CHAPITRE XVI
SUITE DU PRÉCÉDENT
Nouveau Testament.
Les institutions religieuses de Dieu ont suivi une période de développements que Ton peut comparer aux
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âges de la vie humaine. Retenu d'abord par une lisière dans sa jnarche chancelante, le peuple de Dieu vit peu à peu se relâcher ces liens étroits, nécessaires dans les premiers temps de sa laborieuse éducation. Déjà sous les prophètes on sent quelque chose de plus libéral, si j'ose parler ainsi, que souslegouvernementdeMoïse(l). Leurs écrits se sentent de l'approche d'une nouvelle économie ; et sur leurs fronts inspirés brille comme un doux reflet des rayons du Messie. Rien n'est retranché des observances de la loi ; le culte extérieur est le même ; mais les interprètes de la sagesse d'en haut insistent toujours davantage sur le culte de l'amour, qui doit être Tâme du premier. Plusieurs font ressortir avec énergie la vanité d'un service qui n'est que des lèvres et de la main , et où l'âme reste étrangère. Ils prophétisent la venue de celui qui doit faire sortir les prisonniers du lieu où on les tient enfermés (2), et qui régnera, non plus par la force extérieure, mais par une langue savante (3), c'est-à-dire par la persuasion ; ils annoncent cet homme de langueur, qui, devant régner par ses souffrances, et enrichir le monde par sa pauvreté, n'aura sûrement aucune puissance matérielle (4) ; ils annoncent la naissance spirituelle d'un peuple dont la seule gloire sera d'avoir sur lui l'esprit du ciel, et dans sa bouche les paroles du Seigneur (5), d'un peuple qui sera appelé d'un nouveau nom (6), d'un peuple enfin qui sera caractérisé par le titre remar-
(1) C'est-à-dire que la religion se développe et mûrit au sein delà légis^ lation, jusqu'à la faire éclater.
(2) Ésaïe, XUI, 7. (3) Ésaïe, L, 4- (4) Ésaïe, LHI. (5) Ésale, UX, 21. (6) Ésale, LXH, 2.
I NOUYEAl' TESTAMENT,
|uable de peuple de franrhe volonté [i). Des siècles à 'avance, le judaïsme se prosterne devant l'ombre que 'Évangile projette jusqu'à lui, et les pontifes et les rois IPIsraël sont les hérauts de la glorieuse révolution qui î prépare.
Enfin paraît le roi promis à Israël, non point tel que See le figurent des pharisiens charnels, mais tel qu'il fut -jMMphétisé. Une couronne d"or ne charge point sa tête, qui ne sera couronnée qu'au dernier jour, et d'épines seulement. Né dans l'humble asile des animaux des efaamps, fugitif dès les premiers jours de sa vie, nourri I pain de l'indigence, la chaumière du pauvre lui îTt de palais, et les pauvres forment sa cour. Descenlant de David, il ne rappelle son origine que pour rendre hommage aux prophéties ; du reste, il fuit les lonneurs que ce titre auguste appelle sur sa tête ; il se iérobe à l'enthousiasme de la multitude, à laquelle il pecommande l'obéissance à ses chefs et aux lois. Il ne feut pas forcer la foi par des miracles ; il veut que la foi ; précède, et sa parole produit cette foi qui sauve. II n'affecte point de supplanter les interprètes de la parole divine et de mépriser les ordonnances qu'ils maintîenmt avec scrupule. Il exhorte ses amis à accomplir nie la loi ; la sienne ne doit commencer que quand I ne sera plus. Rien en lui n'annonce l'amour du pou- . Il ne cultive point l'art vulgaire de capter la fareurdu peuple par une conduite habilement calculée^ Q ue fait rien pour retenir la foule ; au moment oii elle le autour de lui, une parole stivère de sa bouche (t] Phudic ex, 3.
