AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
ÉCRIT EN 1834, APnis LA REVISION DE SON OUVRAGE.
Lorsque ce Mémoire fut composé, en 1825, l'auteur était jeune, la matière Tétait aussi. Une espèce d'instinct riioral lui fournit la' plupart des idées de cette composition; la science n'y fut presque pour rien; et l'auteur put dire à son tour : Prolem sine matre creatam.
Plus tard, la lecture, le spectacle des événements publics, une étude plus approfondie de la philosophie lui ont fait sentir vivement la faiblesse de son ouvrage ; il ne le jugeait pas même susceptible d'améliorations ; et ce n'est pas à le corriger, mais à le refaire qu'il aurait songé, à ce dessein même ne lui avait semblé au-dessus de ses forces.
Mais bien loin de le refaire, il ne pourra pas même, pressé qu'il est par d'autres travaux, . en faire disparaître les défauts les plus choquants. Il essaye à la hâte quelques corrections qu'il oserait dire considérables si le fond de l'ouvrage était moins défectueux, mais dont l'importance apparente s'évanouit presque devant tout ce qui rpste à corriger.
Toutefqis çp dé9£[voi\9L](it ^on livre comme liyrg, l'au-
teur ne le désavoue pas comme doctrine. Ses convie- * tiens principales n'ont point changé depuis la première ' apparition de l'ouvrage. Dix ans bientôt écoulés l'ont affermi dans ses croyances. 11 croit, comme en 1825, . à l'inviolabilité de la conscience, à l'égalité civile* des * cultes, à l'indépendance du droit des deux sociétés, politique et religieuse, à l'égard l'une de l'autre.
Mais, toujours prêt à soutenir ces thèses , il ne les soutiendrait plus absolument de la même manière ; et plus elles se sont affermies dans son esprit, plus il se garderait d'appeler a leur secours l'exagération et l'erreur ; plus il se ferait un devoir de rendre pleine justice à d'autres vérités qui, placées vis-à-vis d'elles, s'y peuvent tenir sans leur nuire et sans les ofïusquer.
Il n'affirmerait, plus aujourd'hui qu'aucun élément, moral, supérieur à la nécessité, n'a eu part au rapprochement mutuel des hommes et à la formation de la société. Il croirait suffisant "d'établir que la nécessité a eu la plus grande part à jce rapprochement, et que, dans tous les cas , le principe de l'association civile est essentiellement distinct de celui de l'association religieuse.
En cherchant dans l'intérêt de chacun et de tous une sanction évidente de la morale sociale, il aurait soin de distinguer de cette sanction la source même de la morale sociale. Car si le pouvoir n'en peut invoquer l'ob- . servation qu'au nom des intérêts généraux et individuels, ce ne sont pourtant pas ces intérêts qui l'ont créée, l'idée de devoir ne pouvant jamais s'attacher à une morale qui serait une pure invention de la poli-
tique humaine. Il est psychologiquement impossible de concevoir les notions du juste et de l'injuste naissant des calculs de l'inlJ-r^t,
Il énoncerait d'une manière moins absolue une autre thèse, qui confine k la précédente, et qui réduit l'Llat ou -le gouvernement civil à un rôle purement matériel. Il doute aujourd'hui que ce rôle ainsi conçu soit assorti à la nature humaine et au véritable intérêt des sociétés. De tout tamps les hommes ont éprouiié le besoin de voir sous un autre aspect la puissance qui les gouvernait. L'admiration , une soumission filiale, une confiance fraternelle ont été tour à tour la base des rapports politiques dans les pays où le despotisme n'avait pas tout abruti. Même sous le despotisme, la crainte a voulu ôlre religieuse, comme si la dignité humaine n'eût pu jamais se prostituer entièrement. L'abstraction seule a pu concevoir d'autres rapports. Elle seule a pu fonder les institutions sociales sur la défiance, Maie il ne faut pas s'y tromper : cette abstraction elle- 'mêmeest un résultat des faits; car les théories sociales ont une origine moins logique qu'historique. Elles sont de£ sentiments, des besoins, avant d'être des théories. Une fois formulées , elles renient leur mère , qui est la nécessité, pour ne reconnaître que leur nourrice, qui est la philosophie. Ainsi est né le système de la liberté moderne. L'ancienne foi politique s'étanl usée, la défiance a pris sa place, et, à peine arrivée, s'est empressée de se faire un établissement scientifique. Telle est maintenant, dans les états qui [Missent pur les plus avancés dans la civilisation, l'idée première des insli-
^ AVBRTlfiSBlISNT.
tutions sociales. L'expérience nous apprendra jusqu'à quel point une société peut vivre de cet élément-là.
