DOCTRINE DU CATHOLICISME
Nous devons avoir acquis la preuve que l'Évangile, soit dans son ensemble, soit par des passages positifs, proclame hautement la liberté spirituelle. Il nous reste à examiner si les principales conmiunions chrétiennes sont demeurées fidèles à ce principe de l'Évangile.
On peut distinguer les dogmes de toute Église en internes et externes. Les premiers sont le fonds même des croyances pour lesquelles l'Église s'est formée; les seconds sont relatifs à son établissement et à son
(1) Évangile selon saint Luc, XX, 25.
(2) Voyes la:|lol€ AIV.
DOCIHIKS DU CAl'UOLIClSUti. tSS
aulorilé; les premiers l'ont précédée, existent sans elle, et lui ont donné naissance; les seconda sont un produit de aa formation, et ont le corps tnême de l'Église pour objet. Les premiers constituent la doctrine de l'Église, les seconds forment la doctrine touchant TËglise.
Cette distinction est nécessaire dans le sujet qui nous occupe. Si nous ne considérons que les dogmee iuttrnâs, il est difficile d'imputia" à l'Église catholique de l'étoiguement pour la liberté religieuse. Quelque jugement qu'on porte théologiquement sur ses doc- Irines quant à l'eucharistie ou au mérite des œuvres, on r«connaitra que rien dans ses dogmes ne porte AUeinte au principe que nous défendons. Si donc les dermes internes constituaient tout le catholicisme, s'il nitâsail de les «dopter pour être vraiment catholique, on pourrait porter ce titre sans s'être déclaré par là même ni directement ni indirectement contre la li- ^H berté religieuse ; et quiconque croit pouvoir être ^P catholique à ce taux-là ne saurait être l'adversaire de notre cause.
Quant aux dogmes que nous appelons externes, ils
I peuvent se rapporter à deux pointa principaux : aux rapports de l'Église avec la société civile, et à l'au- %)riié de l'Église (1).
fimis le premier rapport, loin que les doctrines du catfaoUcisiue soient en opposition avec la liberté reli- Qteuae, elles lui paraissent favorables. Nous lisons dai» les actes du concile de Trenle (Ses», xsiii, (1] VorecliNMaJtV.
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cap. i) : Docet insuper sacrosancta tynodus , in ùrdi^ nations episcoporum, sacerdotum et cœterorum ordinum^ nec popuK , nec cujiuvis secularis potestatis et magii'* tratus consensum tive vocationem sive atACtoritatem ita requiri, ut sine ea irrita sit ordinatio: quin patius decemit, eos qui tanlummodo a populo aut seculari po^ testate ac magistratu vocati et instituti ad hœc ministeria exercenda ascendunt, et qui ea propria temeritate $ibi sumunt, omnes non Ecclesiœ miniMros, sed fures et latrones, per ostium non ingressos, hdbendos esse (1).
Et dans le catéchisme romain.:
In evocalione quam Ecclesia significatj statim divinm gratiœ benignitas et splendor elucet; intelligimusque Eo^ clesiam ab aliis rébus publicis maxime differre. Illœ entm humana ralione et prudentia nituntur (2) .
Une Église qui écarte avec tant de soin le concours du pouvoir civil, renonce par là même à s'appuyer sur ce pouvoir, et à lui emprunter ses moyens. Une Église qui fuit, dans son administration intérieure, jusqu'à l'apparence d'une ressemblance avec les gouvernements de ce monde, semble vouloir se concentrer dans le principe de spiritualité que nous avons reconnu dans le christianisme. Jusqu'ici tout est favorable à la liberté religieuse.
Mais nous ne pouvons nous dispenser d'ajouter que si les dogmes internes de l'Église catholique, et sa manière de concevoir ses rapports avec l'État, sont faits pour nous rassurer, le dogme de cette Église sur le sujet de son autorité produit sur nous un effet différent.
(1) Voyez la Note XVI. (2) Voyez la même Note.
DOCTRINE DU CATHOUCISME. 157
Ce dogme renferme deux propositions : i" l'Église est infaillible sur tout ce qui est de foi. 2^ Hors de son sein, il n'y a point de salut.
