DISCUSSION DES DOCTRINES DU RAPPORT
Je suis heureux de n'avoir plus à m'occuper de ma défense personnelle. Je sors avec joie de cette enceinte resserrée pour m'entourer d'air, d'espace et de lumière sur un terrain qui n'est plus le mien seulement, mais celui de l'humanité. Le rapport du Conseil d'État ne renferme pas uniquement des inculpations contre ma personne ; il attaque mes doctrines, il leur oppose les siennes, il disserte, il dogmatise. C'est une époque bien intéressante dans la vie d'un peuple que celle où le pouvoir commence à discuter ; ce phénomène avertit que la liberté est désormais assise dans le pays, et que si quelque chose peut encore ralentir la marche victorieuse de la vérité, du moins rien ne l'arrêtera jamais. Quand la chaise curule est transformée en chaire, quand le sénat argumente au lieu de se borner à commander, on peut croire qu'on approche de cette période où la loi ne sera plus, selon la belle expression de Bossuet, que la raison même reconnue par tout le peuple.
Trois sujets principaux ont occupé l'auteur du Rapport : la doctrine de la conscience, la liberté des cultes, et
les lois religiemes de notre pays, ou la question de droit positif. Je vais le suivre dans ces différentes routes.
ï. Delà Conscience.
J'avais dit, dans ma brochure, qu'il ne faut point obéir à une loi qui oblige de faire ce que la conscience condamne.
C'est à ce principe que le Rapport en veut surtout. Il s'indigne que les lois soient soumises au contrôle [passent par le creuset) de la conscience de chaque individu. C'est, selon l'auteur, mettre ï'îridivîdu au-dessus dé la société et la détruire.
J'âî, dans ma première partie, parlé occasiohnëliéineiit des droite de Isî conscience. Mais cette mèttiefe demande à être approfondie ; elle est neuve pour tîièn du monde ^ la notion même de conscience n'est pàîtA encore éclaircie sufflsaitnment. Je croîs dôïid jplôWôïr prc(fiiter dé roccasioti que m*ofïre le Rapport pouf i*êpandre, ^i\ est pdssibife; qttelqde^ idées plûé netiès isiit un sujet qui doit aux préjugés du vulgaire et à Fîridifférence des pWlosoptès d'être encore enveloppé de ténèbres.
Qu'est-ce que la conscience t
D'après l'opinion commune, con:servé0 darig n6s livres d'enseignement, et à laquelle je me silfe conformé, la conscience renfermé à* la fois le è^tiinèiu et la connaissance des devoirs. En ^orté qùë 6é?s mbià Aé ma brochure : Ce que la consctétidè conâainàé, sîgjniAent ce que la fnotaU réptowcè. Nous èxâftifiîrfefôriè pfhig Mk
* coS Science.
tifa ftfôpôiîtioft prise dans ce sens; pcoir le morrtettt, i! s'agît de donner une définition delà conscience. CeUe qai a cours dans le monde, et sur taqoelle je nié sais r#gié, n'est pas celle que fournit la saine philoscipbie fondée sur l'observation. C'est cet(e dernière que je vais essayer de donner.
Il y a dans chaque homme, aussi longtemps qu'il n'est pas complètement abruti, un sentiment inexplicable qui, échappant à toute analyse, doit être cûrt&idôré CMnrae on fait primitif de bcrfre nature; c'est cehi dt la nécessité de mettre nos actions en harmonie Owe notre persuasion. Je ne dis pas la nécessité de faihe lel ou tel acte déterminé: ceci est déjà un gentîfiœlit pla» composé, qui supposé de certaines relations et de certaines circonstances. La conscience, conçue de cette seconde manière, n'est pas rigoureusement uniforme chez tous les individus; elle souffre même d'Un indÏTidu à l'autre, et aussi d'un pays à l'autre, quelques divergences que les matérialistes et les cUfétîens expliquent très différemment. Les premiers y voient (me preuve qu'il n'y a point de devoir dans le sens propre du mot, et que l'intérêt, l'habitude et le préjugé étant les seules origines de la morale, l'homme n'ert réellement obligé à rien, ni envers soi, ni envers les autres. Les chi'élîcns sont persuadés que cea allératioïls affligeantes du sens moral sont les syrnpf3mea tftnte maladie universellement répandue, les suites da divorce qui a séparé l'âme de Dieu ; ils y voient U détérioration d'un organe délicat et infaillible dont le Créateur avait doué l'homme, et qui,
436 ESSAI SUR LA CONSGlBIfCE.
maintenant, ne peut plus percevoir comme il percevait Jadis. Mais, quoi qu'il en soit, aux yeux du philosophe, ces déviations du sens moral ne font point conclure l'absence de la conscience. Jusque dans ses aberrations les plus étranges, elle se rend sensible à nos regards, elle rend témoignage d'elle-même : la persuasion peut être erronée ; mais le sentiment de la nécessité de suivre sa persuasion, le sentiment du devoir, se montre toujours.
Or, cette conscience, je veux dire cet instinct qui nous presse d'agir conformément à notre conviction, quelle qu'elle soit, cette conscience est pour l'homme la première des lois, ou plutôt la seule loi véritable(l).
De même que tout ce qu'on ne fait pas dans la persuasion est un péché(2), de même tout ce que nous dicte notre persuasion est le devoir dans un sens absolu et souverain ; selon cette règle de saint Paul : Que chacun agisse selon qu'il est pleinement persuadé en son esprit {d).
Tous les raisonnements du monde ne sauraient renverser cette vérité ; car cette vérité est une partie de nous-mêmes. Ceux mêmes qui voudraient la combattre la portent en eux, et offrent dans leur conduite mille preuves de son existence. Il n'y a personne au monde qui ose dire qu'il est permis de contredire sa persuasion par ses actes.
Cette conscience (son nom même l'indique) est au dedans de chacun de nous , et elle y est tout entière. De sorte qu'en lui obéissant nous obéissons en quelque
(1) « Toute la moralité de nos actions réside dans le jugement que non» « en portons. » (J.-J. Rousskau.)
(2) Épitre aux Romains, XIV, 23. (3) Ibid, XIV, 5.
DE n i:oNSCiENCE. 437
sorte à nous-mêmes, chacun de nous à aoi-méme. Il n'y a pas de conscience collective, nationale, officielle ; la conscience est toujours individuelle; chacun agit selon M conviction et à sa manière.
Ce sentiment inexplicable, intime, individuel, est la base de la morale. Sans la conscience, l'homme ne se croirait et ne serait effectivement obligé à rien. Sans elle, l'homme, réduit à l'intelligence et aux penchants naturels, ne serait plus dans l'univers qu'une brute d'un ordre un peu relevé, ou plutôt l'homme ne serait plus l'homme. Sans elle aussi rien ne le lierait à la société ; rien ne l'assujettirait aux lois , excepté la crainte et l'intérêt. Sans elle, il n'y aurait pas plus de devoirs envers l'État qu'envers les particuliers, et la morale Bociale s'écroulerait avec la morale privée.
