‹ La liberté des cultesChapitre 24 sur 116 · DB LA PUISSANCE DES ID^ES · texte numérisé non relu

DB LA PUISSANCE DES ID^ES

prouvée, on est autorisé à les croire vraies. Elles ont pu être oubliées, mais aussitôt qu'elles reparaissent, elles retrouvent le môme crédit : il n'y a point de prescription pour elles. En parcourant l'histoire ecclésiastique, on obtient la preuve de ce que nous avançons. Une foule d'hérésies, signalées et définies par les auteurs, ne sont, si l'on regarde au fond des opinions, qu'une seule et même hérésie. La différence des formes et de quelques circonstances abuse les auteurs mêmes de ces hérésies sur leur parenté , ou , pour mieux s'exprimer, sur leur identité ; avec un œil moins prévenu, ils reconnaîtraient qu'à la distance de plusieurs siècles, c'est la même réclamation qui se fait entendre, la même idée qui, ou vraie ou mal réfutée, revient à la charge et demande que son procès soit enfin jugé. La force entreprend-elle de nouveau de terminer le démêlé d'une manière sommaire, c'est un motif pour que l'opinion maltraitée reparaisse un jour, et demande à la raison l'examen impartial de ses titres. Quand la raison aura démêlé et rendu sensible le côté jusqu'alors inaperçu par oii pèche cette opinion si souvent reproduite, l'hérésie aura perdu le prestige qui faisait sa force, et cette idée qui, à plusieurs reprises, avait troublé le monde, s'en ira mourir dans le mépris.

En vain les dépositaires du pouvoir défendraient réellement la cause de la vérité ; il faut que le triomphe de la vérité soit pur ; il faut qu'il lui appartienne tout entier. Protégée par des mesures oppressives, la vérité ne perd, je l'accorde, aucun de ses droits au respect : elle est toujours la vérité ; mais sûrement elle perd de son

DE LA PUISSANCE DES IDEES. iOl

crédit sur les esprits. Seule, son impression eût été forte; mais une impression énergique et ineffaçable, celle de l'indignation qu'inspire la vue de son auxiliaire, l'a devancée ; elle a maintenant à faire à des esprits armés de prévention, qui s'obstinent à la méconnaître. Si j'avais, pour la vérité, à choisir entre deux maux, j'appellerais sur elle les plus vives persécutions plutôt qu'une protection pareille. Cette protection précaire et fortuite n'est qu'un joug, et un joug déshonorant.

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