La première maxime paralyse tout esprit d'examen. Si l'Église n'a pu se tromper , il est non-seulement superflu, mais téméraire et profane, d'éprouver la vérité de ce qu'elle enseigne. 11 n'est pas même permis d'en appeler à l'Écriture sainte ; car elle en est le seul interprète; l'on ne doit y trouver que ce qu'elle professe. L'Église est ainsi substituée à la Révélation, ou plutôt elle est la révélation vivante et perpétuelle (i), le seul juge compétent et sans appel en matière de foi ; et la Parole de Dieu est soustraite aux fidèles.
Or une Église qui interdit à ses membres la libre disposition des documents révélés, ne saurait voir dans le maintien de la liberté religieuse un de ses intérêts. Cette mesure même est une atteinte portée au principe de la liberté. Lors même qu'il serait reconnu en principe qu'il nous faut des interprètes de la Révélation divine, encore serait-ce un droit de recourir à cette Révélation même, ne fût-ce que pour y trouver les titres des individus qui s'arrogent le privilège de nous guider en matière spirituelle (2). Par là, la foi se trouve dénaturée dans son essence. La foi, d'après l'Évangile, consiste à ouvrir les yeux; la foi, dans le système que nous exposons, consiste à les fermer. Et comme un principe d'indépendance et de curiosité porte sans
(1 ) « Evangelio non crederenif nisi me Ecclesiœ commoveret auctoritas, » (àuGun. Contra Epist. fundam., c. 5.)
(1) Voyei Fe. Tubretini, institut. Theologiœ elenchticœ^ tome HI, Un« XVin, qu. I, S 2.
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cesse rhomme à ouvrir les yeux, combien le pouvoir spirituel ne sera-t-il pas tenté de recourir à la forôe temporelle pour comprimer cet esprit d'examen qui cherche incessamment à se faire jour du milieu de l'ignorance ou des préjugés (1)!
Si le principe de la foi est de fermer les yeux-, éei moyeœ matériels sont de nature à ouvrir les voies à une telle foi. Interrompre te culte hérétique, ftermefte^ temples, bannir les pasteurs, enlever les Kbles, etet^ pêcher l'examen, ce sont les premiers pas à faire pouir produire une telle foi.
Il est facile de prouver que l'Église romaine est placée dans un cercle vicieux déplorable, contrainte de recourir à la force si elle veut maintenir son autorité, eu de renoncer à son autorité si elle ne veut pas faite usage de la force, en d'autres termes répudiant ses principes ou abjurant la tolérance. On la défie d'édb&p^ per à l'une ou l'autre de ces alternatives.
En effet, si elle ne fait pas usage de la force pour m'attirer dans son sein, il faut qu'elle me produise des
(1) Ce principe, qui interdit l'examen, et qui ne nous permet pas de mettre les doctrines à l*éprenve et de les essayer, pour ainsi dire, sur notre cœur, ne saurait prévenir les superstitions. Ces excroissances ridicules et igoûklAI seraient prévenues par la lecture du Livre de vie ; le peuple n'aurait besoin que de son bon sens pour reconnaître combien elles sont incompatibles avec la Parole de Dieu ; mais il est trop peu éclairé pour que son sentimeat leligieux ne s'égare pas. Il se façonne une religion à son image et à sa mesure; il se soustrait à la sévérité de la doctrine chrétienne par mille InveiitlollS, qui semblent capricieuses au premier coup d'oui , mais qui ne soni, tu fond, qu'un adroit calcul pour se remettre en pleine Jouissance de ses passions. L'Église, en dédommagement de la liberté qu'elle a refuséetiest obligée d'accorder une tolérance dangereuse sur le si^et de ces croyance» puériles ; et la Rome moderne, semblable sur ce point à la Rome antique, accueille dans son sein les dieux étrangers.
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miracles^ ou des témoignages. Des miracles éclatautâ, publics^ coQStatés^ comme ceux de rÉvangile^ enlèveraient de force mon adhésion, et rendraient superflue toute discussion, comme aussi tout déploiement de la force humaine. Mais ces mirades, je les attends encore. L'Élise recourra donc aux ténK)ignages. Or tous ceux qu'elle .peut produire^ s'autorisent eu^x-mèmeadu té* mcMgnage péremptoire des saintes Écritures; et la Bible étant des deux parts reconnue pour divine est le seul arbitre digne de prononcer entre nous. Voilà donc l'Église d'un côté, et moi de l'autre, appelés au tribunal de la Parole de Dieu ; l'Église y cherchant des passages qui l'autorisent^ moi y cherdiant des passages contraires. Qui ne voit que cette seule démardie, que l'Église ne peut éluder, nous place, elle et moi, sur un pied d'égalité ; que le droit d'examen est concédé, et que le principe de l'autorité tombe?