Nous pouvons nier la conscience ou la mépriser : beaucoup de soi-disant philosophes nous en ont donné l'exemple, et je ne prétends en empêcher personne ; jnaisje prétends que si l'on veut la recevoir, il faut la recevoir telle qu'elle est, et accepter son intervention avec toutes ses conséquences. Or un rôle subalterne n'est pas fait pour elle ; partout où elle paraît, elle veut ■> paraître en souveraine. Dès que nous l'avons acceptée, c'est à elle seule qu'en toutes choses nous devons obéir ; et les lois humaines n'obtiennent dès lors notre soutnission qu'en tant que la conscience nous ordonne de nous soumettre. Et s'il arrivait qu'une loi fût en opposition avec ce que la conscience nous a fait accepter comme devoir, il faudrait de toute nécessité que nous
plutôt 0'
l'aux lois, parce
parce que
439 ESSAI ^H u ûOiisciiniCE.
la conscience est au-dessH» des lois ; il arriverait «Jori que le wèmQ principe moral en vertu duquel mm obéissons à l'autorité bupaain^ nous porterait ifl^l(iîiçiblement à résister à cette jnêma autorités»
Qr, voilà le conflit dont la seule idée jscandaUse l'auteur du Rapport, et dont la seule possibilité Teffraye ^ tel point, qu'il ne voit d'autre mpyen de salut pour la société que dp tuer la conscience. ]\ se récrie cpntrp h prétention de mettre la loi eu conflit avec le fe'fere arbitra 4e l'homme (i), c'est-à-dire le libr(f ariitre d^ (a conr scimce (%), On soutient qup << (lès qu'on admettrait que a la loi peut être soumise au creuset de la conscience « de chaque individu , il ne faudrait plus attendre bu a milieu de la société ce respect pour l'ordre légal , « sans lequel elle ne peut que marcher à sa rpine (3). »
l^& expressions du Rapport sont habilement choisies. C'est le Ubr^ ç^rbUre, U libre arbitre de la çofh science, et aussi le$ volontés individuelles (4). On ne pouvait pas, dans cette discussion , se dispenser de nonvr mer la conscience j mais on a soin de l'entourer de mot» gui en dénaturent la notion. Le libre arbitre l le çreus§tl Excellents termes pour f^ire confondre la conscience avec la volonté, le bon plaisir, la fantaisie. Certes, ja conviens que, si la conscience n'était pas autre chose, j'aurais énoncé des doctrines bien coupables, ou plutôt des doctrines bien absurdes ; car j'aurais dit qu'on doit suivre son bon plaisir , ce qui présente une contradiction dans les termes, l'idée de devoir excluant celle
(1) Voyez page 399. (3) Voyez page 399.
(3) Voyez page 393. (4) Voyez page 394.
de pott plaisir. Mais si la conscience n'est que le sentiment impérieux du devoir, qu'opposer de raisonnaMe à ce que j'ai dit? Y a-tril un devoir hors du devoir? Y a-tril dans le monde une autre règle que celle du devoir ? Ne sommes-nous pas moralement les esclaves du devoir? Et que vient-on nous parler d'un libre arbitre de la conscience ? J'avoue que celte expression m'est nouvelle. Rien n'est moins libre que l'homme en présence de la conscience : il ne choisit pas, ii accepte ; il ne commande pas, il sert.
Mais voici le grand argument, l'arme de bonne tretjQpe destinée à tuer toute noire doctrine ; La conscief(ce n'est pas infaillible ; ses prescriptions ne sont pas uniformes : elle présente d'assez nombreuses divergences; souvent les passions lui imposent8ilence(l) ou parlent audacieusement en son nom. Comment accepter un tel guide? comment reconnaître wie telle règle?
On a grandement abusé de quelques divergences des idées morales de peuple à peuple et de climat à climat. Mais quiconque voudra être de bonne foi convipndrci que, pour un individu que la conscience écarte (fe la règle commune et de l'ordre, il y en a mille {ju'elle y ramène ou qu'elle y retient. Celui qui est résolu à obéir toujours à sa conviction, porte dans son âme un principe d'ordre ([ui s'applique à tout \ comme le premier effet, l'effet naturel de cette disposition morale, est de faire rechercher avec soin où est le devoir, il en résulte qu'il y a presque toujours une corres- (1) Voyci pag« 369.
4M ESSAI SUR LA CONSCIVlfCB.
pondance fidèle entre ce sentiment et les véritables notionô morales ; et s'il arrive à la conscience d^en méconnaître une, elle entoure toutes les autres d'une précieuse inviolabilité. En sorte que j'ai eu raison de dire dans ma seconde brochure : « Donnez-moi aeule- « ment des hommes qui aient de la conscience, et je « vous ferai un peuple où il y aura de l'unité et de la « subordination (1). »
n y a de grands désordres dans le monde. Les lois de la justice et de l'honnêteté sont journellement foulées aux pieds par une foule d'individus. Les prisons ne manquent jamais d'habitants; et indépendamment des malheureux qu'elles renferment, une foule de malfaiteurs marchent le front levé dans la société. Il n'est pas un toit qui ne couvre des iniquités, pas une mémoire qui ne conserve, sous la forme de remords, mille souvenirs odieux. Eh bien! tous ces péchés, tous ces crimes cachés ou publics, faites-les comparaître devant vous, interrogez-les ; demandez-leur s'ils doivent naissance à une impulsion de la conscience. Passez de l'un à l'autre, ne vous lassez point ; achevez la revue de ce monde de pécheurs, et recueillez leur réponse. « La conscience! répondent-ils; eh! c'est pour ne l'avoir point écoutée que nous avons péché ; c'est parce que nous l'entendons présentement que nous souffrons en nousmêmes plus de tourments que la justice humaine ne saurait nous en infliger! » Et si, parmi un million de crimes, il s'en présente à peine quelques-uns de loin en loin qui doivent leur origine à une erreur de la con-
(1) Pagô 372.
' science; si, au contraire, en remontant au principe de [ toutes les actions honnêtes, de toutes les vies vertueuses, "VOUS rencontrez toujours la conscience , hâtez-vous de reconnaître que, bien loin d'être un abus à extirper, elle est la base de la vie morale, et par conséquent la base du repos des États.
Que si, au contraire, vous ne voulez pas le pouvoir dictatorial de la conscience, c'est-à-dire, si vous ne voulez point de conscience, ce qui revient au même, que vous reste-t-il pour gouverner les peuples? l'intérêt et la peur. Il reste à savoir si, avec ces deux moyens, vous exercerez plus d'empire sur la volontiî que lorsque la conscience secondait les lois en plaidant leur cause dans l'âme de chaque individu. Si vous gouverniez avec ces ressorts, c'est bien alors que, suivant une expression si mal appliquée à mon système, la lot du plu$ fort régnerait (1) ; car alors, aux yeux des gouvernés, quel autre titre auriez-vous que la force?
Ah ! chérissez, dans l'intérêt de la patrie, des lois et de l'ordre, chérissez cette conscience qui se trompe quelquefois, mais qui produit mille fois plus de biens que de maux. Entourez son idée d'un saint respect; appliquez-vous à la développer ; cherchez en même temps à l'éclairer. Faites enseigner, proclamez vousmême qu'il vaut mieux obéira Dieu qu'aux hommes, Iet après cela soyez tranquille sur vos lois, elles seront observées ; car vous qui respectez la conscience de vos sujets, comment auriez-vous pu leur prescrire des choses qui blessent la conscience ? Elles seront obser- (l) VoïM page 304. ,
Wî ESSAI SUR LA C0N5CI]|MCE.
