AVEC LA LIBERTÉ
des parties du grand problème, et l'on n'en peut soulever aucune sans les soulever toutes.
Ce rapport est trop sensible et trop généralement reconnu pour que les adversaires de la liberté de conscience ne se soient pas déclarés en tout temps les ennemis de tout développement de l'intelligence. Ils n'ont pas vu de mauvais œil la culture des beaux-arts, qui entretiennent la sensibilité et qui exaltent l'imagination. Mais les études qui aiguisent l'esprit, qui font un besoin de l'examen et en réveillent l'instinct, ont été l'iAjet constant de leur aversion. Préoccupés de la fausse idée que l'examen est funeste à la foi, ils ont interdit toute élude dont l'examen est l'essence et le fondement.
Que feraient^ils de cette étude dans laquelle l'esprit, «e repliant sur lui-même, cherche à approfondir sa nature et ses actes intimes? Cette étude, qui ne suppose rien de prouvé, et qui ne peut être fondée que sur l'observation impartiale des faits, remet en problème ce que la doctrine dominante impose comme un axiome. Que feraient-ils de rhistoireî Elle n'est point l'art de fléchir les faits et de leur donner une couleur, mais de les constater ou de les exclure selon les seules lois d'une critique sévère; et elle applique, sans balancer, cette mesure aux faits qui composent l'histoire de la I religion : profanation coupable, si la religion ne peut létre l'objet d'un doute. Que feraient-ils encore des f Bciences naturelles qui vont à la recherche de l'âge du monde et de ses révolutions, sans s'inquiéter ' des documents qu'a pu fournir sur ce même sujet
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tel ou tel système religieux ? Car, quel que puisse être le véritable esprit de la religion, celui de la science est de recueillir des faits, de les constater et de les apprécier selon les lois de la logique ; d'admettre tout oe que le bon sens lui prouve, fût-elle même incapable de l'expliquer, et de rejeter tout ce qui se présente sans preuve, y eûtril même de l'attrait et de la beauté dans ces idées qu'elle est forcée d'éloigner. Voilà l'esprit de la science ; l'État qui ne veut pas de la liberté religieuse, ne peut vouloir d'une telle science, à moins qu'il ne lui plaise d'établir, avec une religion de l'État, une métaphysique, une géologie, une critique, une vérité de l'État.
Je n'en conclus pas que toute culture de l'esprit sera bannie de ce pays. Je ne parle que de ce qui nécessite et provoque directement l'examen. Les arts industriels et les beaux-arts pourront ensemble ou tour à tôur y fleurir. Les uns fixant l'esprit sur le positif plus éti^t de la vie , le détournent des hautes rêveries et ^des investigations profondes ; les autres , comme je l'ai déjà observé, absorbent la raison dans les émotionâ du cœur et les jeux de l'imagination. Il est pourtant à observer qu'au premier égard, les nations qui jouissent de la liberté religieuse, l'emporteront toujours. H y. a dans le sentiment de la liberté un stimulant actif et universel, qui rehausse le courage de l'honame en le relevant à ses propres yeux. Il en résulte une énergie morale et une vivacité de pensée qui rendent l'homme éminemment propre à l'exploitation des avantages dont la nature l'a entouré. C'est, sans doute, une des cause»
du jirodigieiix dévelop)«>inent de l'industrie et du commerce dans quelques-uns des pays chrétiens,
n est de même probable que toute application de la raison à la religion sera soigneusement écartée. Car la raison a trois offices : prouver, expliquer, inventer. Or le dernier ne saurait point trouver de place en matière de religion ; expliquer passera pour une témérité, puisque le sens des livres sacrés est arrêté comme leur texte ; prouver même est une chose peu séante, car le Hj'slèrae dominant suppose tout é\'ident, tout prouvé. Après la perte de ces libertés, que reslera-t-il de la Uberlé civile? Elle aura perdu ses deux branches les jdus fortes; le reste vaut-il la peine d'être revendiqué? Mais quand ce reste aurait quelque prix, pense-t-on qu'il pourra être conservé? Et les ennemis de la liberté te conscience et des droits de la raison, ceux qui ont ,toulu l'esclavage des plus nobles facultés, voudront-ils lie l'homme jouisse, dans un autre domaine, de la plénitude de ses droits naturels? Soulîriront-ils ce puisnn( ressort d'un régime constitutionnel, qui donne une li grande impulsion à l'esprit national, et lui fait haïr toute espèce de joug? Souffriront-ils une liberté qui Ippelle à grands cris toutes les libertés? Donneront-ils ïn droit qui met en état de réclamer tous les droits? Non, ils ne sauraient tomber dans une si gi-ande intonséqucnce. Non , s'ils nous ont ôté la liberté reliipeoBe. ils ne nous en permettront aucune autre. (Is Onl, d'un seul coup, enlevé à l'homme tiiul ce qui peut l^appelcr liberté. Cela est si vrai qu'il y a une ligue naturelle, [Hirpétuelle , entre les adversaires d'une li-