S'il m'a été permis de m'en rapporter une fois à la Bil^^ à ma raison et au Saint-Es{H*it, pourquoi cela ne me serait-il pas permis une seconde fois ? pourquoi pas toujours? si sur un point, pourqucH pas sur d'autres? L'Église est donc obligée de renoncer à son principe dfautorité^ ou de te maintenir par la force,
n y a plus : s'il m'a été permis, à moi, de m'en rapporter à ces autorités, pourquoi cela ne sera-t-il pas permis à tout le monde? S'il m'a été permis de m'en rapporter à la Bible, il est permis en général de s'en rapporter à la Bible. Il y a donc une autorité supérieure à celle de l'Église ; l'Église n'a donc pas le droit de donner ses décisions comme des oracles ; elle n'est
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une autorité infaillible pour personne^ pas même pour ceux qui sont dans TÉglise. Comment dès lors se défendra-t-elle contre les défections, sinon en empêchant ceux qui sont dans son sein d'examiner 7 II n'y a pour elle qu'un pas d'interdire à empêcher.
Je vois donc T Église romaine entre deux nécessités terribles : l'une d'abjurer un dogme fondamental^ l'autre d'abjurer la tolérance ; l'une de renoncer aux conditions de son existence, l'autre de renoncer au plus beau caractèi'e d'une Église [chrétienne; en un mot, l'une de se perdre, l'autre de se déshonorer, ce qui est aussi une manière de se perdre.
Y aurait-il un milieu? L'espèce humaine aurai1>^lle, entre l'ascendant de la force et celui de la persuasion, un autre ascendant auquel obéir? L'entraînement de l'exemple? le prestige de Terreur? une fascination habile ? Mais quand la liberté est là, quand rien n'empêche les voix contraires de se faire entendre, quand tout, dans les circonstances, favorise cet instinct de curiosité et ce goût d'indépendance, inhérents à l'humanité, comment compter sur des succès, si l'on n'a pour soi la vérité ou la force?
La seconde maxime est celle-ci : Hors de VÉglist point de salut.
Assurément la vérité ne saurait être partout à la fois. Comme il n'y a qu'une manière de se bien porter, il n'y a non plus qu'une manière d'avoir raison ; et, par suite, il faut convenir qu'il n'y a qu'une vraie Église.
Mais cette Église, comment la concevoir d'après l'esprit de l'Évangile? Non point autrement que comme
DU CAinoLiciSH)!.
l'ensemble des âmes qui se sont tournées à Dieu, que Dieu s'est attachées par Jésus-Christ, et qu'il maintient . dans cette glorieuse et douce dépendance par la communication de son Esprit. Or, ces caractères nous révèlent une société toute spirituelle et invisible.
Cette Église est la vraie et la seule vraie, celle que Dieu reconnaît pour sienne, et hors de laquelle la vérité ni le salut ne peuvent se trouver. Elle est prise du sein de toutes les communions qui réclament le nom de Jésus ; elle n'est identique avec aucune de ces communions particulières ; mais probablement elle compte dans chacune des membres plus ou moins nombreux. Elle sera visible dans le ciel.
Mais si, admettant que la vérité ne peut être partout, qu'elle n'est que dans une seule Église, une société visdiU déclare qu'elle-même est cette Église, et que, ■par conséquent, hors de son enceinte visible, il n'y a ni vraie foi ni salut, quelles seront les suites d'une semblable déclaration?
Avant de rechercher ces suites naturelles, voyons s une pareille Église existe. Oui, le catholicisme l'a réalisée. Le catholicisme établit une société visible que Christ a choisie pour sienne, où il a placé le dépôt inal- 'lérable de sa doctrine, et dans les chefs de laquelle réside l'esprit d'infaillibilité. Hors de celte Église visiblb U n'y a point de salut.