Yée^, et vous recpnnaîtrez alors que notre doi trine eet de toutes la plus favorable aux lois, ^t s'il est vrai qu@ la couscience a' est au)xe chose qj^e la foi au ii^wir, la^. foi morale, avec quelle raisoa ^e pourrons-noud pas lui appliquer ces paroles de l'apôtre: 4^9^^^Hf-HotM! donc la loi par la foil Dieu nous en garde ! Au contrains f nous établissons h lQi{i)^ Que si^ après tant de soips, après tant d'hommages rendus par vous à la conscience, V0U3 voyez quelqu'une de vos lois enfreinte pay un^ conscience mal éclairée, vous, sans égard pour de^ sentiments que vous ne partagez pas, et seulement atr tentifs ^ l'intérêt de la société, sévisspz contre l'individu que sa conscience a obligé d'enfreindre la règle commune, et qui l'a fait à ses périls et risques^ Ce conflit entre l'individu et l'autorité est déplorable, mai».in^ vitable. Il y a bien un juge entre l'un et l'autre, mais ce juge ne parle pas ; il réserve ses arrête pour te jouur suprême : jusque là, il refuse de se constituer arbitre entre les deux parties. Et s'il ne l'est pas, qui pourrait l'être? Entre l'individu et la société, il n'y a personne. L'individu a pris conseil de sa conscience et de ses bonnes intentions : que la société fasse de même et punisse.
Si cela, comme je l'espère, vous paraît tputrà-fait da h/on sens, remarquez que je n'ai pas dit autre chose dans l'écrit inculpé. Je n'y ai point prétendu qu'un ' délit commis en conscience, ne soit pas un délit. Je
(1) Épttre aux Romains, m, 30. — Je renvoie ceux à qui la théoiogie ne fait pas peur, à cet autre passage de la Parole de Dieu : C'est pourquoi il est nécessaire cTétre soumis ^ non-seulement par la crainte de là punitiony mais aussi a cause de la conscience. (Romains^ XIII; &.)
n'ai pas dit qu'il ne faille pas le punir. J'ai déclaré que
le citoyen qui brave la loi est rebelle : « Oui, ajo)jté-je,
« rebelle aux yeux de la loi, rebelle pour celui qui a fait
«.la loi.» {Le Rapport me fait dire mais au lieu de om, ce
qui altère fortçpaent le sens.) Je dis bien, eu égard à la
conscience, qu'il faut désobéir à la loi immorale; mais
je ne dis point que le magistrat, qui ne croit pas S4 loi
immorale, ne doive pas punir cette désobéissance.
Comment a-t-pn pu tirer du poisop de propositions si
innocentes?
J'ai appuyé toute cette doctrine de l'autorité de la Parole de Dieu ; c'est ce que mon censeur appelle faire de la théologie. Pour lui, il n'en sait pas faire; Qt s'il s'arrête un moment sur le passage que j'ai cité : Il faut obéir à Dieu plutôt quaux hommes^ c'est seulement pour observer que « cette doctrine, infiniment respeo- « table dans son principe, devient un véritable abus, « lorsqu'on s'en sert pour mettre en question le devoir « d'obéissarîce aux lois, dans un État où les lois con- « courent au maintien du repos, de l'ordre et de la « tranquillité. »
Sans vouloir faire ici aucun rapprochement injurieux, je me permettrai de faire observer que les gouvernem(înts les moins moraux et les plus injustes ont tous exprimé, à l'égard du pays qu'ils régissaient, la môme opinion. Les lois les plus oppressives sont précisément celles dont on dit, avec le plus de confiance, qu'elles concourent au maintien du ro|M)s, de l'ordre et de la tranquillité : Ubi soUtudineni faciunt, pacem appellant. Et eu effet, dans un pareil état de choses, tout le
monde étant content, excepté les opprimés, et les opprimés eux-mêmes étant contraints de se taire, le pouvoir a quelque raison de dire que ses lois maintiennent le repos. Tordre et la tranquillité. Mais l'ordre, le repos et la tranquillité n'étant que de vains mots sans la justice, il pourrait quelquefois être à propos, au milieu de cette paix profonde, de rappeler la doctrine de saint Pierre, soit pour faire rougir les oppresseurs, s'ils rougissent encore, soit pour justifier la résistance des opprimés. Que si, au contraire, le repos, l'ordre et la tranquillité n'avaient pas été acquis aux dépens de la justice, si la masse des citoyens vivait heureuse et satisfaite sous des lois équitables, si aucune loi n'obligeait aucun d'eux à faire ce que la morale et la loi de Dieu condamnent, que serait l'énoncé d'une telle doctrine? Une pure spéculation, c'est-à-dire, pour parler le langage du Rapporf, une pure niaiserie. Or, estrce qu'une niaiserie est dangereuse? est^^ qu'une niaiserie peut troubler l'État? Nous sommes bien rassurés à cet égard .
Direz-vous que des lois équitables et paternelles peuvent exciter parmi une classe de citoyens une irritation dangereuse, et qu'avec toute la sagesse du monde on peut faire des mécontents? Des mécontents, je le veux bien; des rebelles, jamais. Je le soutiens, les yeux fixés sur toutes les pages de l'histoire. Telle n'est pas la nature des peuples et la marche des sociétés ; les peuples sont essentiellement patients. Ahl il faut qu'une loi ait bien profondément, bien cruellement ou bien longuement blessé les sentiments bu les
[ intérêts des citoyens, pour qu'ils se déterminent à la I révolte. Il y a chez les peuples une sorte d'inertie, ou, f si l'on veut, un instinct de prudence qui les arrête longtemps stationnaires et craintifs sur le seuil de la rébellion. Des lois gênantes, dures, et même injustes (ce qui est beaucoup dire), ne les sortent pas de leur immobilité. 11 faut des vexations accumulées, ou de sanglants outrages, pour leur faire dépasser ces limites. Une seule chose provoque instantanément et infailli- ■■ blement la désobéissance : c'est une loi qui fait un devoir de l'aiwstasie. L'effet est inévitable, constant, partout le même. Or, je dis : Si un gouvernement n'a fait aucune loi semblable, il peut être tranquille, et l'on pourra sans abus, comme sans danger, professer devant lui la doctrine de saint Pierre; si, au contraire, il a fait des lois comme celles que je viens de décrire, j'avoue que la profession de la doctrine en question pourrrait bien lui causer du déplaisir; mais qui le plaindrait?
« Il ne serait pas difficile , dit le Rapport , de des- « cendre sur le terrain où se place l'auteur, si l'on « voulait s'arrêter aux principes qu'il avance sur la « liberté des cultes ; muis il faudrait aussi commencer o par écarter soigneusement d'une telle discussion n toute question de dogme ou de théologie, et ne voir « que ce qui peut être de droit public. »
Qu'il nous soil permis d'admirer les circonsliinces tout à fait inattendues qui obligent l'autorité à descen-
446 ESSÂi SUR LA C0NSCIEI9GE.
dre elle- même sur le terrdih de la discussion, et à raisonner d'ëgal à égal avec ceux dont naguère elle frapfpaît les opinions avec de rigoureux arrêtés. Mais puisqu'elle consent à descendre jusque-là , pibufquoi écarter soigneusement de la discussion toute question de dogme et de théologie? Première magistrature d'un {)euple protestant, suprême évêque de l'élise nationale, pourquoi le Conseil d'Était n'en appellérait-rf pas aux documents divins sur lesquels repose ï'Église confiée à ses soins? Pourquoi ce corps, qui en appetlè' contre nous aux livres syrùboliqûes , monument de h piété de nos pères , ne les invoque-t-ii pas en faveur de sa thèse î Le droit public est une belle chosrè, et j'aîme qu'un gouvernement s'en occupe ; mais quand ce gouvefnetfïênt est évéque, pourquoi se prive-t-il des reséôurces de la théologie, qu'il doit si bien connaître? Toutefois, puisqu'on le veut, noiis allons aussi êcaftèr le dogme et la théologie, seulement pour ne pas faire notre partie trop belle ; et nous ne descendt^ons sur le terrain avec d'autres armes que celles que notre adversaire a jugé à propos de choisir.
