IN ÉVIDENCE
ne peut y avoir d'arbitres irrécusables que Dieu ou l'évidence.
« Mais ma certitude, direz-vous, bien qu'elle ne soit pas la certitude de tous, est néanmoins certitude. Pour moi, elle est l'évidence, elle est la vérité. Ne sacrifié-je pas ses droits, ne suis-je pas infidèle à ma conviction, lorsque je permets à l'erreur de garder une place à côté de la vérité? Et ne serai-je pas contraint de douter et de mes convictions et de tout, si je suis obligé de respecter ce que je sais être faux? » — De grâce, dans votre intérêt même, répondrai-je, n'insistez pas ; car le parti opposé est fondé à vous dire la même chose, et à conclure de sa certitude qu'il a le droit de vous opprimer; et, chacun faisant valoir sa certitude, et en tirant les mêmes conclusions pratiques, la société sera incessamment désolée par des opinipns et des dogmes. Non, bien que vous renonciez à faire prévaloir votre certitude, elle n'est pas infirmée par ce sacrifice que vous faites à la justice et à la paix ; elle n'en doit pas moins demeurer entière et inébranlable; vous devez vous féliciter de l'avoir acquise ; et, quant à ceux qui ne la possèdent pas encore, votre devoir est de les plaindre, et, si vous le pouvez, de les persuader.
Ce droit, qui vous le refuse? est-ce nous? Mais c'est celui-là même que nous venons de consacrer. Car, quel plus beau but aurait cette manifestation libre des croyances religieuses, si ce n'est de leur gagner doucement et noblement des adhérents volontaires? Ne condamnerions-nous pas, par une étrange contradiction avec nos principes, la conscience à l'esclavage, en
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lui interdisant de répandre des croyances, entre lesquelles figure peut-être celle de l'obligation de propager sa foi, des croyances auxquelles vous attachez les espérances de l'éternité? Combattez donc les erreurs avec les armes pures du raisonnement et les doux moyens de la persuasion; mais laissez au mensonge et à l'injustice l'emploi déshonorant de la force.
Nous avons voulu montrer que l'inévidence des croyances religieuses suffit pour les rendre inviolables. Mais nous ne devons pas négliger d'ajouter que, quand il en serait autrement, quand la fausseté des croyances que vous poursuivez serait évidente à tous les esprits, il ne s'ensuivrait pas encore que vous pussiez contraindre à renoncer à leur culte ceux qui donnent, en s'y livrant, un démenti formel à la raison humaine. De m^nie qu'il faut, chez l'individu, plus qu'une idée fixe, ou une manie, pour autoriser sa réclusion dans les asiles ouverts à la démence, il faut aussi plus qu'une simple erreur chez le sectaire pour justifier l'interdiction du culte que sa folie a choisi. Celui qu'une idée fixe et chimérique poursuit comme une vision perpétuelle, peut affliger la société sans compromettre ni le repos de sa famille, ni la sûreté de ses concitoyens ; et, de même, le culte que notre raison réprouve peut subsister sans inconvénient auprès de ceux qu'elle sanctionne ou qu'elle tolère. Et que sera-ce, si, au lieu de chof|uer l'évidence des choses, ce culte n'offense que notre conviction personnelle, qui n'est, ainsi que nous l'avons vu, qu'un arbitre incom])6tent dans ce grand prucî^s? Il est donc clair que, par leur nature générale,