Aujourd'hui, tout en continuant à professer l'opinion que les particuliers doivent se soucier du bien public et faire entrer dans la sphère de leur sollicitude et de leur activité beaucoup d'objets dont l'ancien ordre de choses faisait exclusivement l'affaire de l'État, l'auteur ne peut plus concevoir comme l'idéal de l'institution politique un système où le gouvernement se dessaisirait entièrement des attributions paternelles pour n'être plus que le premier commissaire de police de la nation. Une confiance mutuelle est la vie des rapports politiques aussi bien que des relations sociales ; l'attachement cordial du pouvoir pour les administrés et de ceux-ci pour le pouvoir qui les gouverne, a une force que la théorie abstraite des droits n'aura jamais ; cette dernière théorie, poussée à ses dernières conséquences, se réduit à l'individualisme pur, selon lequel l'individu n'existe pas pour la société, mais la société pour l'individu ; la société se dessèche alors et se pulvérise ; et lé vent aurait bientôt emporté cette poussière, si l'esprit xeligieux ne venait l'humecter, pour ainsi dire, et la transformer en un ciment compacte ; mais aussi quand cet esprit religieux vient opposer sa force à la consomption de la société, il enseigne aux peuples que l'institution du pouvoir politique est divine, comme le mariage et la paternité, et il pénètre le pouvoir d'un sentiment de responsabilité morale proportionné à celui de la solidité de son établissement. La nation, de nouveau, devient une feimille, l'individualisme s'absorbe, l'idée 4u
ÀVEKTUSEHE»!. i^
devoir s'élève au niveau de l'idée du di-oil, et la sociélé vit à la fois d'une vie humaine et divine.
Tout cela, j'en conviens, n'est guère de nature à s'écrire dans une charte. C'est un fait tout moral, c'est la constitution morale d'un peuple, c'est son tempérament; mais si ce n'est pas une charte, c'est mieux ; c'est la vie de la charte, quand le peuple en a une; c'est le eupplément de la charfe, quand le peuple n'en a point. En vain nous nous flatterions d'un progrès définitif, à la vue des constitutions qui surgissent de toutes parts ; c'est une transition, mais ce n'est quecela. Pas plus que la confiance entre les individus ne peut élre avantageusement remplacée par des contrats écrits, signés et scelléô, pas plus la vie politique ne peut être garantie par des chartes. Elles prouvent, au contraire, comme tous les ctaitrats, que la confiance n'existe pas ; el le but de tous nos efforts devrait être de les rendre toujours moins nécessaires, et finalement tout à fait JDuliles. Les chartes ne wnt que les étais provisoires d'uD édifice mal fondé.
