‹ La liberté des cultesChapitre 40 sur 116 · CARACTÈRE PROVISOIRE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE PROVISOIRE

ailleurs que dans sa conscience et dans sa raison, le plan de Dieu est accompli par ces facultés, et non autrement. Ce plan ne saurait être, du moins essentiellement, que le corps de l'homme demeure exempt de toute maladie ; il n'entre pas non plus dans ce plan que les volontés particulières de Dieu soient exécutées par l'homme de la même manière que par le corps inorganique, ou par la brute. L'accomplissement matérieldes lois de Dieu n'est pas essentiellement l'objet des lois qu'il a imposées à la créature morale ; ces lois sont toutes subordonnées à une loi suprême, la soumission de la conscience, en vertu de l'assentiment de la raison. En moins de mots, l'Être suprême demande à l'homme son cœur. Tous les dons de Dieu doivent retourner à Dieu, comme toutes les pluies du ciel retournent au ciel. Toute activité est tributaire du Créateur; toute force doit avoir pour terme sa gloire. Or, si l'homme n'a rien de plus excellent que son cœur, ne doit-il pas à Dieu l'hommage de son cœur?

Mais cet hommage du cœur est inséparable de la liberté. Si l'homme était soumis à des lois pareilles à celles qui régissent la pierre et l'animal, il n'y aurait point d'hommage du cœur possible. Plus la liberté sera grande, plus l'hommage du cœur aura de réalité et de prix, et plus la créature aura développé le degré de perfection où il lui est donné d'atteindre. Il entre donc dans les vues de l'Être suprême d'assurer à l'homme le plus haut degré de liberté, afin de lui faire atteindre le plus haut point de perfection. La perfection sera toujours proportionnée à la liberté.

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ïl est vrai que la liberté ne suftil pas; il faut enbore des forces. Nous avons déjà fait mention des forces wrimitives, inhérentes à chaque être, et qui constituent I nature. Mais le don de la liberté établit une grande iifférence entre l'homme et le reste des èlres. Ceux-ci fte peuvent perdre leur nature sans une dispensation particulière de leur Créateur, Mais l'homme, en faisant on mauvais usage de sa liberté (et l'idée même de lilerté enferme l'idée qu'il peut en user mal), l'homme peut altérer ses facultés morales , réduire ses forces, «rrompre sa nature. Il peut même la corrompre au loînt de se rendre tout à fait inhabile à remplir les lies de son Créateur. Ici se présente la nécessité d'une istâuration, c'est-à-dire du don d'une nouvelle pro- Hsion de forces.

Si ces nouvelles forces lui sont communiquées, il urra en faire un tel usage, qu'il pai-vienne à cette lerfection pour laquelle obtenir, les premières lui Ivaient élé données. Mais, loin que ces forces puissent »rter préjudice a la liberté, la liberté est la condition ! leur développement. Dans ce nouvel état, comme lans le premier, c'est toujours l'hommage du cœur [ue Dieu demande et qu'il attend, et cet hommage le peut avoir lieu sans la liberté.

Noua consentons à admettre un état provisoire par lequel Dieu soumet la créature morale à un régime SîfTërent de celui que nous venons d'expliquer. Mais B régime ne saurait être le but, les exigences de Dieu 'fc l'égard de l'homme ne pouvant être satisfaites que I^ïrsqu'une pleine liberté a garanti une vraie perfeo-

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tion. Sous le régime que nous aimons à représenter comme définitif et permanent, Dieu ne conduit la créature que par des moyens moraux. Sans doute il feit usage avec elle de ces deux puissants leviers, la a*ainte et l'espéranee ; mais il recule la perspective des châtiments et des récompenses, et ne rend ni les uns m les autres tellement évidente et palpables que la créature ne puisse balancer. Il ne tranche point par de frappantes différences la carrière terrestre des bons et des méchants. Il cache derrière la nuée sa main divine. C'est par l'amour qu'il produit l'amour. Ifo bienfait inouï invite de sa part le cœur humain à une reconnaissance sans bornes. Il daigne nous enseigner, se faire notre instituteur pour nous amener à lui ; il raisonne avec nous, il écoute, il répond, il se prêche lui-même. Il pourrait faire éclater à nos yeux éblouis les rayons de sa gloire ; il pourrait nous inonder d'évidence ; mais c'est par la persuasion qu'il veut entrer dans nos cœurs : une âme ainsi gagnée a plus de prix à ses yeux qu'un monde entier qu'il aurait mis dajis l'impossibilité, dirai-je heureuse ou malheureuse, de douter ou de choisir.

Si Dieu soumettait l'homme à un autre gouvernement, il serait bien difficile de s'expliquer l'existence de cette créature immortelle, douée de si sublimes facultés. On ne concevrait pas que ce Dieu, qui réuiïit toujours la simplicité des moyens à la grandeur du but, €Ût ici tellement dévié de son caractère, qu'il eût fait des frais si considérables pour l'homme sans y proportionner le reste de sa conduite. Une créature

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morale, placée sous un autre régime que celui de la liberté, serait une anomalie inconcevable ; et j'ose dire que Ton comprendrait mieux l'existence de la brute que celle de l'homme. Ainsi, dans la création, tout, jusqu'au moindre insecte , rendrait hommage à la sagesse de Dieu, et l'existence de l'homme seul s' élèverait en témoignage ox)ntre cette sagesse éternelle. Roi dégradé de la nature, il ne serait distingué de ses sujets par aucun privilège, ou plutôt il prendrait place au-dessous de tous les êtres, qui tous offriraient une parfaite harmonie entre leurs facultés et leur destination, tandis que chez lui cette proportion serait absolument rompue.

J'en viens à dire que si Dieu a jugé à propos d'instituer le régime théocratique , qui est une suspension de la liberté, ce ne peut avoir été que pour un temps, et dans des vues favorables à cette liberté même, et, pour particulariser davantage, que le système théocratique n'a pas dû dépasser les temps qui ont précédé la venue du Messie ; et le christianisme, loin d'en être le rétablissement, en a été au contraire l'abolition solennelle.

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