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disperse ces flots d'admirateurs. Il se fie^ non point aux adroits artifices d'une éloquence qu'il néglige^ mais à la force de la vérité qui réside en lui, et dont il est la source inépuisable. Son règne n'utpàê 4$ é$ monde ; il le dit lui-même, et par là il détourne les yew de ses disciples de ce monde visible, où quelque» Ters de terre s'enorgueillissent d'un pouvoir éj^mère, p6nm les porter sur ce monde des esprits, dont l'empire et k direction lui ont été donnés. Il laisse le monde matâîel tel qu'il est ; il laisse le sceptre aux mains des rois, le glaive des lois aux mains des juges ; que lui imp(»rteAt ces formes conventionnelles et extérieures î son dessein est plus grand, il veut régner sur l'âme de ces rois ^ régnent sur les peuples, et des peuples qui leur db^»sent : au prix de cet empire, tout autre ne lui est rien(i).
Voilà le législateur des chrétiens ; et si vous l'entottrez d'un cortège d'apôtres qu'il envoie, sans protecti<m et sans secours, annoncer aux villes de la Judée la paix et la justice de Dieu, vous aurez tous les éléments de son rôle de roi, et vous vous demanderez si cette pauvreté volontaire, cette renonciation à un titre imposajxt, cette fuite des honneurs, cette recherche de tout ce que le monde évite, ne caractérisent pas un souverain spirituel et ne sont pas un type de la spiritualité de l'institution qu'il est venu fonder.
Mais regardez encore à l'institution même : vient-il donner des lois plus sévères que celles de Moïse, élever
(1) Herder a également tu dans la Tie de Jésus un argument en favtv de la liberté de conscience. Voyez Herder*s Briefe das Studium der jF%eologie betreffend, 16t«r Brief,
OOCTHINE Dll NODVfiAr TESTAMENT.
'un lemple plus magnifique que celui de Salomonï Non. il vient annoncer la loi des lois, qui est l'amour, et fonder dans le cœur des croyants des tenaples invisibles et immortels. Liberté est le mot qu'on voit écrit sur la bannière de ce conquérant; mais quelle est la liberté qu'il annonce? non point celle qui s'afli-anchil du joug des lois humaines et de l'empire des lois morales; la I ibertê qu'il vient vendre au monde est celle de l'homme alors qu'il entre dans sa majorité ; c'est la liberté de ne plus eonsuller que sa conscience, et de ne répondre I qu'à Dieu de ses rapports avec Dieu. C'est cette liberté ■ «pli assujettit l'homme à de plus importantes obligar lions ; c'est cette liberté qui le rend esclave, glorieusement esclave de sa raison. Il substitue à toutes les lois parliculi^es l'esprit de ces lois ; il en pénètre ses disciples, et n'exige rien d'eux que de reproduire cet esprit dan» toute leur conduite. Dès lors leurs mains sont libres, mais leur âme est liée, hée par tous les senti- I ments qui peuvent attacher l'homme à son Dieu.
Ce n'est pas un ou quelques passages formels de '. l'Évangile qui nous révèlent ce caractère de la nouvelle loi. Il n'y en a pas même un seul qui proclame i expressément la liberté de const^jence. Mais elle est écrite partout dans ce divin livre , puisque partout le «Ile volonlaire du cœur, le culte en esprit et en venté eM présenté comme la condition de la nouvelle alliance. L'Évangile tout entier, et par le fait seul de wn existence, annonce cette noble vérité. L'Évangile est une bonne nouvelle, la nouvelle de la réhabiUlalion de l'espèce bumaine élevée au culte de l'amour.
\4Â DOCTRIMS DU NOUVEAU TBaTAMIIIT.
Que l'œil d'une fausse orthodoxie et d'une étroite exégèse refuse de lire dans ce message divin la proclamation de la liberté : le livre entier repousse ces assertioiis imprudentes. A la base, sur le front, au faîte de l'édifice majestueux élevé par le Christ, partout brille ce mot qui réjouit l'espèce humaine dégradée : Libebté ! Si la liberté de conscience n'est pas concédée, que de passages perdent leur sens et demeurent sans application ! Examinez toutes choses, et retenez ce qui est ban (1) ; mais l'examen est refusé. Vous ne sapez de quel esprit votAS êtes animés (2), dit le céleste Médiateur à des disciples qui lui demandent des supplices contre l'incrédulité; mais cet esprit est celui-là même dont l'intolérance est animée. Ayez soin d'entretenir VuniU de V esprit par le lien de la paix (3); mais c'est par la guerre qu'on veut parvenir à l'unité. Le règne de Dieu ne viendra point avec éclat, et Von ne dira point: Le voici qui est ici, ou le voilà qui est là (4) ; mais on nous dit : « Ce règne est ici, et hors de cette enceinte il n'y a que des rebelles qu'il faut réduire et punir.» Jésus- Christ dit à Pierre, qui le défendait avec l'épée : jR«mets ton épée dans le fourreau (5) et l'on fait parler ainsi l'Église de Jésus-Christ : « Tirez l'épée, non-seulement pour me défendre contre mes ennemis, mais pour les attaquer et les réduire. » Jésus-Christ a dit à ses disciples, en les envoyant dans le monde : Je vous e»-
(1) Première Épttre aux Thessaloniciens, V, 21.