L'argument principal du Rapport, c'est qu'on ne peut raisonnablement conclure de la liberté de conscience à la liberté des cultes. Avant d'aller plus loin, remarquons un singulier artifice de langage. Dans sa première phtàse, l'auteur dit sirriplement liberté des cultes; c'est la liberté des cultes qu'il ne faut pas admettre; puis, poursuivant son raisonnement, développant ses idées, il arrive à la fin du paragraphe, où il nous dit que c'est confondre l'essence des choses qiie
LIBBRté DES CULTES. 417
dé conclure de la liberté de cotisciencîe à lai libef té tV définie des cultes. Remarque^rous ce mot indéfinie? H dèt assiiréûient de trop pour la logique ; car tout le raii^rinement tetid à prouver qu'il ne faut admettre de liberté des cultes, tii déflnie^ ni indéfinie ; tnais ce mot, glissé entre les detJbL prîncif^ui, n'est pas indifférent. Le mot de ISmfé indéfinie présentera vaguement au lectetif l'idée de licence, de désordre ; et si Ton peut p^rsuadêi* aux gens que nous avons demandé la liberté cfeiis cette mesure j c'est-à-dire sans mesure, on èh aura fait assez pour les prévenir contre nous et contre lio» doctrines. Je commence donc par effacer le mot indéfinie qui n'a nul droit à la place qu'il occupe, et je l'établis comme suit la phrase du Rapport : « C'est abu- * ser des mots, c'est confondre l'esserice des choses « que de conclure de la liberté de conscience à la liberté à des cultes. 7> C'est cette proposition que nous avoils à e%$mnef.
Ce qui me frappe d'abord, c'est que rien n'empêcherait d'étendre cette maxime à plusieurs cas analogues, et d'anéantir «in», l'une après l'autre, toutes tes libertés. On pourrait les réduire toute» à des actes internes, immatériels, métaphysiques, jusqu'à ce que l'homme fût descendu à l'inactivité extérieure la plus absolue. Gcmime on rédmt la libca^ des cultes à celle de ta conscience (qui n'est^ dans le sens du Rapport, que ta liberté de croire) y on pourrait réduire la liberté de la fnresse à celle de la pensée intime, et la liberté de l'ae^ tiônà œllede la volonté; et après avoir a^nsi pétrifié la société, on fefait encoï'e de belles profestations dte
respect pour toutes ces libertés exténuées et illusoires. Il faut avouer que, s'il n*y avait pas là une inconcevable préoccupation, on serait forcé d'y voir une dérision bien insultante. Quoi ! on veut bien laisser intacte notre liberté de conscience ! La belle cession î G^estàdire qu'on veut laisser libre ce qu'on ne peut asservir. C'est-à-dire qu'on s'interdit religieusement ce que la tyrannie la plus détestable n'a jamais tenté, parce que la meilleure volonté du monde recule devant une imr possibilité démontrée. Ainsi en vertu de cette concession, nous pouvons désormais, san$ offenser l'État, former dans notre esprit toutes les pensées qu'il nous plaira; projets, désirs, espérances^ conjectures, tout cela nous est permis, à la seule condition de n'en rien exprimer ; les rêves mêmes de nos nuits n'auront à redouter aucune investigation. Qu'on ne se récrie pas: c'est là le système du Rapport. Car s'il était permis de faire confidence à une seule personne des pensées que l'on forme et des sentiments qu'on éprouve, pourquoi n'en pourrait-on pas faire part à deux, à dix, à cent personnes? Pourquoi ces cent personnes ne se réuniraientrcUes pas pour entendre ces communications 7 pourquoi ne se réuniraient-elles pas à jour fixe? en un lieu déterminé? dans la forme qui leur plairait? Je voudrais bien qu'on me montrât, en bonne logique et en droit, la limite où elles devraient s'arrêter.
Comment peut-on avoir consacré par des lois la liberté d'association et celle de la presse, et ne pas vouloir de celle des cultes? Si l'on y prend garde, les deux premières renferment la troisième. Qu'estrce, en
LIBEBTÉ I.FS Cl^LTES. -J-t!)
effetj que la liberté des cultes sinon la double liberté pour les un.s de" dire leur pensée, pour les autres de se rassembler afin de l'entendre'! Mais tenons-nous-en à la liberté d'association ; elle est reconnue pour les arts, pour les lettres, pour la politique même et pour un objet encore dont je n'ai qu'une idée confuse, et qui, seul entre tous, a le privilège du secret, je veux dire la franc-maçonnerie. Et c'est pour la religion seule qu'elle n'existerait pas! « Mais on ne peut, me dira-t-on, souffrir à côté du culte national un culte qui s'en écarte ou qui le condamne! » Sans discuter, comme je le pourrais bien, les droits du culte national à une protection exclusive, je demande si des aasociations où l'on s'occuperait de politique, et oij l'on énoncerait dee principes contraires au système de gouvernement établi, je demande si de telles associations seraient inlerdites par des lois? Je demande si - l'on ne pourrait pas, par exemple, y relever les avantages du gouvernement monarchique ou y représenter comme seul avantageux un système électoral tout à fait différent de celui qu'établit la constitution du pays? Pourquoi ce qui se fait dans ces assemblées pour la politique ne pourrait-il se faire dans d'autres pour la religion ?
Comment- peut-on se dire protestant, et refuser la liberté des cultes? Le protestantisme est-il donc autre chose qu'une protestation permanente de la conscience contre l'aulorité? Nous nous sommes séparés de l'É. glise romaine pour n'avoir plus à recevoir nos croyances toutes faites de la main d'un pape, et nous les re-
450 ESSAI SUR LA CONSGfiMGE.
cevrions aujourd'hui des njains d*un prince ou d'iuï sénat I Ce serait relever te papisme après l'avoir abattu ; ce serait être véritablement catholiques, tout en se disant réformés ; car, on ne saurait trop le redire, tout te catholicisme est là ; et même les erreurs qu'on lui reproche tiennent toutes à ce principe. Prenons-y donc garde : être protestant, c'est protester sans cesse contre toute contrainte en matière de religion ; être protestant et gêner les consciences, c'est la plus choquante des contradictions. Un gouvernement protestant peut se faire tout au pluis le protecteur, jamais le dominateur de l'Église.
De plus, en refusant aux dissidents la liberté du *'€alte, on ne saurait leur refuser celle de la presse, qui existé pour tous les citoyens. Ils en useront; ils répandront une foule d'écrits pleins de leurs doctrines : ces publications multipliées s'introduiront partout, déposeront partout un germe de dissidence, tiendront lieu de prédications aux séparatistes, et amèneront "tôt ou tard dès effets beaucoup plus graves que ceux qu'on à voulu éviter.
Quelles sont les conditions sous lesquelles on laisse s'établir et subsister toutes les associations dont j*ài parlé plus haut? Il y en a deux : la publicité et le respect de la morale sociale. Quant à la prémièi*e, il est réglé que toute assemblée qiii dépasse, à un certain point, le cercle de la société domestique, et qui, en dUtre, se tient à dés intervalles jpériodiques et dans un local ad hoc, a nécessairement lieu à portes ouvertes et ^us l'œil de l'autorité. Quant à là seCdnde, il «st fê-
connu que, si tout discours, lout culte est légitime, tout culte et tout discours qui <Mmpromet dirêcfcment la sûrelê, la propriété et la pudeur, doit être 1017 médiatement réprimé. Eh bien! pourquoi l'association religieuse ne poUrraif-clle pas exister soUs les ménies conditions et dans. les mêmes limites? Nulle part, dans, ihes écrits, je n'ai prétendu davantage ; et je remarque, ' à cette occasion, que c'est bien h tort qu'on m'impute, dans le Rapport, de n'accorder à l'État que (ouf auplus la surveillance du culte : je la lui accorde sans cette restriction, et de fort grand cœur.
