DE LA PUISSANCE DES IDEES
laissant à l'homme quelques objets de méditation, vous avez donc détruit votre propre ouvrage, et vous avez méœnnu la nature rebelle de cet esprit, qui ne connaît d'obstacles que la mort.
Eh ! quelle science pourriez-vous impunément livrer à l'audacieuse investigation de l'homme ? Les mathématiques? elles lui font un besoin de l'examen. La médecine? elle explique les mystères du corps par les mystères de l'âme, et les révolutions de l'âme par celles de l'organisation qui lui fut attachée. La science de la nature? elle met en présence les observations scientifiques et les traditions religieuses. Et s'il est vrai que la théologie, à quelque religion qu'elle appartienne, soulève toutes les questions, comment cette étude, la seule peut-être que vous ne puissiez proscrire, ne donneraitelle pas à certains esprits une activité dangereuse? Avezvous compté tous les incrédules que cette seule étude peut faire?
Voulez-vous aussi élever des barrières entre les nations, entraver le commerce, défendre l'étude des langues étrangères, et la lecture des livres composés dans ces langues? Tant que vous permettrez une seule de ces choses, elle contre-balancera l'effet de toutes les mesures que vous aurez imaginées pour conserver intacte la croyance dominante de votre pays. Il suffit d'un miasme pour répandre les horreurs de la peste sur toutes les parties d'une vaste cité ; il suffit d'une seule idée importée de l'étranger, pour agiter tous les esprits dans l'enceinte où vous croyez dominer. Nulle contagion n'est plus prompte ni plus subtile ; elle pénètre