, je demande au fond, pour la société, plus que la société ne réclame. Tout le monde sait que ce contrat, qui lie la société et ses membres, n'a rien de libre, que notre association est forcée. Aucun de nous n'est par choix membre de la société civile ; en nais-
DÉFENSE DE l'Écrit inohihink. 425
Bant, il en apporte les chaînes; il les traîne jusqu'au lombeau. La société ne lui a pas dit : « Veux-tu m'ap- }iBrtenir î » Elle lui a dit : « Tu m'appartiens ; et, si tu foublies, mes châtiments te le rappelleront. M'obéir ûu subir mes châtiments, m'obéir ou perdre ce qui te Teste de liberté, m'obéir ou renoncer à tes biens, m'oiéir ou mourir, voilà ta seule alternative: choisis. Tu ïne payeras en douleurs ce que tu n'auras pas voulu me payer en obéissance ; tel est le contrat social. » En fiartant de ce principe, la société a dû songer à établir *un tel équilibre entre les devoirs civiques et leur sanction, entre la désobéissance et les peines, que, d'un eôté, elle pût raisonnablement compter sur l'effet de •es menaces, et que, de l'autre, l'insubordination fût équitablement balancée par sa punition. Si cet équilibre existe (et il existe dans toute société organisée), les clauses pénales doivent être un frein suffisamment fort contre les délits qui compromettent la sûreté publique et particulière. Eh bien ! j'accorde davantage encore à la société; je ne me contente pas de la mettre aux prises avec ses membres, ou ses membres avec elle, sauf à voir qui l'emportera dans cette lutte ; je réclame pour la société l'obéissance la plus étendue qu'on puisse raisonna- Uement concevoir ; je veux pour elle ce que proprement elle n'a pas le droit d'exiger, l'obéissance aux lois injustes qu'il lui plaira de porter. Si je n'avais parlé que comme philosophe, comme publiciste, je n'aurais point osé deme^nder autant ; je me serais contenté d'en appeler aux clauses menaçantes du contrat social ; j'au- ■rajs dit à l'individu: Il faut obéir ou mourir; à la so-
ciété: Il fqyt ne pais demander plug qu'on, pe pejit obtenir, C'est parce qvip j'ai paflé co^mg mf^r^J^feç et connue chrétieiiji que j'aj fait de^ féserves dont ffl? pQVjrrait me savoir gré.
Certes, Messieurs, s'il y a un par^dqxp d^m iqft propositJQi^, il n'est pas où on le cherche, ^^^ s'eç^ faut. Le pafado}çe n'est pas ^ dire que les Ipi^ ilpq^Qr raies sont sans 4roit^ h l'obéissance 5 vérité 4^ catér chipnje, que le plus petit enfant nous enseignçy^iit, l^ paradoxe, l'idée hardie, l'Qpinion hasardée oon^i^ta k dire qu'il faut obéir aux lois injust^^. Et quoiqiie per? spnne, que je sache, n'ait élevé la voix contre cette p$u^T tie de ma doctrine, je çaig qu'intérieurement o'c^t celle que l'on repousse. S| Ton n'avait p?i§ vu dan^ m^ bi^o» chure, et particulièrement dans ma propositiaq mv le» lois immprales, la défense d'une secte impopulaire, qn ne ^e serait pas le ippins du mpn4^ «bc^nd^liséi de ippn assertion ; si, au contraire, ms brochure se rattachait^ des oircpTi^t^nces actuelles d'une autre nature, h la résjsts^nce du plus gr^nd nombre à dea lais qu'ib trouvent seulement injustes, je suis persuadé que ce qu'pn blâme aujourd'hui n'eût pa^ excité la moindre iïçiprotf^tion, et que la censure 9© serait taute portée sur la proposition à laquelle aujourd'hui pensionne ne prend gg^rde. Ce rapprochement est plus important qu'on ne pense, et je crois devoir, Messieurs, le livrer ^ votre attention.
