‹ La liberté des cultesChapitre 26 sur 116 · AVANTAGES POSITIFS POUR L ETAT · texte numérisé non relu

AVANTAGES POSITIFS POUR L ETAT

autres ; mais le remède est dans la cause même de ce mal accidentel. Il y a, pour la plupart des esprits, dans la libre exploration des doctrines, un point où commence à régner le scepticisme et l'anxiété; c'est celui où l'on a acquis trop de lumières pour se contenter d'un ancien préjugé, pas assez encore pour embrasser toute la vérité. Mais l'esprit qui s'est avancé dans la route d'un libre examen, ne recule plus ; il ne peut plus reprendre ses fers ni interrompre sa course; et, après avoir franchi ce pénible défilé du doute, où toute intelligence libre a passé, il se trouve avec délices dans cette plaine unie, fertile et vaste de la foi, où l'a conduit son courage (1).

On ne peut s'empêcher d'observer, à cette occasion, que le sérieux et la solidité d'une nation se proportionnent au degré de liberté de conscience et de pensée dont elle jouit. Un peuple qui a abdiqué ses plus précieuses facultés, qui s'est dépouillé entre les mains de l'État du droit individuel d'avoir une opinion, doit devenir un peuple frivole. Toutes les questions les plus graves et les plus sublimes qui peuvent occuper une âme humaine lui étant soustraites, il n'a plus à s'occuper que des intérêts passagers de la vie et du culte des passions. Il pourra devenir admirable dans quelques arts, développer des sentiments aimables,

(1) Un examen patient et opiniâtre, une discussion franche et appro- « fondie, est, sans doute, un remède de lente opération contre* l'incrédu- « Jité ; mais il est le seul qui soit d'une e£Qcace sûre et durable, le seul « compatible avec la nature de l'esprit humain, qui ne peut obtenir la pos- « session de la vérité qu'au prix d'une lutte ouverte et persévérante avec « ses ennemis. » (Stapfeb, Premier Rapport de la Société biblique de Paris y page 83.)

A NE PAS STATUER SjUH DES CROYANCES. i 05

briller par une singulière élégance de mœurs ; mais il ne se peut pas que son âme soit profonde, car il vit étranger aux idées qui font de la vie une action sérieuse et importante. Il aura beau avoir des croyances saintes, des temples augustes, des rites solennels ; aucun dogme n'a son plein effet sur le cœur et la conscience que lorsqu'il leur a été approprié par la méditation ; tout cela s'applique à son âme et ne s'y incorjwre pas ; il n'en a pas le secret; il n'en possède pas l'esprit ; il n'en reçoit que des émotions superficielles et passagères, non une impulsion constante et uniforme. N'osant sonder le pourquoi de rien, il ne connaît bien l'importance de rien. L'autorité s'est chargée de sa croyance : il la chargerait volontiers de son patriotisme et de son esprit public; il n'en saurait a\oir. Ces précieuses dispositions de l'homme social supposent un esprit qui a beaucoup raisonné sur sa Ix)sition et sur les devoirs qu'elle emporte ; mais celui qui ne peut raisonner librement sur sa patrie céleste ne raisonne guère avec profondeur sur ses relations avec sa patrie d'ici-bas. Peuple enfant, qui joue autour de quelques mots ; peuple à qui ses jouets représentent le monde; peuple qui n'est pas vraiment peuple, {larce qu'il ne lui a jamais été permis de penser ni de sentir avec énergie. Heureuse la nation qui est demeurée souveraine de sa pensée ! Elle sent sa dignité, et elle en est trop fière pour être une nation vaine. Admis à la contemplation des perspectives inmiortelles de sa race, à l'examen de tout ce qui peut intéresser une intelligence humaine, l'homme de cette nation est

Page 1