‹ La liberté des cultesChapitre 15 sur 116 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OVE LE GOUYIÇRNEMENT EST APPELÉ A PROTÉGER LA MORALE SOCIALE, ET NON A RÉGLER LES CROYANCES RELIGIEUSES.

On nous dira : Les opinions religieuses n' entraînentelles pas des opinions morales? Et la morale, c'eslràdire une saine morale étant T esprit de vie de la société, peuiron laisser se manifester et se propager indifféremment toute croyance religieuse ?

On a fait, des idées renfermées dans cette objection, des principes qui se présentent d'abord sous un aspect si intéressant et si spécieux, qu'il semblera à plusieurs personnes, qu'en les attaquant, nous sapons les vraies bases du repos et de l'ordre public. Nous pouvons néanmoins protester, avant d'aller plus loin, de notre respect pour l'esprit de ces maximes ; mais nous n'en sommes pas moins obligé de montrer qu'elles sont erronées par suite d'une confusion d'idées, et qu'on en peut faire le plus effrayant abus.

Qu'à chaque système d'idées religieuses se rattache un système d'idées morales analogues, c'est ce qu'il faut accorder, et même dans deux sens. Premièrement, ces croyances religieuses nous révèlent la tendance morale de ceux qui les ont produites et accréditées. En second lieu, elles doivent faire naître chez leurs adhérents des goûts, des habitudes, une manière de vivre conforme à leur manière de penser. Mais que ces idées morales deviennent le code arrêté de la société, qu'elles

retiennent à jamais dans leurs limites cette société qui, de sa nature, est perfectible, et qui, de fait, marche toujours, voilà ce qu'il est impossible d'accorder (1). En supposant le système religieux immuable, la morale de la société ne saurait rester au même point; sans cela, il faudrait ou nier toiït progrès de civilisation, ce qui est contre les faits, ou croire que les idées morales sont étrangères à la civilisation, ce qui n'est pas moins faux.

Nous voilà dans la nécessité de supposer une autre source d'idées morales que la religion. Et quelle serait cette source, sinon la société même ?

Nous n'avons nul intérêt à exalter la morale dont la société civile est l'inventeur; morale étroite, de laquelle, en qualité d'avocat d'une âme immortelle, nous nous efforcerions de montrer l'insuffisance et les lacunes. Mais cette morale, de l'invention de la société, elle existe ; elle est indépendante de la religion, elle a une certaine valeur; c'est ce qu'il faut montrer.

Qu'on se rappelle ce que nous avons dit dès l'entrée de ce discours. Nous avons reconnu la société comme un fait naturel : ajoutons que ce fait a son origine dans la nécessité. La même chose qui lui a donné l'existence, lui a donné les moyens de la conserver. En provoquant c^t ordre de choses, la même cause a immédiatement fait naître des idées dont le crédit est

(1) Ceci n'est pas applicable à la vraie religion, dont la morale, parfaite par ses principes, sa sanction et ses applications, est toujours en avant de tous les défeloppements sociaux; mais nous voulons montrer ici Texislence Indépendante et distincte d'une morale qui n'est pas puisée dans les croyances religieuses; et le caractère reconnu de la religion chrétienne ■'enlève rien à cette vérité.

IrO DÉ LA MORALE SOCIALE.

indispensable à îa conservation du cofpâ social. On aura beau subtiliser ou déclamer pour supposer une impulsion antérieure à cette impulsion impérieuse de la nécessité, on ne prouvera jamais que lé premier instinct qui aura réuiil, dans les déserts du monde naissant, deux individus où dieux familles effrayées de leur impuissance eontre lia nature, n'ait pas été le pur instinct de la conservation. On île prouvera pas que Ce soif au nom d'une divinité dont ils se faisaient Une confuse et grossière îrnagé, ou dans laquelle ils n'adoraient que le génie du âaal , que ces individus ou ces familles ont contracté une alliance, dont, avant tout, la nécessité leur faisait une loi. On ne prouvera point que, dans la suite, les autres sociétés plus étendues qui se sont formées aient eu d'autre lîên que Tîntérêt de teuf sûreté respective et de leur bien-être. Quand la clause s^offre d'elle-même à nos yeux, pourquoi Tal- 1er chercher ailleurs dans Un ordre d'idées auxquelles nous rapportons tout, parce qu'elles nous Sont devenues familières t Pourquoi s^efîrayer de la théorie la plus naturelle comme d^une sorte de matérialisme, et comme si eïlé ne devait plus laisser de place ni d*action aux sentiments qui Constituent l'homme moral? Ces sentiments, qui font notre noblesse, se développent avec la société, et ne germeraient point sans elle. Mais laissez d'abord s'élever cette société sur la base de la nécessité, à qui Dieu s'en est fié de la foriEiati<Mi des corps politiques et de la sûreté de leurs rapports. Cest de là nécessité qu'est sortie l'idée de la propriééé; et il est impossible de supposer la propriété sans un cor-