Si l'auteur du Rapport n'avait pas affii'mé ajlléiii's qiiB le citoyen peut, en conscience, accomplir* les prescriptions d'une loi immorale et impie (!}, je u^ sciais permis encore une observation, c'est que le refus de la liberté des cultes n'a pas des conséquences purement négatives j qu'il ne se borne pas à défendre certaines actions, mais qu'il en commande aussi. En sorte qlie le membre du culte interdit se trouve appelé à faire des actes qu'en conscience il croit mauvais, ce qui est bien grave. Si ces actes étaient de ces pfeslatiotis civiles auxquelles, dans un État civilisé, on ne peut se refuser sans abdiquer sa qualité de citoyen, et sans méconnaître le but même de l'association politique, comme par exemple le service militaire, l'impôt, etc., je dirais: Le Gouvernement doit passer outre, et ne iieut avoir égard à de pareils scrupules.
(l) Celte iss«rilDD eitraordlnalr Od J «pprend que ledtoyen fui nfde à V
Mais hors de là, c'est-à-dire pour^-des actes sans lesquels la société subsiste paffaitement bien, il est vexatoire d'ordonner au dissident ce que sa conscience lui défend de faire, fût-il même dans l'erreur à cet égard; car on doit laisser tranquille toute erreur individuelle qui est compatible avec l'existence de l'État. Si l'on en * veut un exemple, je dirai qu'il est vexatoire d'obliger les membres d'une communion dissidente de faire baptiser leurs enfants dans les temples de l'Église établie.
Ce n'est pas mon dessein de traiter ici dans son étendue le vaste sujet de la liberté religieuse ; je dois me bWner à relever les erreurs dans lesquelles est tombé, sur ce sujet, l'auteur du Rapport. On en- concevrait difficilement une plus grave que celle que présente le premier paragraphe de la page 13.
«En général, dit l'auteur, toutes les libertés de « l'homme prennent leur source dans le droit naturel, « et la liberté illimitée des cultes, si -en effit elle exiê- « tait, aurait eu la même origine (1). »
Qu'est-ce que l'auteur entend par liberté illimitée des cultes ? Est-ce une liberté qui n'accepte pas même les restrictions de la morale sociale? ou bien es^çe une liberté qui embrasse tous les actes, tous les rites et tous les discours que cette morale ne réprouve pas? Évidemment il n'a en vue que la secondé, car il accorde expressément qu'elle est de droit naturel, ce qui ne serait pas si elle était contraire à la morale sociale , cette morale et le droit naturel se supposaint
(1) Page 397.
LIBERTE DES CULTË^. 4H3
^utre. Or, celle liberté qui ne reconnaît de li- ^inile que la morale sociale, l'auteur en parle comme si elle n'existait pas : n Cette liberté, dit-il, si en fait ^lle Ml est dans l'erreur : celte liberté existe dans quelques-uns des pays les plus dignes dé nous sen'ir fle modèles. Elle existe en France , en Angleterre, aux Ëtats-Uni8(l), et ce. dernier pays s'est même élevé jusqu'à l'égalité absolue des cultes. C'est un fait à la con- 'iiaisBance de tout le monde; et l'on peut s'étonner que l'auteur du Rapport l'ait oublié; mais voici quelque Êhose de plus étonnant encore.
' Cette liberté, conforme au droit naturel et pw" conséquent à la morale sociale, est, selon l'auteur, une (iberté qui s'est perdue comme lîlnt d'autres. Toutes les libertés, selon lui, sont sujettes à se perdre, par l'effet des lois positives; et, une fois perdues, elles le sont irrévocablement. Le fait ici constitue le droit. On a cessé de jouir; donc on n'a plus le droit de jouir. Si ce principe était vrai, il faudrait croire qu'il y a des vérités bonnes à oublier; car, s'il eût été présent à la pensée des auteurs de notre révolution en 1798, jamais
(1) On 1 avancé que lea InsUluUoDs de ces grands Ëlau ne peurout convenir i un pelil pays comme ie nûtre ; mail on a oublié de le prouver. Doua Bommc» persuadé que ce genre d'argument peut trouver sa place dam des questions Je ciinTcnance ou de polillque, di*Is uullcment dam le domilne du droit naturel, en suppoianl qu'il y ail un droit naturel. La Justice ne |ieut pas te faire petite, et l'InSni, objet dei croyances religieuse», ne saurait se proportionner a l'étendue d'uu pays (|uelc<iiii|Ue. Est-ce donc que, pour l'habitant d'nii petit pays. Dieu est moins Infini et sa loi moins souveraine? SI, d'ailleurs, ou argumente de l'éteiHlue du pays, nou<> argumenteroiis i nuire tour, et avec plus Ue raison. Je la Tonne du gouierneijifnl; nous demanderons si une république ne doit pas admettre dans ses liitlitutloii-, au luuins autant de llbtmllld qu'une oivuiixlile. Vuudralt-on nous falri' prWrer le gnnvernpmpiil d'un seuil
454 BS^l SUR LA CONSCIENCE.
le canton de Vaud ne se serait soustrait au. w^s^]^^^ de Berne, En perdant la liberté deux siècles et cloi^* auparavant, nous aviçiis perdu le droit de la posséder jaÀais, L'auteur va dire que nous plions ^rop lôii^, (^J qu'il n'a pas dit qu'on ne pût pas réclamer les lib^téa perdues ; qu'autre chose esf réclamer, autre cd^ose rtt^ prendre. Il fera bien d'y regarder à deiix fois ayfiiit dd nous opposer cette objection. Quoi! il ne s'agit deQC que de réclamer? Et sans doute à la premièro rj^olamation, le pouvoir, touché du mérite de cette li^ertôjp; qui esl de droit naturel^ s'empressera de la tirer du mépris où elle çst tombée , et lui donnera la saiiotfon des lois positives? Comment hésiter puisqu'elle ^t d§ droit natxirél? Ah! veut-on nous forcer àraniiper (tel souvenirs humiliants, ou plutôt à découvrir une plaiç toute sanglante? L'a-t-on réhabilitée, cette liberté qui est de droit naturel? Ne l'a-tron pas, au contraire , obstinément refusée? N'est-on pas, pendant plus de cinq ans, demeuré sourd aux réclamations les naiouî^ fondées, les plus pressantes et à la fois les plus refr pectueusesî Ne les a-t-on pas repousçées avec mépris? Que devaient faire, dans un tel état de choses, ceux ^ • qui l'on persistait à refuser leur droit naturel f DevÉienlils, dans l'impossibilité morale où ils se trouvaient de participer au culte national, devaient-ils demeurer sans culte ? Leur fallait-U renoncer à ces moyens d'édificaition mutuelle, à ces assemblées qu'ils voient expressément recommandées dans la Parole ? Ou , pareils à David qui, dans un moment où la faim le pressait, se saisit, pour l'apaiser, des pains sacrés réservés aux
LIBERTE DES GU^TÇS. ^âj»
seulba -prêtres, ne devaient-ils pas, dans leur faim d'une ♦nourriture spirituelle, prendre coUe-là même qu'on leur interdisait?.
^ . L'auteur du Rapport avance en finissant ; « Que a chaque citoyen agrégé à l'état social a contracté fi l'obligation absolue de supporter les restrictions ap- « portées à la liberté naturelle. » C'est un principe ^ai,-inais abusivement, appliqué. U ne faut point l'énoncer sans faire une distinction importante, et jîette distinction, je vais l'indiquer, au risque d'être accusé encore une fois de me livrer aux jeux de mon ii]j[agination.