Cette assertion ne peut être réfutée. La réfuter, c'est nou« accorder tout; c'est enlever à l'Église cathohque Bon caractère essentiel; c'est la réduire à l'égalité par rapport aux autres Églises , c'est la dissoudre ; car si
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c'est seulement hors de l'Église invitible qu'il n'yappint de salut, chacun est le maître de la placer où il lui convient, et la plu3 entière liberté est concédée (1,).
Bossuet n'eût pas contredit notre assertion^ lui qui a consacré tout le quinzième livre de son HisuAre des variations à démontrer que les protestants admettent aussi bien que les catholiques la visibiiki de la vraie Église. Il errait sur le fait; mais il n'ittsistait pas sans raison sur ce principe de son Église ; car s'il n y a d'' autorité que dans l'Église invisibk, où est l'autorité de l'Église catholique? Il ne faut plus songer à la défendre (2) .
Recherchons donc maintenant quel est le sen^ Bt la portée du dogme : Hors de l* Eglise visible pomt de salut.
(1) « 11 faut toujours en revenir au point principal; c'est celui 4'«m « autorité visible qui parle et qui décide, pour soumettre, pour réunir ffi « pour fixer tous les esprits \laDS une même explication des saintes Êcri* « tures. » (FkNELON, Lettres sur VÉglisCy lettre Vv)
« Je prie Dieu qu'il vous fasse sentir combien les iiorames les plus éclai- « rés ont besoin d'humilier leur esprit sous une autorité visible. » (îbiâ,)
Le concile de Constance condamna comme hérétique cette pMpOBition de Jean Huss : Sancta Ecclesia universalis est universcUitas prœdestinatorum.
Bellarmin {De Ecoles, militante^ 11b. HI, cap. 2) prétend: EccUnum dictam esse cœtum hominum, ejusdem christianœ fidei professi&ne, et eorumdem sacramentorum communione colligfotum sub regimine lêgUimorum pastorum ac prœcipuè unius Christi in terris vicarii^ pontifieis romani.
Et au même lieu :
Ecclesia est cœtus hominum ita visibilis et palpabilis, ut est ccetus p<h pvli romani^ vel regnum Galliœ, vel respublica Venetorum,
Il est difficile de concilier cette doctrincvavec les deux passages suiraDts:
Ecclesia non in parietibus consistit^ sed in dogmatum veritate. Ecclesia ibi est ubi fides vera est» (Bieron. in Ps. GXXXill.)
tt Celui qui n'a pas l'esprit de Christ n'est pas de Christ. « (Saint Pài&.}
(2) Voyez Marheinegke, System des KathoUcismus^ tome U, page 144.
Ce dogme, plaçant les conditions du sulut dans l'Église, et voyant dans l'Église la -société des croyants, est spirituel.
L'homme spirituel saisira te caractère spirituel de la iTaie Église, et sera tolérant.
Mais le même dogme, en rendant l'Église visible aux yeux de la chair, a un côté charnel.
Les hommes charnels, qui sont le grand nombre, s'attacheront au côté charnel du dogme , et mettront dans l'ombre son caractère spirituel.
L'homme spirituel s'attachera à la vraie notion d'Église, laquelle, bien saisie, ôte le danger delà seconde partie du dogme.
L'homme charnel s'attachera à la notion de visibilité Bt y renfermera le caractère de la vraie Église.
S'il n'y avait que des hommes spirituels, le dogme en (question serait sans danger ; car ils diraient : Sans doute la vraie Église est visible, mais il faut que ses membres croient.
Mais les hommes, pour la plupart, sont charnels, et diront : La vraie Église est visible : il faut en faire parlie visiblement.
Sanë^oute un sentiment naturel à l'orgueil humain peut iaire proférer la même maxime. Il n'y a pas de corporation qui ne soit portée à s'attribuer une excellence exclusive; et l'intolérance n'a pas besoin du secours d'un système pour germer dans le coHir humain. Mais lorsqu'un système a prévalu, et qu'il est devenu «ttde de foi, il fait plue que Les liassions n'auraient fait toute» seules ; il les excite et les sanctifie : ce i{ui n'au-
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rait été qu'un élan momentané, une illusion passagère, il le consacre comme éternellement juste. .