t^e d'idées, dojxt l'ensemble a formé le droit naturel. Le droit positif ou écrit n'en est que la copie plus ou mollis fidèlçL. Mais quelle que soit l'imperfection des coiçSj leur seule vue prouve que l'humanité est sortie de ce qu'on appelle l'état de nature, et a reçu le frein du dj^it. Les ra.pporte de la société se multiplient et se compliquegat ; des rçgles plus délicates viennent s'ajouter dans les esprits à ces règles premières qu'on a transcrites sur le marbre et sur l'airain ; la pudeur tient le premier rang parmi ces idées. La réunion de ces nouvelles idé^ avec les principes du droit naturel compose la n!U)rale social, où nous pouvons distinguer trois éléments : la sûreté, Idi propriété et \a pudeur.

On voit que cette morale ne renferme que le respect des droits positivement consacrés par la société, et que tout ce qui dépasse l'enceinte de ces droits, coaune aussi les sentiments du cœur et la vie intérieure, est hors des limites de la morale sociale. Le but et les besoins directs de la société tracent à cette morale des bornes précises ; et, dans ce sens, on peut dire qu'elle doit sa naissance à la société.

La morale religieuse a soin de se séparer de la morale terrestre ; et en s'en séparant elle en reconnaît et en proclame l'pjfistence. Elle ne nie pas qu'il n'y ait, hors de son influence, des qualités morales intéresgyntes et utiles ; elle reconnaît des vertus humaines ; seulement elle les déclare inutiles pour le salut; elle sait bien qu'il peut y avoir de la probité chez des incrédules, de la bienveillance jusque chez des athées ; mais elle nie le mérite de ces dispositions naturelles

OU de ces habitudes, auxquelles manque à ses yeux le principe de vie. Elle accorde, en un mot, à la morale terrestre une grande utilité poui* la société des hommes sur la terre ; mais elle la regarde comme sans usage pour la société des élus dans le ciel.

Ceci n'est point propre, comme on pourrait le croire, au christianisme : ceci est commun à toutes les religions positives, par cela seul qu'elles sont religions. Toutes doivent s'accorder sur ce principe ; toutes doivent attacher exclusivement et indissolublement le bonheur éternel à la foi ; toutes doivent offrir le salut au* seuls croyants. Autrement elles démentiraient leur origine, abdiqueraient leur autorité, effaceraient tous leurs titres.

n y a donc, en dehors des religions positives et de leur aveu même, une morale dont l'origine ne leur appartient pas. Dira-t-on qu'elle doit naissance à la religion naturelle? Il faudrait donc reconnaître en principe cette religion, lui faire un culte, lui créer des institutions. Prétendra-t-on que cette morale est écrite dans la conscience? Voilà la conscience devenue fîeligion de l'État; mais qui esirce qui en écrira la doctrine? Comment la déterminer? Sur quelles bases l'établir, si ce n'est sur celles que nous avons posées, la nécessité, le besoin de conservation? Quels éléments reconnaître en elle sinon, encore une fois, la sûreté, la propriété, la pudeur? Le maintien de ces principes devient, dès lors, la religion de l'État.

C'est donc à ces bases, à ces idées précises que les hommes peuvent s'arrêter; et c'est sur ces bases en

l HORALS SOCIALK.

effet que s'élève naturellement et sans effort tout le système de la morale sociale. Ces idées de propriété, de sûreté, de pudeur, que nous ne faisons qu'indiquer, donneront, par l'analyse et la déduction, toutes les idées plus particulières dont se remplira peu à peu le cercle de la morale sociale ; et elles acquerront toujours plus de développement et de délicatesse à mesure que la civilisation aura multiplié et compliqué les relations sociales.