Ces réflexions sont si loin de contester la nécessité |)ré8ente et le mérite de-s constitutions écrites, qu'au eonlniire elles nous en semblent la justificalion. Seulement nous n'avons pas pu voir dans ces chartes, et (Une l'étal de choses qu'elles caractérisent, le caractère, te sceau de la civilisation véritable, ni le dernier terme des perfectionnements .sociaux. Mais soit sous le régime dm diarles, soit sous tout autre, nous ne reconnaissons à aucun pouvoir politique le droit de lutelle et de direcr liou d'un culUi parljculiei' ; ce droit que nous refusons
à la souveraineté populaire, comment raccorderionsnous à quelque autre pouvoir? Quelque idée qu'on se fasse de l'association politique et des bases de son administration, la liberté de conscience et de culte demeure toujours hors de la question ; car, dans quelque hypothèse que ce soit, il est impossible de concevoir le moindre rapport entre la science politique et .celle de l'infini, entre la poUtique et la foi du cœur, entre la police et la conscience. C'est là seulement, je veux dire dans les profondeurs de la conscience, que commence le droit de l'individualisme, droit absolu, droit exclusif, qui ne compte et qui ne partage qu'avec Dieu. ^
Mais, dira-tron, vous voulez que l'établissement politique soit vivifié par l'affection, vous élevez le gouvernement jusqu'à la dignité paternelle et par conséquent à la surveillance, à la gestion même des intérêts moraux ; et le premier de ces intérêts, le développement religieux, vous persistez à lui en retirer l'administration ! Quel sera pourtant le lien de cette union mystique entre la nation et le pouvoir, si ce n'est la religion? la religion seule capable de prononcer sur cet hymen comme sur tout autre une vraie bénédiction nuptiale ? Que mettezvous entre le peuple et ses chefs, si vous ne voulez pas y mettre le Dieu fort? Nous répondons qu'il s'y mettra bien lui-même. Il n'est pas besoin que l'État s'en mêle. Rien n'intimide ou ne dénature le sentiment religieux comme le contact du pouvoir civil. La religion, entre ses mains, devient inévitablement une. police. La conscience effarouchée se retire en elle-même, se crée dans le secret une religion qui ne soit qu'à elle, laissant aux
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âmes sans profondeur la relifiiuii de forme, ou les formes de la religion. Libre, au contraire, de tout contact impur, le sentiment religieux s'épanche abondamment dans la vie et dans la société, pénètre les masses, filtre jusqu'au pouvoir, forme une nation chrétienne, un i gouvernement chrétien, sans convention et sans con- I trat ; le pouvoir s'imbibe et se teint des convictions pu- ^ bliques ; il est aussi l'expression de la société sous ce rapport le plus précieux de tous ; sa morale est chrétienne, sa politique est chrétienne, pai-ce que les mœurs ont éci'it cette nécessité dans son mandat; on le voit dans ses mesures, dans ses décrets, partir des convictions publiques ; et aucune liberté n'en souffre ; car les mêmes hommes qui se refuseraient au joug du dogme chrétien, ne sauraient trouver mauvais (|u'on leur impose la morale chrétienne, le patriotisme chrétien, qui sont dans l'obligation et dans l'intérêt de tous. Ainsi la chaleur chrétienne s'est répandue dans les veines de l'État, non comme une chaleur artificielle et empruntée, mais comme une chaleur intérieure, naturelle et vitale ; et nous revenons par un détour apparent, qui est le vrai chemin, au système de la religion de l'Etat, lequel, dans un autre sens, nous avions repoussé de toutes nos forces.
L'auteur n'a plus qu'une remaniue à faire. Un critique de la communion catholique lui a reproché am&rement ce qu'il a dit, dans la seconde partie de l'ouvligc, sur les bons effets de la concurrence des religions. 11 convient très volontiers qu'il vaudrait mieux qu'il n'y eût qu'une seule religion dans le monde, et que
ce fût la vraie. Mais nous n'en sommes pas là. Si même il était possible qu'une communion eût de son côté toute la vérité dogmatique, elle n'aurait^pahs pour celai toute la vérité pratique. La vérité, sous ces deux rapports, sera longtemps encore, sera toujours peufc-êtrèy. distribuée dans une proportion variable entre les di^ verses communautés religieuses ; l'une pourra être surpassée par l'autre à certain égard, et, à son tour, la surpasser à tel autre égard. Or, à Dieu ne plaise que ndufr proposions à aucune d'elles de prendre l'émulation potit mobile ; mais il nous est bien permis de reconnaître m fait que cette émulation ne manque pas de naître entre deux communautés qui s'avoisinent et qui se disputetit le terrain ; et nous pouvons bien partir de ce fait pour répondre aux politiques qu'effraye une diversité de religions sur un même sol, que de cette diversité même il naîtra de bons fruits sociaux, attendu qu'à égalité de moyens extérieurs ou de nullité politique, chacune de ces communautés ne peut s'annoncer favorablement au monde, et se recommander à son attention, que par ses œuvres, c'est-à-dire par des vertus sociales. Voilà, si je ne me trompe, le scandale levé.