J['ai compté, Messieurs, sur ma proposition même pour la défense ^e m^ proposition j et je pr^i? que JQ n'ai pas trop présumé. Chacune de sps partie^ i^'éièvQ
DÉFENSE Kit l'kCHIT INCUIHIHK. i37
^ prélève ou en explication de la vérité qu'elle rene... Veuillez jeter les yeux sur ces tnots ; cequtlq amscieiice et la It^i de Lfieu condamnent. Cette réunipp 1^ la conscjeiice et de la loi de Djeu, réuiiian repréiptée comïDe nécessaive pour mqtiver la dé^pbéf^saiicg ^Uqe loi, est une circonslaqce bien iropp.rlante de nia Bfopi»ition. Ce n'est pas qu'en soi la conscience ii'ajl ^s droits absolus, et que la loi de pieu ne soit en dje-tnétne une autorité péremploire. Mais ces d^M^f loses, en s'unissanl, en s'appuyant, se prûlent r^-ci^ BftiqMeiïiept une grande force, et préviennent bien des l^^s. Si j'avais appelé au conseil la conscience seule, I eiM pu me dire que la conscience est (ridividuelle, le aea indications et ses exigences vqrient avec leB UFBonnes, et que livrer la vie à la conscience, c'est la ^rer à un effrayant arbitraire. Si, au contraire, je jQ'avais reconnu d'autre autorité que la loi de Dieu , groiiaulguée dans la Bible, je rencontrerais deux sortes tfptÛWtiûnç î les premières) de ceux pour qui la pible n'est cjii'un livre ordinaire et non la parole de Dieu; Igg sutres, de ceux qui prétendent que les passagejp du la ftiblp signifient tout ce que la passion k'ur fait signifier. En réunissant, au contraire, en combinant ces :4euj choses, je tempère, je règle l'qne par l'autre, .^eux autorités dont chacune est séparément récusée. Çp que la conscience paraît avoir d'indi\iduel et d(3 Beïjble, est corrigé par ce ([ue la lui de Dieu a de géç^ral et d'absolu; et la variété de sene que la passion et l'intérêt peuvent trouver dans les passages Ips {^uft clairs de la Bible, se résout en une lumineuse \iV^\^ à
la clarté de la conscience qui fait taire l'intérêt et la passion . On peut voir par là combien cette association est importante, et combien j'ai eu de raison de dire la conscience et la loi de Dieu, et non pas la conscience ou la loi de Dieu. En réunissant ces deux choses au lieu de les disjoindre, en les présentant de front à l'individu, j'ai fait, je crois, tout ce qu'il était possible et nécessaire de faire. Au delà de ces deux r^les, je n'en conçois aucune; et si cette barrière n'est pas suffisante, je n'en connais point.
Enfin, Messieurs (car je suis décidé à épuiser ma proposition, pour que l'innocence en devienne évidente), remarquez encore ceci : je suppose que celui qui désobéit à une loi irréligieuse ou immorale, a commencé par faire des réclamations, qu'il s'est efforcé de la faire révoquer ; que, dans son désir sincère de se trouver toujours en harmonie avec la loi de son pays, il a tâché de mettre la loi d'accord avec ses principes, ne pouvant mettre ses principes d'accord avec la loi ; et que ce n'est que vaincu par l'impérieuse nécessité du devoir qu'il a accepté ce rôle dé réfi^actaire et de rebelle qu'un chrétien véritable a tant de peine à accepter.
On s'est aussi scandalisé de cette phrase : « C'est de « révolte en révolte, si l'on veut employer ce mot, que « les sociétés se perfectionnent, que la civilisation s'é- « tablit, que la justice règne, que la vérité fleurit (1).» Permettez-moi, Messieurs, de vous présenter quelques explications.
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DÉFENSE DB l'^CHIT mCRlHlNÊ. iîd
En faisant de la morale et de la politique deux domaines absolument distincts et indépendanis , en n'admettant pas la nécessité de subordonner en tout la seconde à la première, on arrive à mettre en présence deux thèses inconciliables : l'une, que l'autorité civile a droit à une obéissance absolue ; l'autre, que l'homme ne doit point à l'autorité civile une obéissance absolue. Tout étrange que soit ce résultat, il est consacré dans les institutions de la plupart des peuples. De là vient que, presque en tout pays, toute résistance à la loi ou aux ordres de l'autorité constituée prend le nom de révolte, et avec raison. Car la révolte, il faut bien qu'on le sache, n'est autre chose que la résistance aux ordres de l'autorité; et il n'y a pas même d'autre mot dans la langue, pour exprimer celte idée complexe. L'Angleterre seule a consacré dans ses lois le droit de résistance. Mais ailleurs le pouvoir ne s'est pas donné cette barrière ; il a entendu et voulu qu'on entendît que tout ordre, par cela seul qu'il émane de lui, doit être respecté; il n'a fait de réserve en faveur d'aucune institution, d'aucun principe; d'où il suit nécessairement qu'à ses yeux, et dans la rigueur du langage légal, loule riiistance est une révolte. Toutes les résistances, même les plus nobles et les mieux fondées en morale, dans tous les temps ont reçu le nom de révoltes ; et elles l'étaient en effet dans l'hypothèse universellement admise de l'omnipotence des conseils politiques. C'est ce qui m'a autorisé à me servir de ce terme pour désigner non un acte essentiellement coupable, mais
url acte t}ui, htiîc yëuk de là tiidMë, petit l*êffé bti ne retre pàà, etj aui yeUx dé TÊtat, l'ëèt Idtijbxirs; Et àÛ souvenir de mille riît?ôlffc?« gëtiéreusës tjtii ont fait p^valoir darii^ le mdtidë leS droits dé Dieu siif léS fjréterilitJhs deë hommes, les droits de la téritë ka^ îeê prétentiotiS de l'erreur, èhflti ëèiii dé là vërlii felir lé Vice, j'ai pu dire et je. dis éttfebre (JUe fc'esl flê fé^ vblte eil révolte que les société^ se peHectidiitieîitj {jtlè la justice l^fené et que la vèritë fleurit.