Un système religieux peut, à sa naissance, être en rapport, en proportion avec cette morale sociale. Il est même à présumer que cette proportion existera naturelleraent, puisque ce système religieux est inventé par des hommes, lestjuels, appartenant à leur siècle et à leur pays par leurs idées, ne manqueront guère d'en appliquer l'empreinte sur leurs fictions. Mais comme homs, il ne leur a pas été donné de prévoir l'avenir, et

( d'inventer un système qui soit toujours de niveau avec

' l'étal moral de la société. Leur système ne s'appliquera ni à louR les temps ni à tous les lieux, parce que leur génie, borné par leur nature d'hommes, n'a pu em-

t brasser dans une immense prévision tous les siècles et tous le» pays. Cependant ils ont déclaré leurs fictions vérilé immuable et éternelle (1 ), et le peuple les a adoptées comme telles. Il y a un moment d'harmonie entre la religion et la morale sociale. Mais le génie de la so-

[ ciété se rit de ces vaines prétentions : sa marche rapide l'entraîne bien loin de ces systèmes dans lesquels

I « M<i«a *in liiu

74 DB LA MOaALE âOCULB

il s'était trouvé quelque temps enveloppé. Le système religieux s'use et dépérit. Alors, ou bien la société lui prête son secours, et il reçoit d'elle, de sa morale perfectionnée, des modifications qui l'épurent et le mettent en état de faire encore quelques pas avec elle y ou bien, ne relâchant rien de ses prétentions à l'imjpautabjilité, il vieillit au milieu du mouvement d'une civilisation sans cesse rajeunie, et, peu à peu repoussé des sod^ mités de la société dans les derniers rauga de Is^ nation, devient une superstition populaire, jusqu'à ce que ces classes, elles-mêmes, atteintes par la civilisation, aient été élevées jusqu'au mépris de ces vieilles légendes.

Un écrivain célèbre (1) a rendu ces vérités frappantes dans l'examen de l'influence supposée de la mythologie des Grecs sur leurs mœurs nationales. Ce rapport ou cette proportion des croyances et des mœurs, qu'on peut reconnaître dans les jK)ëmes d'Homère, ne se retrouve plus à des époques postérieures. La civilisation de la florissante Athènes paraîtra certainement fort au-dessus du système religieux qu'elle avait conservé. On ne verra cette proportion se maintenir que dans les pays où le sacerdoce aura été revêtu d'un pouvoir illimité sur les institutions politiques et sur leur développement. Les prêtres d'Egypte avaient reçu le droit de retenir la civilisation à un certain point qu'ils ne lui permirent pas de dépçissier ; mais ce poavoir extraordinaire tenait aujL plus habiles combinair sons politiques, et non à la force intrinsèque des doctrines dont ils étaient constitués dépositaires.

(1) Benjamw Constant, De la Religion,

n BKS CnOViflCES H8LI61Bl'8E9. 75

Il y a donc une morale sociale, une morale terrestre, qui na}l de t'étabiissemeiit de la société, et qui suffit à son maintien. Elle est consacrée par la conscience et par le ecew : mais elle a sa base dans la prudence et dans la raison. Elle a, pour tous les membres de la société, un caractère d'évidence pris dans la néceesité. El, noue quelque religion que ce soit, pourvu que le pouvoir suprême ne soit pas, comme en Egypte, livré SUIS mains du sacerdoce, cette morale sociale, qu'on pourrait aussi bien appeler la raison publique, et dont tes éléments principaux eont la jusiice et la pudeur, tendra à se développer sans cesse; elle réprimera, par la ferce qui lui est propre, tous les efforts tentés dans un mns ooiilrnire, et accueillera tous les systèmes qui, venns du riel ou de la terre, s'annonceront comme ses auxiliaires.

