‹ La liberté des cultesChapitre 52 sur 116 · ORIGINE ET BUT DE LÀ SOCIÉTÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ORIGINE ET BUT DE LÀ SOCIÉTÉ RELIGIEUSE

Ce n'est pas une impérieuse nécessité physique qui forme les liens de la société religieuse. Cette société invisible, qui ne se peut évaluer au nombre, qui appartient uniquement au monde des esprits, est née de la simple communauté des sentiments. Elle est née d'un instinct supérieur aux besoins de la terre ; ou, si l'on veut qu'elle soit née d'un besoin, c'est de celui de l'immortalité. Nul danger imminent, nul intérêt de cette terre n'a contraint les individus à se serrer les uns contre les autres pour former la société religieuse ; cette société, si elle se forme, n'est fondée que sur la sympathie. Sans doute, elle ne peut manquer de se former; l'esprit d'association exerce ici son empire comme dans toutes les choses humaines ; mais un sentiment moral, non un besoin, a déterminé cette association, qui peut aussi très bien supporter à côté d'elle des sociétés religieuses différentes ou opposées. Chacun peut tendre à sa manière et dans la mesure de ses forces au port de l'éternité. Cette société ne recèle donc, dans le principe qui la forme, aucun élément de contrainte.

Elle ne peut même exister que par la liberté. Quelle est sa base? la foi. Quel est son moyen? la foi. Quelle est sa vie? la foi. Or, qu'est-ce qu'est la foi? Nous empruntons la définition très exacte qu'en a donnée un

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grand apôtre. La foi, dit saint Paul, ^5^ une vhe représentation des choses qu'on espère, et une démonstration de

celles qu'on ne voit point (1). Une telle adhésion ne se commande point;, un tel sentiment ne peut croître que dans le sein de la plus entière liberté. L'imposer, le prescrire, c'est lui fermer l'entrée des cœurs : c'est vouloir une église, et point de religion. La société, religieuse n'est dès lors qu'une institution profane, décorée d'un nom saint : c'est un temple dont on a chassé la divinité. La foi ne fait la vie de la société religieuse que parce que la foi est un sentiment. Or, quel autre que Dieu même a le droit de commander des sentiments? Bornons-nous à considérer la foi comme une croyance fondée sur des raisons; nous parviendrons au même résultat. S'il est des cas oii l'on peut croire sans avoir vu, il sera éternellement absurde de prétendre qu'on peut croire sans avoir des raisons de croire. Pour croire donc, il faut examiner ; celui qui n'a point examiné librement n'a point cru. Je n'ai point dit: celui qui a parfaitement examiné, parce que ce n'est pas de la bonté absolue des raisons que dépend la foi, mais de la bonté relative, c'est-à-dire de la bonté qu'elles ont à nos yeux. Il suffit donc que l'examen ait été libre ; Dieu se charge du reste. La foi, par sa nature, sous quelque rapport qu'on l'envisage, suppose donc liberté ; et puisque la foi est l'âme et le lien de la société religieuse, il s'ensuit que l'esprit de liberté lui est essentiel; ce qui signifie qu'il ne peut exister entre ceux qui la composent, ni nécessité ni contrainte.

(1) Épttre aux Hébreux, XI, 1.

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Voilà deux institutions revêtues de deux caractère» opposés : Tune est proprement le sacrifice d'une partie de notre liberté à des besoins co^lrauns ; l'autre est un exercice; et le plus beau développepaent de notre liberté. L'une a exclusivement en vue les avantagea ^ la sûreté de cette vie passagère ; l'autre n'a pour objet que des biens spirituels et une félicité cachée derrière le voile du tombeau.

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