Bien avant que l'important sujet que j'essaye de traiter devînt l'objet d'un concours, je m'occupais à rassembler les idées relatives à cette cause sainte, qu'un citoyen mourant a invité ses concitoyens à défendre. Lorsque la Société de la Morale chrétienne a fait, selon le vœu de M. le comte Lambrechts, un appel aux amis de la vérité, j'ai senti comme une vocation à entreprendre un combat où, dès longtemps, m'engageaient les plus profondes convictions de mon esprit et les sentiments les plus invincibles de mon cœur. Plein de foi, j'ose le dire, à la nécessité, à l'inviolable sainteté de cette liberté des cultes, en me présentant pour la défendre,* ce n'est pas une question académique pour laquelle je m'éprends à la vue soudaine d'une couronne, c'est ma croyance la plus intime que je veux maintenir, c'est le besoin du genre humain que je réclame.
Cette inaltérable et vive persuasion me fait probablement illusion sur ma faiblesse. Mais du moins elle a pour moi cet avantage, que, plus amoureux de la vérité même qu'avide du succès, j'ai de quoi me consoler amplement d'avoir échoué dans une entreprise que, depuis longtemps, je considère comme sainte. Certain qu'une vérité à laquelle sont attachées les es-
pérances des nations et la propagation du règne de Dieu aura été dignement défendue, je regretterai moins de n'en avoir pas été l'organe préféré, et les travaux auxquels je me serai livré, inutiles pour le public, ne sauraient l'être pour moi, puisqu'ils auront fortifié dans mon cœur le zèle pour cette cause, au triomphe de laquelle je sacrifierais plus qu'une couronne académique.
Ce sujet de la Liberté des Cultes soulève un ensemble de questions bien plus vaste que ces mots ne semblent d'abord l'indiquer. On ne peut s'enquérir des fondements de cette liberté sans être conduit à remonter aux principes de toute organisation religieuse, à étudier les rapports mutuels de l'Église et de l'État, et la nature des sociétés désignées par ces deux noms. On ne sera donc point surpris que le travail que je présente renferme un traité de la nature respective et des relations mutuelles de la société religieuse et de la société civile. On devra s'attendre aussi que je développe la théorie dans toute sa rigueur, c'es1>à-dire en ne faisant grâce d'aucune des conséquences qui se déduisent logiquement des bases que j'aurai posées. Plier la rigueur du raisonnement aux défectuosités de la pratique, n'est pas ce qu'on attend de ceux qui entreprennent cet important plaidoyer. On sait bien que de cette manière ils n'atteindraient aucun but raisonnable, des principes n'ayant quelque prix que par leur rigueur et leur fixité, et la vérité prise en elle-même n'admettant aucun tempérament. Je n'ai jamais compris cette espèce de dédain qu'on affecte de nos jçurs
pour la lliéorie, qu'on oppose sans cesse à la pratique, comme à son contraste naturel. Il est \Tai que lorsque les puissants se sont emparés de toutes les réalités, et sont les maîtres de la pratique, la théorie devient le refuge, la consolation et le rêve des faibles (1). Néanmoins, ce qu'on appelle la théorie n'est autre chose que la vérité même; la théorie est inflexible comme la vérité, et la dérision superbe de ceux qui n'ont pas besoin d'elle pour autoriser leurs prétentions, ne lui ôte rien de ses droits ni de son autorité; elle survit à toutes les usurpations de la -violence et à tous les sophismes de l'injustice; et, au fort des abus, au sein même du désordre, elle se présente avec majesté comme le type indélébile de tout ce qui doit être. Elle a son trône dans la raison et dans la conscience, puissances pour lesquelles il n'y a ni exhérédalion ni prescription. Mais qu'on ne la croie pas intolérante comme les passions humaines. Ses avocats, qui n'ont pas le droit de céder un seul de ses titres, savent temporiser, attendre, espérer pour elle. Ils ne veulent pas qu'un désordre qui s'est organisé en quelque sorte, et a revêtu quelques-uns des raractères de l'ordre, fasse place à la confusion la plus extrême, à un bouleversement total, pour que les principes qu'ils sont chargés de faire valoir reçoivent subitement leur entière applicsliou. Et, [wr exemple, dans le sujet que nous allons traiter, nous ne demandons point que l'organisation religieuse de la vieille Europe soit tout d'un coup
■ Conlinuonf est le mot de l'iiouiitio qtil posstcic ei ([Ui Jouit : eiaw «n le erl (le celui par qui t'onpossËOcelquIsouerre. n (DrPkadt.)