Or, cette morale sociale étant discernée et reconnue,

se voil-on pas (pi'ellc forme les attributions naturelles

' é» goit\ei'Hement ? C'eel par elle et poiu- elle qu'il

[ exÎKte. Il n'est établi que pour la défendre; le mainlieif

[ de teê principes est le but de tous ses actes. Les relit

ms ne peuvent être à ses yeux que des croyances

pli» ou moins probables, où s'exerce la liberté de l'e»-

prit humain ; mais a-t-il été créé par elle»? leur doitril

■on établissement? existe-t-il en leur nom? la société,

en se donnant des chefs, a-tr^^lle flédé aft besoin de se

conserver, ou bien à l'envie de maintenir une opinion î

a-t-ellc voulu des pi-^tres ou de8mag,islrats? aurail-ellc

lait le fwritice de sa liberté, s'il se ft^t agi d'autre cbrtse J

que de ^ranlir la iwrtion qu'elle en garduilt Oi),puul J

76 LB GOUVBRNEUBNT m'eST PAS APPELA

citer, dans l'antiquité, des princes qui réunissaient le sacerdoce à leurs fonctions royales. Rex Ânim, rex idem hominum, Phœbiqm sacerdos. A Rome, Gésiair était pontife ; dans l'Europe moderne, maint gouvernement est évêque. Mais il s'agit ici de l'institution primitive et naturelle des gouvernements ; et la réponse n'est pas douteuse : ils n'ont pu être établis que pour le maintien des droits dont le respect forme ce que nous appelons morale sociale ; et nous ne concevons pas qu'exifrtant pour cela seul, ils se proposassent un autre but, qu'ils s'attribuassent des pouvoirs que la société ne leur a pas conférés, en un mot, qu'ils eussent une sphère d'activité entièrement étrangère à leur origine et aux vues de leur fondation. Pour étendre leur domination sur les religions, où sont leurs titres, où sont leurs pouvoirs?

Il faudrait, pour exercer cette attribution, qu'ils eussent reçu, pour la découverte de la vérité religieuse, des dons qui ont été refusés aux individus. Il faudrait qu'un roi, au moment de son sacre, un sénat à l'heure de sa formation, reçussent d'en haut une lumière surnaturelle qui les éclairât sur les rapports mystérieux du ciel avec la terre. Il faudrait qu'à travers les successions et les changements de dynasties, la même lumière reposât constamment sur le corps chargé de veiller aux destinées de l'État, afin que chaque administration n'établît pas une nouvelle vérité, lorsqu'il ne peut y en avoir qu'une, qui est immuable. Or, il n'en est point ainsi ; et même, sous ce rapport, les individus ont un avantage marqué sur les gouvernements. « Nous, per-

1 HEGLBR LES C

i HRLIGIBUSBS.

M iionnes individuelles et identiques, dit M. Royer- B Collard, véritables êtres faits à l'image de Dieu, nous « avons dans nos glorieuses destinées le discernement R religieux ; ujais Dieu ne l'a pas donné aux États, qui « n'ont pas les mêmes destinées, v

Ainsi, jusqu'à ce qu'on nous montre sur la tête des rois la langue de feu qui brilla sur le front des apâtres, jusqu'à ce que le don des miracles soit conféré à un ^uvernement, nous le réduirons, avec respect toutefois et confiance, au rôle de défenseur de la morale sociale ; et, prenant sur nous le soin de nos intérêts éternels, nous lui remettrons celui de nos intérêts temporels de citoyens.

Wus on y réfléchira, plus on sentira combien est singulière cette idée, que les gouvernements sont appelés à prendre fait et cause pour la vérité, qu'ils en «ont les défenseurs naturels. Leur rôle n'est point là; rappréciatJon et la défense de la vérité n'est point dans leur compétence. Il sont les gardiens de l'ordre social, el rien au delà(l). Transformer le conseil du monarque en académie va en faculté tbéologique, est une idée Ibiiarre qu'on a souvent réalisée, et toujours pour le malheur des hommes. ■

Nous répétons, si cela est encore nécessaire, que la morale sociale n'est pas, à nos yeux, la source de tout bien, et que nous ne bornons pas à la connaissance de cette morale le mérite du magistrat considéré comme individu. Nous désirons, au contraire, qu'il soit philo-

(I) Voir, iMge ii, dam l'Aitrtissetnrtit écn't en l83/i, cntninenl rauteur corrigR celle M9«rlion <le U première idltloii de mu ouvrage, (i&ftfnm.)

«ophe, mais non point pour prononcer jmridiqueiaent sur des thèses ; nous désirons encore qïfil soit rel^euK, «e -qui est la perfection de la philosophie, >mais >non point pour imposer silence aux hérésies, doï\t il n'est pas ie juge. Sa philosophie et sa religion lui serviront à renoplir ses devoirs pubHcs avecplus d'attention, de zèle, de con- ^science et de discernement. Elles sont au cœut* ^oe .que la culture^est à l'esprit. Elles doivent êtiîe pour lui des -principes qu'il applique dans sa conduite, non des opinions qtf il cherche à faire prévaloir (1).

