IL N EST PAS AVANTAGEUX A L ETAT
corps malades, c'est par des crises dont l'Église persécutrice n'a pas à s'applaudir. On ne se réveille que pour s'armer contre elle; on ne s'éclaire que pour la mépriser ; on ne s'élève à la vraie foi que pour se séparer d'elle; et c'est ainsi qu'en employant la force pour faire de rapides conquêtes, elle n'a fait que préparer les schismes qui doivent la déchirer.
Et sans suivre des yeux ce menaçant avenir, sans détourner nos regards du moment même où la force publique opère, pour une communion privilégiée, ces conversions illégitimes, n'avons-nous pas d'autres dangers à signaler? Qui sait si vous ne rendrez pas incrédules ceux-là mêmes qui vous appartenaient déjà? Ils vous ont peut-être accordé jusqu'ici une foi inerte et aveugle ; le sacrifice n'était pas grand ; leurs passions n'en étaient pas moins libres ; aucun de leurs intérêts n'était en souffrance. Mais si vous leur offrez le dangereux spectacle d'une foi étrangère que rien ne fait céder, qui porte la résistance jusqu'à l'héroïsme ; si vous leur fournissez l'occasion d'apprendre qu'il est des croyances qui donnent le courage de renoncer à tout, et de tout souffrir, craignez qu'ils ne les comparent involontairement à la leur, qui ne les a jamais portés au moindre renoncement ; craignez que, sans autre examen, ils ne donnent la préférence à des doctrines qui élèvent l'homme, du moins en apparence, à tant de vertu ; craignez que, sortant de leur apathie, la vue de souffrances admirablement supportées n'allume en eux l'enthousiasme, facile à éclater dans toute âme qui n'est pas entièrement dégradée. Ils raisonneront mal, j'en