Certainement l'état social a apporté des restrictions à notre liberté naturelle; c'est-à-dire qu*en entrant dans Ja société (1) nous nous privons de la faculté de faire de certaines choses qui pourraient flatter nos penchants naturels ou accroître notre somme de bienêtre.
Voilà ce que nous sacrifions à l'état social, voilà les restrictions qu'il apporte à notre liberté naturelle ; et certes, nous avons le droit de les accorder. Mais nous ï|ie pouvons point lui faire le sacrifice de notre conscience, parce que nous sommes par rapport à elle dans une tout autre position que par rapport aux biens de la terre. Ces biens nous appartiennent, mais nous appartenons à notre conscience; c'est à nous de disposer de nos biens, c'est à la conscience à disposer de nous.
(1) Ce langage n'est pas exact : on n'entre pas dans la société ; oa y est lié, et de force on y reste ; mab ces expressions commodes et en usage, n'dtent rien au raisonnement. ^
456 ESSAI SUR LA CONSCUOtCB.
Qu'est-elle autre chose que le sentiment du devoir? Or, encore un coup, il n'y a point de devoir contre le devoir.
Je crois avoir établi, contre Topintoh exprimée daQs le Rapport, que la liberté des cultes se conclut nécessairement de la liberté de conscience, et que ce droit est imprescriptible de sa nature.
^ Je n'ai pourtant pas encore fini. Après avoir en thèse* générale dénié la liberté des cultes, le Rapport s'occupe dû cas particulier auquel se rattache indirectn^ ment toute cette polémique. Il prétend que lors même qu'en général la liberté des cultes devrait être oen- , cédée, il faudrait la refuser aux dissidents du canton de Vaud.
Le lecteur, qui cherchera la raison de ce refuii', supposera que ces dissidents ont de mauvaises mœure, ou que leur doctrine est menaçante pour les. droits de leurs concitoyens. Non, ce n'est pas cela, c'est tout autre chose. Ils sont exclusifs et intolérants, et méritent la réciprocité. Il y a un piège dans ce raisonnemeift, mais un piège facile à éviter. Un mot suffira : leur intolérance est spirituelle, l'intolérance dont on les accfc ble est civile. Leur intolérance-^consiste à prononcer que nous ne sommes pas dans la vérité ; notre intolérance consiste à leur interdire l'exercice de leur culte; ils nous jugent, nous les frappons. Je ne vois pas là une réciprocité bien exacte. Pour leur rendre la pareille, jugeons-les à notre tour; ils nous cx)ndamnent, condamnons-les; ils nous plaignent, plaignons-les. Alors seulement il y aura réciprocité.
IIBCBTÉ DES CULTES. 451
Mais laissons de côté cette expression si mal appliquée, cherchons à évaluer le crime qu'on leur reproche.
« Os accusent toute l'Église nationale d'être anti-
« chrétienne. » — ^Je suis décidé à ne pas discuter le
fait, d'abord parce que je n'ai point sur ce sujet des
renseignements suffisants , ensuite parce qu'il ne
. change rien aux principes, qui doivent seuls m'occu-
per ici. J'admets que les sectaires accusent toute l'É-
^iae nationale comme antichrétienne.
• . Eh bien ! ils portent un jugement faux, voilà tout ;
ils se trompent, plaignons-les.
Que fait leur jugement à la réalité des choses?
Qu'importe qu'ils nous jugent mauvais chrétiens, si nous sommes assurés du contraire? Mais c'est une insulte, dira-t-on. Non, ce n'est pas une insulte ; car être chrétien n'est autre chose, humainement parlant, qu'avoir embrassé un certain système; n'être pas chrétien, c'est en avoir embrassé un autre. Qui s'est jamais cru insulté pour être classé par autrui dans une école plutôt que dans une autre ? D'ailleurs on sait que diez les personnes qui s'occupent habituellement de reUgion, la délicatesse de tact spirituel devient telle que, pour une simple nuance, elles accusent leurs semblables d'hétérodoxie. Cette intolérance n'est-elle pas commune à tous les systèmes de morale, de politique et même de littérature? J'accorde qu'il y a quelque diose de particulièrement grave à nier le christianisme d'un individu ou d'une Église. Mais quiconque pense avoir reçu de Dieu des .eages d'adoption, quiconque
s'envisage cx)mmç fondé à iamais sur le; rocher des siècles, ou simplement, quiconque est assuré d'avoir trouvé la vérité qui sauve, sera bien indifférent pour ces jugements téméraires Qt tranchants. Il saài trop que rien de semblable ne peut lui i^uire ; et qusM^ apijL père lui dit : Tu maj[iparHen9y il se soucie pey. que de pauvres humains lui disent : VQU9ne lui appari^nezpas. Chose vraiment étrange! Nous avons, non pas à nos portes, mais au milieu de nous, au nombre de nos compatriotes, des hommes qui professent publiquement, journellement, que hors de leur Église il n'y?. point de salut, et que nous somme» tous de malheureux hérétiques. Ce n'est pas là un abus ou un acci-* dent de leur religion ; leur religion consiste à le croire et à le dire ; et s'ils se relâchaient sur ce point, ils cesseraient par là même d'être ce qu'ils sont, je veux dire catholiques, Eh bien 1 nous les supportons au milieu de nous, et, je le répète, nous payons de nos deniers des curés pour leur enseigner ces belles choses. D'où vient que nous traitons beaucoup plus mal nos dissidents? Est-ce qu'au bout du compte le catholicisme n'est pas plus faux à nos yeux que le méthodisme (si tQutefois méthodisme y a) ; est-ce que le papisme n'est pas précisément l'antipode du protestantisme? Pencherions-nous par hasard pour cette religion qui fiit un objet de si grande abomination pour nos ancêtres, que pour Tabandonner, ils sacrifièrent sans hésiter leurs biens, leur repos, leur vie? La métamorphose serait étrange et tout à fait inattendue. Ah! me réplique-t-on avec une gravité que je ne puis assez admirer, il y a
uue grande difTérence : Ce culte caUtoHque es( garwii par la comlUulîon à certaines communes de notre pays. C'est encore une fois conclure abusivement du fait au droit. Nous avons vu plus haut le Rapport établir que, quand on a cessé de jouir, on n'a plue le droit de jouir. Ici, il nous apprend que, quand une fois ou jouit, on a par là même droit de jouir. Un tel raisori-. nement estd'un genre très singulier. Mais, qu'il vaille ce qu'il voudra, toujours est-il prouvé par le fait, que Je grand principe qui veut que l'Ëtat ne tolère pas des Èglisfis intolérantes, peut subir des exceptions; car fÉglise catholique est tolérée. Qu'on me fasse voir 'pourquoi l'Église des dissidents ne peut pas l'être aussi bien.
« Ils voudraient, dit encore le Rapport, la discipline « de l'Église. » — Cette inculpation est remarquable. Ils voudraient, en bon français,' équivaut à ils désirent. Voilà donc un désir érigé en acte ; voilà une opinion transformée en crime! Mais supposons qu'ils veuillent ^sitîvement (pielque chose, et que même ils l'aient fëalisé parmi eux. Que veulent-ils? qu'ont-ils essayé de Maliserî La discipline de l'Église! Apparemment de ttglise chrétienne, puisque le Rapport n'ajoute rien. Sb bieni s'il en est ainsi, au lieu de les blAmer, il 'fiut les imiter; car la discipline de l'Église chrétienne doit être pour nous, aussi bien que pour eux, une institution respectable et obligatoire. Quelle singulière Inculpation : Ils veulent la discipliite de i'Egliset c'est-àdire qu'ils veulent une institution chrétienne, et que Iiûus ne la voulons pas! Mais alors qu'est-ce que notre
MO ËSSAt SUR LA COMSCIENGB,
Église nationale, qui repousse les institutions de TÉglise chrétienne ?