Si ce ne sont point les dispositions intimes de notre cœur, si ce n'est point la sympathie de notre volonté avec la volonté divine, si ce n'est point le don de pousser vers le ciel ces soupirs qui ne se peuvent exprimer et de communiquer tendrement avec lui par la prière, si ce ne sont point toutes ces choses d'un ordre purement spirituel qui constituent à elles seules le membre de la vraie Église ; s'il faut, pour appartenir à ce corps sacré, être membre d'une certaine communauté qui se reconnaît à des signes extérieurs, qui possède en commun des intérêts temporels, çt compte ses membres avec autant d'exactitude qu'un monarque peut compter ses sujets ; en un mot si, en se trouvant hors de cette communauté visible, on est par là même et visiblement hors du salut, il en résulte naturellement ce qui suit :
^ Premièrement, le jugement, que Jésus-Christ a interdit à ses disciples, et les apôtres à la primitive chrétienté (1), est permis et possible à l'Église dont il est ici question. Ses chefs, et tous ses membres également, s'ils ne peuvent pas dire qui, dans leur Église, aura part aii salut, peuvent savoir* et dire qui, dans le monde , n'y aura point de part. Car, pour porter ce jugement, "il n'est pas besoin de la vue délicate de l'homme spirituel, mais simplement de la vue grossière de l'homme charnel.
Il suit de là qu'il ne sera pas nécessaire de travailler
(1) Matthieu, YH, 1. — Romains, XIV, 4, 13. -^ 1 CoriotUens, IV, ^.
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sur le cxBur d'un homme, de le régénérer en nouveauté de vie, de créer en lui la lumière de la foi et le feu de l'amour, en un mot, d'établir ses relations avec Dieu d'une manière également douce pour cet homme et glorieuse pour Dieu; il s'agira, avant tout, de le gagner d'une manière ou de l'autre à cette association visible, tout amendeinent, toute régénération de cet homme étant inutile avant qu'on ait obtenu ce point. Membre de l'Église visible , sans doute il peut périr encore ; mais étranger à l'Église visible, il périt infailliblement. Ici la part à la communauté est le moyen sans lequel rien ne peut être obtenu. Ceux qui professent de tels principes disent : « Soyez membre de notre Église, et nous vous convertirons ; » et non : « Convertissez-vous, et vous serez membre de la vraie Église. » Ainsi l'on commence par la chair, pour finir, si l'on peut , par l'esprit.
Cette marche, dont l'abus trouvera d'heureux tempéraments dans la sagesse de quelques hommes d'élite, sera terrible, suivie par les hommes charnels et ignorants, qui sont le grand nombre. Rien ne pourra met^ tre des bornes à leur fougueuse impatience, dès que le pouvoir sera en leurs mains. Ajournant l'instruction aux temps qui suivront l'adhésion formelle, ils jugeront que le plus urgent est de remplir le bercail ; ils s'attaqueront aux masses, comme si les masses étaient des êtres moraux et responsables ; ils emploieront les menaces, comme si lés menaces pouvaient tenir lieu de persuasion ; ils se contenteront de signes extérieurs, de noms, de termes consacrés, comme si tout cela n'était
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pas un pur néant : en un mot, si l'on veut bien nous passer cette image, au lieu de n'introduire dans le résiervoir que des eaux épurées et Kmpides, ils donneront passage à la boue la plus infecte, sauf à la purifier ensuite, si cela est possible.
Et il est à craindre encore qu'on ne le fasse pas; il est à craindre que, satisfait de ce premier avantage, et fatigué des efforts qu'il a coûtés, on ne se Dttette moins en peine du reste de l'œuvre ; il est à craindre qu'on ne se contente de ce résultat matériel, et qu'on n'y voie l'accomplissement des desseins de Dieu et le triomphe définitif de la vérité. Effrayer d'abord, instruire après, telle est la doctrine expresse de saint Augustin ; mais combien n' est-il pas à craindre qu'une sagesse dïârrtèllef ne s'en tienne au premier degré!