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élevée au niveau des principes que nous aurons établis ; mais nous souhaitons que ces principes deviennent le terme "vers lequel tende progressivement la société ; en sorte que, après avoir supprimé tout ce qui est visiblement injuste et vexatoire, on arrive peu à peu à un état de choses où l'injustice même ne sera plus possible, parce que les droits ne seront plus en conflit.
Il y a eu, en divers temps, des tentatives pour procurer la liberté religieuse ; mais, comme elles avaient exclusivement pour objet les intérêts d'une Église particulière, et qu'elles ne reposaient point sur des principes généraux de Kberté, elles n'ont point produit de grands résultats. Chaque secte réclamait la liberté, e* l'on peut douter qu'elle eût été fort*disposée à l'accor^ der à son tour. Sa position seule la portait à faire valoir certains arguments qu'elle eût trouvés bien erronés si elle eût été la plus puissante. Devenue corps indépen^dant, elle adoptait bientôt dans son sein les mêmes mesures dentelle avait souffert. Ainsi des circonstances différentes en faisaient successivement l'apologiste et l'adversaire des mêmes principes. Aujourd'hui l'esprit humain a fait des progrès qui permettent d'espérer que la question sera bien entendue et bien traitée ; et la liberté religieuse ayant, à la faveur tie la force des choses, passé dans les lois, il doit être plus facile de la faire passer dans les esprits. Cet événement est un grand argument ; la paix publique cimentée par cette transaction, est un fait bien favorable à la cause de la liberté religieuse. Le moment est donc propice pour
plaider cette cause, qui n'est pas encore gagnée., quoique les lois se soient prononcées pour elle, mais qui est plus près de l'être, par cela seul que les lois ne s'opposent plus à ce qu'on la plaide. Ce n'est pas un parti ^ opprimé qui soulève cette question dans son intérêt particulier. Dernière pensée d'un mourant qui cessait d'avoir rien de commun avec ce monde, la défense de la liberté religieuse est mise au concours par une société isolée de tous les partis, et qui réunit dans son sein les membres de plusieurs communions chrétiennés. Tout est favorable dans ces circonstances. Puissent le zèle et la force des défenseurs ne pas manquer seuls au milieu de conjonctures si propices !
Un mémoire en faveur de la liberté des cultes peut facilement revêtir une forme polémique. Les occasions dans un tel sujet ne sauraient manquer à un amateur de controverse : il pourrait même, en laissant de côté ceux qui, de nos jours, se déclarent les ennemis de cette liberté, parce que toute liberté leur est odieuse, attaquer de plus dignes adversaires, et réfuter des objections plus spécieuses. Les raisonnements d'Edmond
Burke et de Paley, en faveur de l'autorité de l'Eglise établie, seraient bien dignes d'examen. Cependant il m'a paru que cette entreprise ne se conciliait ni avec les bornes, ni avec la nature d'un travail comme celuici. En toutes choses il me semble qu'établir solidement la vérité sur les bases qui lui sont propres, vaut mieux que réfuter laborieusement des objections que les preuves positives doivent prévenir. Quant aux adversaires de la liberté religieuse qu'on représente comme les
plus redoutables, parce qu'ils sont les plus violents, toute discussion avec eux eût été sans fruit. Avant de discuter avec quelqu'un, il faut s'assurer que l'on a, dans l'enceinte de la question, quelque grand principe en commun avec lui : s'il n'est pas sous le même horizon, il ne peut pas voir le même ciel.