(2) Évangile selon saint Luc, IX, 55.
(3) Épitre aux Épbésiens, IV, 3.
(4) ÉYangile selon saint Luc, XVII, 20, 21.
(5) Évangile selon salut Matthieu, XXVI, 52,
MÎCTBISE DU SOCTKAr TBSTiMRNT. d-ilt
^-«K>ie comme des brebis au milieu des loups(l); mais il de- "%-ail leur dire; « Je vous enyuie comme des loups au Boiilieu des brebis, » Jésus-Christ leur a dit encore : Vous serez haïs de tous à cause de mon nom (2) ; mais il dcvail leur dire ; « Vous haïrez tout le monde h cause de mon nom. « Saint Paul a dit : Les armes de notre milice ne sont pas charnelles (3); il se trompait : les BTiiies' de ta milice chrétienne doivent &tre les mêmes que celles avec lesquelles combattent les rois de la "terre. J'ai voulu, dit le Sauveur à la cité de Jérusalem, rassembler tes enfants comme une poule rassemble ■H poussins tous ses ailes (4) ; il devait dire : « comme Bui aigle rassemble sa proie dans ses serres. » Ainsi ide chacune des pages de l'Évangile partent des déinenlis solennels contre les adversaires de la liberté de {Conscience. Ainsi, il faut couvrir, déchirer chacune de «es pages (wur faire disparaître ce grand et divin prin- Kipe.
Qu'on veuille donc seulement ou\Tir les yeux ; car ici tout est lumière. Les choses vieilles sont passées ; Soici, Jésus-Christ nous annonce des choses nouvelles. A sa voix tombe l'échafaudage imposant, mais temporaire de la loi. L'édifice qu'il servait à construire le remplace, et se montre aux regards de l'univers. C'est le régime de la foi substitué à celui de la loi. Avec t oombien d'application et de force les apôtres n'ont-ils 1 pas signalé cette révolution! Saint Paul y revient sans
(Il ÊTanglleMlon saliii Hatlbieu, X, (6. [3] Bid. X, ii. (3) D«uiltDie Épure aux CorIntbieuB, X, &. Ut BnDBlle «elon ulni Matlbieu, XXUI, 37,
150 DOCXaiNB DU MO(JV£A0 TBSIAlttMT.
cesse ; saint Jean ramène tout à l'amour ; saint Jacques signale la hi parfaite, qui est la loi de h liberté (i). Qu'on lise avec attention leurs écrits et Thistoire évangélique : y trouvera-t-on un autre principe que la fei, un autre culte recommandé que celui du cœurî et tout cela ne suppose-t-il pas nécessairement la liberté î Allons sous la croix au moment du divin sacnfioe ; éeou* tons les dernières paroles de l'Agneau mourant : Tout eit consommé {2), dit-il. Eh! quoi, tout est consommé I et je ne vois ni hiérarchie, ni clergé constitué, ni .^liae dotée, ni culte reconnu par l'État. Quelques particu*liers, au milieu d'un peuple qui les déteste, professant l'amour du Nazaréen crucifié, se réunissent pour k prier, exercent la bienfaisance en son nom, et tout eit consommé! Oui, sans doute, car de cette woix est partie la lumière , de ces plaies sanglantes a coulé Ja vie sur l'espèce humaine dégradée ; cette mort «crée a redonné au monde le trésor de la foi, de l'espécttuce et de la diarité : Tout têt comomméi^).