CHAPITRE XVn
SIOTIE DU FRiCÉDSl«T.
A ce tableau dé la vie et du ministère du Sauveur,
nous demandons qu'on joigne les réflexions suivantes :
Premièrement, si l'^Évangile n'était qu'une seconde
(1) Épitre de siint Jacques, I/I5.
(2) Évangile selon saint Je«D, XHC, 90.
(3) Voyei la Note xm.
KOLTEiU TESTAMENT, loi
édition du Code des Hébreux, une seconde institution de la théocratie, je demande à quoi bon Dieu lui-même descead-il sur la terre et se fait-il en personne le projiliète de sa propre loi î Quoi 1 pour établir la première * I alliance, il suffit de Moïse ; et pour fonder une institution toute semblable par son principe, il faut que la Divinité elle-même habite un corps mortel, et habile parmi les hommes ! La suprême dignité du législateur n*annonce-t-elle pas une loi d'un ordre tout diffirenfî et ne doifi-je attendre de ce Dieu manifesté en chair que des ordonnances pareilles à celles que Moïse douna de ■sa part aux Hébreux? En vain l'on dira que ces ordon- I oiances ne sont pas les mêmes; je ne saurais concevoir 1 troisième régime à côté des deux gouvernements l-4]ue j'ai expliqués. Ou l'homme est encore dans l'en- ' iance, ainsi que les desseins de Dieu, et alors pourquoi ■»oeUe révélation nouvelle? ou les desseins de Dieu ont atteint leur maturité, et l'empire de la Loi a fini. Si ce r^me est encore un régime d'attente, d'oij vient {[ue le ciel a fait de si grands frais pour l'annoncer et l'éta- Wirî s'il en doit être institué plus lard un dernier et défiailif, qui en sera le ministre, le garant, le fondateur? Le ciel a donné tout ce qu'il pouvait donner. Où sont lea plansde Dieu, où sont ses promesses, où est sa gloire, si le régime de liberté ne peut s'établir parmi ses créatures «orales, s'il ne peut être adoré en esprit et en vérité, 41 Moe démarche, un don de qui la grandeur confond rUitelligence, si le sacrifice volontaire de l'Homrae-Dieu ne «lOH point {tour accomplir les destinées humai OÙ cet la puiesaDoe de Dieu, >si son fils n'a pu établir
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au prix de son sang le règne de l'amour, et si les liens d'une obéissance servile et craintive doivent à jamais enchaîner ceux en qui il est venu créer un nouveau cœur et de nouvelles entrailles? Non, il n'y a pas de milieu concevable : ou Jésus-Christ n'est pas venu en chair, ou la liberté a commencé pour nous.
En second lieu, il faut réfléchir aux circonstances de la venue du Sauveur. Nous avons déjà remarqué que les esprits, parmi le peuple hébreu, étaient déjà préparés de longue main à la loi de la liberté, et que les saints prophètes en avaient déjà répandu comme le besoin, le pressentiment et l'avant-goût. Je laisse de côté les prophéties expresses qui, depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, annonçaient un libérateur, et je demande seulement comment concilier avec cette tendance toujours plus marquée à la liberté religieuse, la consécration de formes et d'institutions qui la bornent el la répriment? Il y aurait là une marche rétrograde et capricieuse qu'il n'est pas possible de concilier avec la sagesse de Dieu, tandis que la publication solennelle de la liberté spirituelle remplit entièrement l'idée que se forme la raison du développement progressif de l'œuvre divine.
Enfin il ne faut pas perdre de vue que cette religion de Christ devait s'étendre chez toutes les nations, et qu'elle était destinée à devenir la religion du monde. Or, il n'appartient qu'à une religion spirituelle dé prétendre à l'universalité. La religion des Juifs n'avait pas été destinée à se répandre. Dieu l'avait concentrée dans le sein d'un peuple comme un germe qui ne devait
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qu'après de longues périodes fertiliser l'univers. Pourvu que ce germe fût soigné et conservé, le but de Dieu était atleint. Tout dans les institutions qu'il donna aux Hébreux isolait ce peuple, et resserrait sa religion dans l'enceinte de ses lribus.C'élait,abstraction faite de la vérité et de la divinité, un culte national comme tant d'autres, lequel ne pouvait convenir qu'à ce seul peuple, coraine un vêtement ne peut aller qu'à une seule taille. Le fond «le cette religion n'était point une opinion, une idée spéculative, qu'on pût accueillir après examen; c'étaient des rapports de fait que Dieu avait exclusivement institués entre ce peuple et lui, et auxquels tous les autres peuples demeuraient étrangers. Mais ce germe, <{ui n'est autre chose que le principe de la religion spirituelle, étant parvenu à sa maturité, fut enfin semé «lans le monde, et l'on vit croître l'Église chrétienne. <Ju'on se représente l'élat du monde au temps des apô- Ires, qu'on se figure ces apdtres eux-mêmes sans crédit et sans puissance; )X)Urra-t-on croire qu'ils eussent réussi en annonçant une théocratie? Et si, en se bornant 3 parler au cœur et à la conscience, sans rien prétendre sur le monde matériel, ils furent haïs et persécutés, que croira-tron qu'ils eussent éprouvé, s'ils fusfientvenus réclamer l'alliance des gouvernements du ■noode avec leur culte nouveau ; s'ils eussent demandé des institutions civiles assorties à leur plan, et réclamé des gouvernements secours et prolt^ctionî Non-seuletuent ils n'ont rien fait de semblable, mais ils n'ont pMune seule fois prévu, annonn'i des rapports entre l«ur ^Use et la société civile. On ne pourrait tirer de
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leurs écrits aucun passage où il soit fait mention d'une alliance du pouvoir civil avec l'autorité spirituelle. On ne voit pas qu'ils aient imaginé que ces rapports dussent jamais exister, et s'il leur arrive de parler des puissances supérieures, c'est uniquement pour recommander au chrétien d'obéir au gouvernement de son , pays, en tout ce qui tient aux relations naturelles du •citoyen avec l'État ; fidèles en cela à la doctrine de leur Maître, qui avait dit avec tant de simplicité : jR«idez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (1) ; ce qui signifie sans doute : «Citoyen, (ft)éis- « sez au prince; Croyant, n'obéissez qu'à Dieu (8). i»