L ANCIEN TESTAMENT
triiie méconnue de son unité et les titres anlicipés du Wessie, Dieu sépara d'entre les familles de la terre une famille unique, ou plutôt un homme isolé, qui n'avait aux yeux des hommes aucun titre à cette distinction. Après avoir exercé sa foi et celle de ses descendants, et avoir, en compromettant plusieurs fois en apparence s immuables promesses, montré sa suprôrae indépendance de toutes les causes secondes, il fait rapidement [tie cette source chétive jaiUir un peuple nombreux, aiiqtiel il ménage les destinées les plus étonnantes. Il lut fait endurer de longues persécutions pour le détacher d'un pays fertile d'où il n'eût jamais désiré wrtir. Sa sortie est achetée au prix d'effroyables proïiges qui plongent dans la terreur la nation parmi lanelle il avait habile. Ce Dieu, si simple dans la nature, ne choisit ici que les voies les plus extraordinaires. Il but, pour livrer un passage à ce peuple élu, qu'une r ouvre ses abîmes, et qu'elle les referme sur les oppresseurs d'Israël. Des pays nombreux pouvaient cueillir cette colonie errante ; il faut qu'elle dépeuple I pays fertile, qu'elle chasse de\-ant elle les premiers teurs de ces contrées , et que , devenant , ce ' ble, étrangère aux sentimenis ordinaires de l'bunanilé, elle se fasse une loi de l'extermination, et un crime de la miséricorde. Quarante ans passés dans le llésert au milieu des miracles, la préparent à cette range destination ; et dans ces quarante ansd'éprem'e, ■«Jle reçoit des lois qui ne doivent jamais changer, et I qui en effet n'ont jamais subi ni addition ni retrandiement.
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Dieu fait ses conditions avec ce peuple, La lerre qu'il leur fait posséder est un fief qu'ils cultivent comme vassaux, et dont il ne leur est pas permis de se dire propriétaires. La terre ne sera point vendue absolument, dit Dieu ; car la terre est à mot. Et vous êtes étrangers et kabiianls chez moi (1). Il exige d'eux une obéissance absolue ; il prend, si j'ose le dire, la place de la conscience : cet organe qui, dans une situation ordinaire, nous transmet la voix de Dien, esl remplacé par cette voix elle-même. Celte voix parle comme la conscience, et ne dédaigne pas d'en appeler à elle ; mais elle exige aussi ce qu'elle seule peut exiger, le sacrifice des sentiments les plus naturels du cœur humain. Pour que la conduite des Hébreux dans la Palestine ne soit pas d'une horrible atrocité, il faut qu'elle soit directement commandée par Dieu même ; Dieu seul pouvait autoriser cette spoliation et ces massacres, par où il témoigne son horreur pour l'idolâtrie (2). La terre esl divisée entre les tribus ; et l'une d'elles, dépossédée de toute propriété, doit se consacrer au service des autels. La terre doit rester en friche au retour de la septième année : Dieu y pourvoit; la sixième donne des fruits à double. Le peuple n'a point d'exécuteur de la justice ; il en fait lui-même les fonctions; il venge nationalement son Dieu dans le supplice de la lapidation ; et l'office le plus abhorré devient l'office de tous. Enfin tout est sanctifié par l'ordre de Dieu : tout se fait au nom de Dieu, tout ressortit immédiatement à lui, comme à la
(1) UiUlque. XSV, as.
(3) Vorei.BurkbuIder lotérance, |Mgc B5.
lie Canaan, Locee, iellre mr la
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première et à la dernière instance ; et les moindres lois, les r^lements les plus minutieux d'ordre, de santé, de police, portent son sceau et sa signature : Car je suis V Eternel 1 Ainsi a dit l'Etemel l
Il serait aisé d'ajouter des traits à ce tableau (1). Mais, outre que ceux que nous avons cités suffisent, l'essentiel ici est de faire remarquer cette fusion extraordinaire des lois civiles, morales et religieuses, soumises à une même sanction, garanties par des peines pareilles. Un tel état de choses est horriblement tyrannique ou divin : il n'y a pas de milieu ; et de la part de la Divinité, il exige impérieusement, pour compensation et pour garantie, une si claire manifestation du Dieu qui l'a établi, que nul ne puisse raisonnablement révoquer en doute l'authenticité de ces lois et leur nature obligatoire. Or, ici le législateur n'est pas caché ; il a gravé luimême ses lois sur la pierre d'un doigt immortel ; il marche devant les armées ; il guide, dans la colonne lumineuse, la nation élue à travers le désert ; sa gloire plane comme une nuée mystérieuse dans le sanctuaire. Chose admirable! il a rendu ces signes compatibles avec l'idée de sa toute-présence : Ne remplis-je pas moi, dit-il, les deux et la terre {2)? Cette colonne, cette nuée, ce tonnerre et ces tempêtes sont des manifestations arbitraires de sa vigilance particulière, non des formes oii se plie l'éternelle essence. Et s'il y avait des doutes encore, quelle carrière de miracles! la manne du sixième jour, la double moisson de la sixième année, la terre s'entr'ouvrant sous les tentes des impies,
(1) Voyez la Note Xn. (2) Jérémie, XXIH, SA.
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les murs de Jéricho tombant au son de la trompette Israélite, l'astre des jours prolongeant sa présence sur l'horizon pour prolonger la victoire du peuple saint ; que de marques irrécusables de la présence du Souverain^ et quel monarque fut jamais plus fidèle au sol de la patrie !
Je veux conclure de ce tableau que le système théocratique a beaucoup de conséquence, parce qu'en imposant des lois extraordinaires, il les soutient par un miracle continuel, parce qu'en faisant Dieu monarque terrestre, il le fait résider sur la terre, parce qu'en rapportant tout à lui, iHe montre partout aux regards, soutient le courage par la conviction, et remplace la M par l'évidence. Si donc on nous propose le régime théocratique, il faut nous le donner tout entier avec les charges et les bénéfices; et si, dans l'état actuel des choses. Dieu ne peut être César, il ne faut point les confondre en une même personne fictive : il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. L'espèce humaine ne peut vendre sa liberté au bas prix qu'on lui offre.