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DE LA PUISSANCE DES IDÉES

Examinons donc si la marche des idées est susceptible d*être empêchée par une force quelconque, et si, en effet, elle l'a jamais été.

Il est plus facile d'effrayer et de maltraiter des êtres pensants que d'interdire la moindre pensée. La vie des idées a ses racines dans toutes les institutions hu«

(i) Voy«i la Note VII.

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maines; et tant que ces institutions sont debout^ la pensée doit vivre, se perpétuer, se multiplier comme fait l'homme lui-même. Après avoir condamné au silence ces organes indiscrets, comme vous les appelez, vous n'avez rien fait si vous ne condamnez aussi toute culture des sciences, toute communication d'une nation avec une autre, tout commerce social ; que dis^e î tout entretien intérieur de l'âme avec elle-même.

Je ne puis vous supposer le dessein d'interdire toute étude philosophique et morale ; et c'est cependant la première mesure que vous auriez à prendre : ces études ne sont-elles pas les plus chères à la liberté? Leur sim*ple contact n'éveille-t-il pas le sentiment de l'indépea»dance ? Nous occuper de ces études, n'est-ce pas déjà proclamer notre dignité d'intelligences libres, et notre droit de tout examiner ? Si ces considérations vous frappent et vous déterminent à interdire toute étude qui a l'homme lui-même, je dis l'homme moral, pour dsjet, et à le réduire aux sciences qui portent sa pensée hors de lui, vous ne serez point pour cela plus en sûreté. Il ne faut pas oublier que toutes les sciences se tiennent, qu'elles se prêtent un mutuel secours, qu'il y a des points de contact importants entre celles qui paraissent le plus étrangères entre elles, et qu'un penchant naturel, invincible, l'amour de nous, la curiosité sur nou&mêmes, nous porte à faire converger toutes ces différentes études vers un point central, qui est l'homme. Il ne faut pas oublier que tout exercice de la pensée, quel qu'en soit l'objet, avertit la pensée de sa liberté, et que cette liberté une fois sentie n'a jamais connu de bornes. En

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