‹ La liberté des cultesChapitre 49 sur 116 · REMARQUES PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

REMARQUES PRELIMINAIRES

déserterons-nous cette cause comme trop difficile à défendre?

Ce serait convenir que ce qui est a raison, et que ce qui a force a droit ; ce serait convenir que des abus invétérés ne sont plus des abus; ce serait professer l'étrange idée que la raison a des limites au delà desquelles elle a tort. Non, si la raison sanctionne les principes que nous avons énoncés, ces principes, tout étranges qu'ils paraissent, veulent être soutenus. Trop souvent, par des accommodements timides, des termes moyens impraticables, on a trahi la cause de la liberté. Que demandent en tous lieux la routine aux abois, le préjugé vieilli et la peur du scandale? des demi-vérités. Comme si des demi-vérités étaient autre chose que des erreurs ! Il n'en est point : la vérité, de sa nature, est inflexible; elle ouvre une carrière qu'il faut fournir jusqu'au bout, ou dans laquelle il ne faut pas même entrer. Là où la route devient périlleuse (et il y a toujours un point oii elle commence à l'être), la plupart rebroussent découragés ; mais l'ami de la vérité poursuit sa marche ; il sait qu'il n'y a de victoire et de prix qu'au terme de la course.

En maintenant en entier le système que nous avons développé, nous n'oublions pas combien il est éloigné de l'ordre de choses généralement dominant ; mais ce système ne nous paraît ni étrange ni effrayant; et, comme nous le croyons le seul vrai , nous l'estimons aussi le seul solide et le seul utile. Nous sommes loin de désirer, à l'égard de l'organisation religieuse des états, une de ces révolutions subites, telles qu'on les

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improvise de nos jours; révolutions qui décèlent dans leurs auteurs et leurs apologistes une si triste ignorance de la nature de l'esprit humain (1). Toute vérité ne se naturalise et ne prend cours que graduellement parmi les hommes ; mais pourtant il faut bien d'abord la reconnaître et la signaler. C'est ce que nous tenterons de faire en répondant à cette question inquiète que le lecteur, après les considérations que nous lui avons présentées, doit être naturellement porté à nous adresser : N'y aura-lril donc point de rapport entre l'État et l'Église? Et, dans cette supposition, que faites-vous d'une multitude d'institutions et d'actes qui jusqu'à présent ont lié ces deux corps? Nous nous efforcerons de déterminer la .position respective de la société religieuse et de la société civile; nous parcx)urrons les principales applications du système; après quoi, redescendant à l'organisation actuelle de ces deux sociétés dans la plupart des pays, nous chercherons de quelle manière les principes que nous avons posés peuvent y trouver leur application ; en d'autres termes, jusqu'à quel point et de quelle manière la liberté religieuse peut être préservée dans un ordre de choses qui ne lui e^t pas éminemment favorable.

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