Qu'on daigne nous comprendre : nous ne faisons que signaler un écueil où la faiblesse humaine va se briser ; mais nous ne voulons point dire que, par là même, le vrai catholique soit nécessairement intolérant. Il était tolérant , ce Jean Le Hennuyer , qui , lors dé la Saiint- Barthélemi, ouvrit son palais aux malheureux proscrits qu'dn recommandait à ses anathèmes. Il était tolérant, ce Fénélott, qui refusait d'associer son éloquence à Vé^ foquence des échafauds. Il est tolérant, de nos jours, ce respectable évoque de Nîmes, qui ne veut gagner les protestants de son diocèse que par le langage onctueux d'une charité évangélique. Presque aucun nom illustre de la catholicité ne figure à la tête d'une liste de persécuteurs. Àh! c'est que l'homme a beau dénaturer léS plaiis de ÏMeu par uti alliage téméraîre; au-deôsus
DOCTRINE nu 0*THOLICISHK,
de toutes les erreurs s'élève victorieuse la croix de .Qimt. La force divine du mystère de piété est enlà pour balancer l'injustice humaine. Évangile 'de paîxl on veut te faire produire des poisons; mais i côté de ces sucs amers coule le baume de vie : on ■feot te forcer à maudire ; mais tu reviens sans cesse à bénif.
Mai» il n'en est pas moins vrai, en général, que ce 'principe del'Ègltse visibb, bien qu'en apparence abstaril et inofïensif, peut conduire à de tristes résultats. Car, en dépit de son indépendance de l'État, indépendance qu'elle s'est plu à proclamer, l'Église sera plus d'une fois portée à briguer son alliance et à réclamer i secours. En effet, son but est susceptible d'être atteint par des moyens matériels, et l'État seul peut lui offirtr ces moyens. C'est pourquoi l'on verra, dans l'oci^BHton', le catholicisme chercher à s'unir par des liens Utrotls au pouvoir civil ; et alors la religion prendra un (BTWctère politique, et la politique une couleur sacrée. Mais le remède est à côté du mal ; le remède est dans B grand principe professé par l'Église, de la séparation les deux puissances. Le germe de la liberté religieuse 'y retrouve entier, pur et sain. Que les gouveme- Knls le reconnaissent et le proclament; qu'ils dont des gages de leur intention ferme d'isoler à ja- « leurs intérêts des intérêts spirituels de l'Église ; iqu'ilft lui retirent leur appui, qu'ils l'atTranchissentde teur Intelle ; et alors ce feu persécuteur que tend à aile principe (|ue nou» combaltâna, n'aura plus d'aliment.
1^ DOCTRINE DU CATUOLICISIIB.
Que le respectable clergé catholique, qui a montré, en de mémorables circonstances, qu'il avait réellement reçu l'onction de l'Esprit de Dieu, que ce clergé, qui a prouvé qu'à l'exemple du Chef divin de l'Église universelle, il savait prier, souffrir, espérer et bénir, que ce clergé acquière un titre de plus à la reconnaissance de la chrétienté. Qu'à l'inévitable action d'un principe dont il ne réclame point, mais dont il ne saurait non plus empêcher les conséquences, il oppose de toute sa orce cet autre principe , qui , s'il est aussi soigneusement cultivé que le premier, produira infailliblement la liberté religieuse. Qu'il sollicite sa propre indépendance, qu'il demande à être affranchi de la protection de l'autorité civile ; qu'il aspire à remonter aux temps apostoliques; et que, rejetant le secours des armes temporelles, dont la vérité n'a pas besoin, il ressaisisse ce bouclier de la foi et ce glaive de la Parole qui lui suffisent pour ses merveilleux combats. Pour mieux dire encore, qu'il soit entièrement fidèle aux principes qu'il avoue , et qu'a proclamés la voix des conciles ; qu'il se garde, en adoptant une règle, d'en rejeter une autre, lorsque toutes les deux doivent avoir à ses yeux une égale autorité; en un mot, s'il croit devoir professer que hors de l'Église visible qu'il est chargé de paître il n'y a point de salut, qu'il professe également la complète indépendance et la séparation des deux puissances : alors le danger du premier principe . s'évanouira ; alors ce principe sera , nous l'avouons , purement abstrait et inoffensif ; >alors toute terreur dispa-
DOCTRINB DU CATHOUCISMB. 109
raissant, la conscience sera, libre, et notre réclamation n'aura plus d'objet (1).