Continuons. « Ils voudraient la discipline de l'É- « glise, c'est-à-dire son indépendance absolue de l'or- « dre civil. » — Je ne saurais dire si l'un se conclut nécessairement de l'autre ; mais j'avoue que, s'ils veulent, comme on le dit, que l'Église soit absolument indépendante de l'ordre civil , ils veulent une chose infiniment raisonnable. Je suis même fâché qu'ils aient sur nous l'initiative de cette découverte. Mais quand cette prétention serait aussi déraisonnable qu'elle me paraît sensée , je ne vois pas comment elle pourrait motiver l'interdiction de leur culte. Laissons-les se régler d'après leurs principes, réglons-nous d'après les nôtres ; il leur faut une Église disciplinée , ayons -en une qui ne l'est pas ; ils veulent un culte indépendant, ayons un culte national; ils ont des pasteurs qu'ils payent de leurs deniers, ayons-en que TÉtat payera. Il y aura bien quelque inconséquence à faire contribuer les dissidents aux frais du culte national, dont ils ne profitent pas ; mais ils n'y regardent pas de si près ; profitons de leur bonne volonté , et consentons à ce qu'ils salarient à la fois leurs pasteurs et les nôtres. Mais à ce prix , laissons-les célébrer en paix le culte qu'ils croient le meilleur.
« Ils veulent l'excommunication spéciale et indice viduelle , qui n'est autre chose qu'un règne sur les « opinions et les consciences. » — Ce n'est pas mon dessein de rechercher si l'Évangile et nos confessions ne prescrivent pas celte excommunication spéciale et
individuelle ; mais j'ai quelques observations à faire, 'abord il îmiwrte peu qu'ils vemllent ; encore une fois, ine volonté n'est pas un acte; mettons donc franchelent ils exercent: aussi bien cela est vrai. Oui, ils :ercent l'excommunication spéciale et individuelle, lis sur qui? sur les membres de l'Église nationale? Ihl non; c'est bien assez de l'avoir excommuniée en lasse , comme le Rapport nous l'a déjà appris , sans l'excommunier en détail, et, pour ainsi dire, pièce à pièce. Non, ils n'y songent pas; et par là mCme ils ne portent aucun trouble dans nos institutions, qui restent t^les qu'elles sont. Sur qui l'exercent-ils donc? sur lèfl leurs; c'est-à-dire sur des hommes qui, librement, ilontairement, se sont joints à eux, et, remarquez-le inen, précisément en faveur de cette même discipline ; sur des hommes qui sont 4:'galement libres de les quitter, et qui les quittent en effet lorsque cette discipline gêne, ou que quelque autre chose leur déplaît. Il est donc évident que les dissidents ne portent aucune atteinte à la liberté, et qu'il n'y a sous ce rapjiort aucune raison de les en priver eux-mêmes.
Tout cela est fort clair, et il est difficile au pi'eraier coup d'œil de concevoir comment l'auteur du Rapport a pu en venir à prétendre que les dissidents sont contraires à ces mômes principes de liberté que nous invoqucihs en leur faveur. Mais patience ; tout va s'éclaircir, et nous aurons la clef de toute cette argumentation. « Cette secte, dit le Rapport un (leu plus loin , n'ac- « corde pas même ta liberté de croire et de penser, «puisqu'elle voudrait juger les opinions et -les pen-
c< sées. » — Voilà une assertion bien extraordinàijrç. Quoi ! juger les opinions et les pensées, c'est refuser la liH)erté de penser ! A ce compte nous sommes toiis des tyrans ; car tous les jours nous jugeons les opinions et les pensées. Que fait donc l'auteur du Rapport darip toute l'étendue de cet écrit? Il juge ma brochure, c'està-dire mes opinions çt mes pensées : par conséquent, il me refuse la liberté de croire et de penser! Certes, je crois que rien n'est plus loin de son intention. Si nous suivons les conséquences de ce système , nous verrons qlie les journaux littéraires, les chaires dans les universités, les assemblées académiques, les discussions mêmes des chambres législatives , sont de^" mactines de. tyrannie et d'oppression, ce qui, jusqu^à cette heure, n^était venu à l'esprit de personne.
Lfe Rapport termine par dire : « Qu^on ne saurait « accorder la liberté indéfinie des cultes à une gecte « dont l'esprit de prosélytisme, qu*elle exerce par des « missions à 1^ intérieur du canton^ e^t trop ardent pour « n'être pas dangereux. » — Supprimons encore une fois le mot indéfinie, qui n'a rien à faire ici ; car nous avons assez vu que l*auteur du Rapport ne veut la liberté de culte dans aucune mesure ; et ce mot n'est encore ici qu'une ruse de langage. Quant au prosélytisme, autre grand inot inventé par l'intolérance, on sait assez qu'il est en^soi la chose la plus légitime; car s'il est permis, comme nous l'avons établi au paragraphe précédent, de critiquer, de juger les opinions des autres, il s'ensuit nécessairement qu'il est permis de lêlir ei) inculquer de nouvelles. Le prosélytismie, à la vérité, cônithe dé-
UBBâTé M8 Ct'LTES. 463
f6l(4)pement dé la liberté naturelle , doit reconnaître certaines bornes J mais ces bornes , quelles sontrellest Les mêmes que reconnaît la liberté de culte, dont il est une partie intégrante : je veux dire le respect des mœurs et des droits. C'est donc ne rien dire contre lui que de lui reprocher de V ardeur; car Tardeur, en ellemême, n'est contraire ni au droit ni aux bonnes mœurs. n faut donc permettre au prosélytisme d'être ardent, et j'ajoute que bcla sera sans danger pour l'Église établie, ri, de son côté, elle s'anime, pour son culte et ses docttines, d'un prosélytisme également ardent. Voilà tout fe fiecret. Si l'Église établie, qui a, dit-on, le dépôt de la vérité, la défend avec le même zèle que les sectaires déploient pour l'erreur, qui peut douter que la victoire ne reste à l'Église établie?
Je ne vois donc dans cette partie du Rapport aucun aliment dont on puisse faire usage contre les sectaires. Et j'ajoute que, quand bien même ils seraient dons l'opinion qu'on doit refuser aux errants môme la tolérance civile, ce qu'ils n'ont jamais dit, ce ne sertiît pas encore une raison pour la leur refuser à euxthêtneé. Car, tant que leur opinion n'est pas transfortdée en acte, ce n'est qu*une spéculation qui échappe à toute poursuite ; et si jamais la tolérance peut trouver Une belle occasion de s'eiercer, c'est envers des intolérants.
ni. — Question de droit positif.
La question dé droit naturel a été traitée dans les pages précédentes. En abordant celle de droit positif,
nous nous attendons à causer de la surprise à quelques personnes. Elles nous demanderont si c'est une question : en effet, la loi du 20 mai n'estnelle pas là?
Nous répondrons que toute loi est susceptible d'être examinée sous deux points de vue : dans ses rapports avec la loi suprême de l'humanité, qui est la justice (c'est ce que nous avons fait) ; et dans ses rapports avec la loi suprême du pays, qui est la constitution, (c'est ce qui nous reste à faire.) La loi du 20 mai, relative à un cas particulier, suppose un prinpipe général de droit public; c'est que, hors l'Église réformée et l'Église catholique, aucune Église n'a le droit d'exister dans le canton de Vaud. Or, ce principe de. droit public doit nécessairement se trouver dans la constitution ; je vais donc recourir à cet acte fondamental.