D'après ces principes , quelle sera la conduite «de l'État à l'égard des sectes religieuses ou des systèmes philosophiques?

J'ai dit : ou^des ^systèmes philosophiques, 'paa*ce ique la liberté religieuse, ainsi qu'il a été précédemment établi, comprend, avec le droit de s'attacher à un culte, celui de n'en professer aucun ; avec le droit de mamfester sa croyance, celui de manifester son incrédulité. Parmi ces différentes professions positives ou négatives, s'il s'en trouvait qui «renfermassent des principes contraires à la morale sociale, quelle dewait être la conduite de l'État?

Premièrement, de sévir contre tous les fàitsrémltaxit de ces principes pervers, et de constater avec fofoe, par ce moyen, la répugnance profonde et 'le* désaveu de ila société. Un gouverniWnent n'est pœ appelé à raisonner,

(1) Ce serait une étrange inconséquence, comme Loclce l'ol^senre très bien dans sa Lettre sur la tolérance (page 6) , de perséiAiter pôor on dogme, et de voir avec indifférence les mauvaises mœurs parmi ceux qui professent le même dogme que nous. C'est le phénom^M qu'offrent 4e règne de lotis XIV •% le r^e «Iswt.

it.

i photeger qvk la mohalb socialb. 79

à discuter des principes, maie à faire valoir ceux par lesquels la société existe. Safermelé dans l'application des lois est probablement la réfutation la plus efficace des principes sur lesquels s'appuie le crinae, et le moyen le plus sûr de dt^courager des doctrines perverses.

Quant à la répression immédiate de ces doctrines elles-mêmes, l'État doit examiner quelle est la nature et quelles sont les limites de la morale sociale. Ses deux éléments principaux, comme nous l'avons dit, sont la justice et la décence, parce que les produits immédiats de la société sont la sUreté, la propriété ni la pudeur.

La 'publication de maximes contraires à l'une ou l'autre de ces choses est un véritable attentat envers la sociélé, qui "ne peut se perfectionner ni même se con- «erver que par le respect de ces principes. Ces attentats doivent être poursuivis et punis par le gouverne- Wenl; il doit sévir contre toute réunion, tout acte et tout écrit qui blessent directement et publiquement la luonite sociale. Quant à la morale intérieure, composée d'un plus grand nombre d'idées, elle est jJacée sous unt' attire juridiction. Nos sociétés modernes l'ont bien h-senti, et ne se sont point conformées à l'exemple de quelques démocraties antiques (jui avaient étendu l'empire des lois sur les plus intimes rapports de famille, et jusque sur les sentiments du cœur. Elles ont toutes dislinf;ué le délit du pe'cfcé; et, en soumettant le premier à des [leines qu'elles sont compétentes à prononcer, elles ont laissé à Dieu el à la conscience le soin de juger le second. De his rébus non curât prcetor.

La dietinction que nous venons de faire renleriDe

80 REPONSE A UNE OBIBCTION.

dans des bornes précises le droit que peut avoir la société de réprimer la manifestation des doctrines. Ce droit est fondé sur la nécessité, et je pourrais dire sur l'évidence, puisque la nécessité est une sorte d'évidence. Que si Ton nous objectait que bien des écrits, bien des actes, qui ne provoquent directement ni au vol ni au désordre des mœurs, renferment néanmoins des doctrines qui peuvent y conduire d'une manière plus détournée ; que tout se tient dans la morale ; que la plus légère déviation de la vérité peut, rigoureusement calculée, conduire aux plus révoltants écarts, de même qu'une différence imperceptible dans l'ouverture d'un angle, peut devenir au terme de ses côtés une distance incommensurable, je conviendrai de cette vérité ; mais je demanderai quels seront les juges à qui la société confiera l'examen difficile de ces déviations plus ou moins problématiques ; mais avant tout, quels seront les principes convenus, généralement avoués, d'où ils partiront, quel sera le point précis où les opinions cesseront d'être libres; et pour présenter la difficulté dans toute sa force, j'appliquerai toutes ces questions aux États de la chrétienté, qu'intéresse dans un degré égal le sujet que nous traitons.

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