Messieurs, je crdis éh avblt* dit Ëssei pdur ftift dÔ^ fetiàei Je remets avec confiance niëi eaUsë à Votte justice. TiribuMl indëpéndani; vbufe ti'éboutëi^» lii f)r&ventions ni inflUeilfce étMhgèli^ ; touâ notiëifbi qu'à VUti*e Côhëcienée, et par là vouS ihètldfëz kdttlfiiâgë S ce même principe pour letjtiël je âUîS tl-attuit dëvënt vDus j voug ferez le même acte (ju'on tn'accilsë d'à^èfr recommande i Jamais peU^êtfe vdUs tié îûtéte apitelëS pretioncei- sur une caUée plus gi^àVé* Le dëlit t|(i*oîl m'impute est Cdmme entrelacé ft l'éiïoilcîtttidtt d'tinè doctrine austère et sainte* Je né sftiS eeiflmènt ttJus pdurriez frapper l'un san^ atteitidîe l'autre. Je sdll^ haite que^ si je suis Condamné^ la Vél'ite doiit Se trbuvè enveloppé mon prétendu délits demétii*e iHtacte et entière. Je le souHaite plUé qUe je ne rëèpèrë. On n'a pas besoin (|ue j'aille ëri priSëfl ; inAih 6h â besoin que ce pHncipe, qui met la cbnôfciencé sUf* le trône^ ne soit pas trop accrédité. C'est lui qu'on voudrait mettre eh prison. C'est lui qu'on eëpèrë voir cdmpfc^ mis par ma condamnation ; c'est lui qu'tfti défelaltl^ condamné.
61 11(91 t^élhttuë paë ^ àll àgitt de te ^tiplë âtiht les notions morales sont encore si confuses, une fbulè ê» getin qttt Vtftiè detûÉihdéht âvidëttent cette fcoriciuma fufteité î Tel qui ûl'àuWit sU bbri gré de liia ëottij^ûssmoe, fel j'ôirâië &pph)Uvé la déîibbëii^sàiitjè àixx loiè iîqwrtesj peiitë quMl appelle injuste, et êlUdé M èoti^^ ÉiSquéiice, t(mtè toi préjudiciable à. ses intei^té, à cHë au jaoobitîilfiië à la let?tilte de ceà lignes 6ù j'ai èëîllemeîrt féèerVë lèë. droits éternels de Dieil. Les lois itfUflOrâléd? eh! oè sotlf fcellôà-là Qu'ils reêpëcteftt; cai* ce sont celles-là qui leur profitent : du moins elles hé leur nuisent presque jamais. Et c'est une chose remarquable qu'il n'y eut jamais de si fervents dévots du pouvoir qife ces hommes, précisément, qui sont le plus disposés à lui refuser, quand ils le peuvent, ce qu'il a droit d'exiger d'eux.
- C'est pour cela, mes juges, qu'il importe que je ne sois pas condamné ; non pas par rapport à moi ; car que fait à la société le plus ou le moins de sévérité dont vous pourriez m' accabler? Aucun intérêt général ne se rattache à ma personne; et, quoi qu'il puisse m'arriver, chacun pensera probablement que j'ai de quoi me consoler. Mais avec moi serait condamnée, n'en doutez pas, une doctrine morale qui est nécessaire à la gloire et à la prospérité de cet État. Ma condamnation serait le triomphe d'une classe d'hommes qui veulent l'oppression et la servilité , et dont le rédacteur de la Gazette de Lausanne n'a pas refusé de devenir l'organe. Si vous me condamnez , vous allez signer ces articles que j'ai cru devoir réfuter, ces ar-
433 MAAl SUR LA G0N9C1S1ICB.
ticles qu'il importe à notre pays de désavouer hautement.
Ici, Messieurs, sous air d'attaquer quelques expressions vives et franches de mon écrit, on a mis en cause la plus redoutable comme la plus étrange des questions : Faut-il cfbéir à Dieu pltUôt quaux hommes? Un parti qui, je l'espère, ne se rend pas compte de toutes ses intentions, vous presse de répondre par la négative. Il attend votre réponse pour maltraiter à son aise les convictions sincères. Lui donnerez-vous cette joie? Dieu vous en garde!
SECONDE PARTIE