Voici l'article 36 de notre constitution : « La religion « évangélique réformée est la religion du canton. La « constitution garantit aux communes catholiques et « mixtes d'Échallens, Bottens, etc., l'exercice de la re- « ligion catholique tel qu'il a été usité jusqu'à présent. »
C'est donc la religion évangélique réformée qui est la religion du canton. Je vois dans cette phrase plus que l'énoncé d'un fait ; car l'objet d'une constitution n^st pas de constater des faits : j'y vois la déclaration d'un droit, le droit de la religion évangélique réformée à régner seule dans le canton, excepté quelques localités expressément désignées.
Si l'on prend l'article dans son ensemble, on voit que le droit de la religion évangélique n'est pas tant le droit de posséder que le droit d'exclure. Il n'est pas
(tUESÏiON tiE DKOIT POSITIF. 4D3
dit que lous les individus, à l'exception des citoyens d'Échallens, Bottens, etc., doivent être réformés ; il est dit qu'un culte autre que le culte réformé est interdit, Ijormis dans le petit nombre de communes sus-menl^nnées. On peut donc, dans le canton de Vaud, 'être ni réformé ni catholique ; mais, pour exercer un «ulte public, il faut être ou réformé ou catholique, et rdomicilié dans une certaine partie du territoire. Cette exégèse me paraît la seule admissible, la seule fidèle au texte : elle ne lui enlève, elle n'y ajoute rien.
Remarquez que la constitution a dit que la religion réformée est la religion du canton, et non la religion de VÉtat. Cette dernière expression emporterait davantage. Elle supposerait que l'État fait plus que de concéder à la religion réformée la jouissance exclusive du culte ; elle supposerait que l'État, corps politique, adopte pour son compte, épouse cette religion, qu'il en fait sa propriété, qu'il se caractérise par elle. Les termes de l'article 36 ne disent pas tout cela. On alléguera Tintention notoire du législateur ; je ne reconnais au législateur d'autres intentions que celles qu'il a clairement rendues par des mots.
On alléguera encore l'ordre de choses existant à l'époque de la constitution ; on nous montrera une Église constituée sous les auspices de l'État, un clergé payé par l'État, les actes religieux de ce clergé revêtus du caractère d'actes civils. Cela montre le zèle de l'État pour la religion réformée, mais rien de plus. L'État a jugé à propos de se constituer protecteur de l'Église, et rÉglise y a consenti ; mais ce consentement n'a pas
466 *KIM}A1 SUll LA OONSQlBfIQl!.
œnféré à l'État le droit de ne reconnaître d'autre culte réformé que le culte (ju'il paye.
Qu'il établisse dans chaque Doiaiinune un pasteur de la religion réformée, pour offrir à la population un aliment spirituel, qu'il paye ce pasteur, qu'il le siufveille, il en est bien le maître \ mais que d*autres pasteurs de la religion réformée, qui n'ont point reçu de lui leur vocation, s'établissent aussi sur les différents points du pays où il y a du bien à faire, et y établissent un culte régulier, c'est ce qu'il ne peut empêcher.
Voici ce qu'il peut. Comme II a promis le maintien de la constitution, il doit veiller à ce que nul autre culte que celui de la communion évangélique réformée ne s'établisse dans le pays. Il s'agit loi de détei*miner ce que c'est que la religion évangélique réformée.
Cette religion, fondée sur l'Écriture sainte, est résumée dans les conclusions de la dispute de Bet^ne de iS28, dans les actes du synode de Berne de 1532, et la confession helvétique de 1&66. Quiconque accepte et signe ces différents actes est chrétien Péiofmé^ Qui^ eonque^ ayant d'ailleufs les capacités requises, s'engage à prêcher la doctrine contenue dân$ ces livres, est apte au ministère évangélique réformé.
Mais qui prononcera? C'est ici là grande difficulté. II y en a toujours dans les systètnes iûiparfeiits (4); pour ne pas rencontrer de difficultés en semblable matière, 11 faudrait ou accorder la liberté tout entière, où la refuser absolument. Il est clair, au moins^ iquè le Qouver-
(1) Tout systëtne qut repqse su^ une Haison entre Vtffti^ et i'Étit eit par cela même iniparf^i ; U n'y à que |a sépi^rf lion ppipp^lf ^ ^ fl#yx institutions qui puisse faire disparaître toutes les difficultés.
noient ne se oomtituigra pa^ arbitre eur le dogjtne. Ge qu'il y aurait de plus raisonnable^ o'eet que des dëlégoéfe des différentes branchée de la religion éyëtlj^éliqtie réformée exat^nassent^ au nom du Gouvernement^ tout nouveau culte qui voudrait s'établit* sUr la base de la confession de foi helvétique. Aujourd'hui, cju^îl n'y a que deux brandies eh présence, l'Église établie et Géllé qui cherche à s'établif, l'examen ne peut avmr lieu que par l'Ëglise établie, l'Église du Oouvertiement» Quelques inconvénients que puisse présenter oette situation, l'Église nouvelle ne s'y refuse pas ; elle veut bien être jugée par l'Église dite nationale, d'aprfes ia lettre des divers livres symboliques plus haut mentionnés.
0#j ce jugétnent est déjà porté. Il Test pat* le silence des Uns, il l'est par les pailles des autres : il ne reslr qu'à le formuler solennellement. Personrte, depuis Twiverture de nos débats religieux, n'a contesté aux dissidents vaudois d'avoir une doctrine conforme h In confession de foi helvétique; leurs opinions, h cet ^rd^ ont défié l'examen. Et dans la séance mémot^ble du 12 mai 1829, un tfës honoré landaniman, dont la droiture est connue^ a dit ces propres paroleh : « La confession de foi helvétique renferme-t-elle l'en- * seignement que nous suivons généraletnertt dans a; « canton t N'est-elle pas plus rapprochée de la doctrine é des sectaires que de celle qu'on nous prêche le plus « ordinairetnetîtî Cette question ne s^iurait, je crois, « être résolue qu'en leur faveur. Réimprimer les Or- « dcfrihânces ecclésiastiques, ne scrail-('ii pas dire h
4(58 BSSAI SUR LA CONSCIBNCB.
« nos ecxîlésiastiques : Enseignez comme les sectaires?» Si ce témoignage ne suffit pas, qu'on procède régulièrement à l'examen proposé. Le résultat en est indubitable. Ceux qu'on nomme schisma tiques seront appelés à jouir, pour leur culte, de la même liberté dont jouit l'Église établie.
En partant du même principe, l'Église établie aura à s'examiner elle-même. Elle aura à rechercher si sa doctrine et ses institutions actuelles sont bien exactement conformes à ces mêmes livres symboliques qu'on invoque en sa faveur; et si, sur un point quelconque, elle aperçoit qu'elle a dévié de la pureté primitive, il faudra que, pour mériter son nom d'évangélique réformée, elle se hâte de rétablir ou de remettre en vigueur ce que le laps des temps a fait tomber en désuétude.
Je ne veux point entrer dans le détail des pertes qu'elle a faites. Mais je ne puis m'empêcher de remarquer que ce dont elle aura à s'occuper d'abord, ce sera ses relations avec l'État. Car il est connu de tout le monde que l'indépendance de l'Église a beaucoup souffert par les empiétements successifs du pouvoir. Après cet examen, un des premiers soins qu'elle devra prendre sera de se redonner une institution qui lui a été arbitrairement enlevée, et dont la suppression altère profondément le caractère de l'Église chrétienne. Je veux parler de la participation des fidèles laïques au gouvernement de l'Église et à la nomination des pasteurs. Les consistoires, sous un nom moderne, sont une institution apostolique, et l'intervention du peuple dans le choix de ses guides spirituels n'a pas