‹ La liberté des cultesChapitre 72 sur 116 · LE PROTECTEUR DU CHR18TIA1II5ME · texte numérisé non relu

LE PROTECTEUR DU CHR18TIA1II5ME

la religion T et dans quel cas sera4-elle exercée? Seratnelle une simple protection du culte? Mais, dans œ càSy il n'est pas une société, pas une assemblée qui n'en demande et n'en obtienne autant. Sera-t-elle davaotage? consistera-t-elle en soins, en encouragements? jusqu'où s'étendront-ils? Cela est fort difficile à déterminer. Et si les bornes sont vagues et incertaines, avec quelle iadlité le gouvernement n'étendra-t-il pas ses attributions? n'eslK» pas là son penchant naturel, penchant que les meilleures institutions ont toujours de la peine à contenir, parce qu'il est profondément enraciné dans la nature humaine? De tous les empires, aucun ne flatte plus l'ambition que l'empire des esprits. I est peu de chefs de nation qui ne l'aient convoité o1 qui n'aient fait des tentatives pour étendre leur domination au delà des choses matérielles. «Les puissants « de la terre, dit Massillon, veulent être souverains « partout. On dirait que la vérité est de leur ressoii : « il faut qu'elle se trouve quelque part qu'ils veuillent « la placer (1). »

L'Église achètera bien cher cette protection vantée. L'État la soumettra pour la protéger, si plutôt il ne la jiTDtége pour la soumettre. H deviendra révêipie de l'Église ; il ne tardera pas à s'immiscer dans son gouvernement intérieur; il rangera le clergé dans la classe des employés publics; il fera des avantages particuliers à la secte la plus nombreuse ; et ainsi il prononcera de fait sur la vérité des doctrines. Tout gouvernement se fait pape à l'égard de l'Église qu'il protège.

(1) MissiLLON, Panégyriques.

248 l'état hb doit pas se gonstituvr

« Quand les rois se mêlent de religion, dit Fénelon, a « lieu de la protéger, ils la mettent en servitude.» Et^ dans le TiUmaquey il s'exprime ainsi sur le même su — jet : « Tout sera en péril d'être altéré au gré des rois^ « si on les fait entrer dans les questions qui regardent^ « les choses sacrées (1). » Et Bossuet a dit : « Qu*est-c» « que l'épiscopat, quand il se sépare de l'Église, qui « est son tout, pour s'attacher, contre sa nature, à ia. « royauté qui est son chef? Ces deux puissances, d'un. « ordre si différent, ne s'unissent pas, mais s'embar— te rassent mutuellement, quand on les confond enseni— «ble(2). »

Les écrivains que nous venons de citer ne méconnaissent pas les services que peuvent se rendre mutuellement la société religieuse et la société civile ; mais ils pensaient, sans doute, comme un auteur moderne : « Que le trône et l'autel, que l'on allie trop souvent « ensemble, ne se prêtent jamais mieux secours que « lorsque leurs attributions sont nettes et distinctes (3) .»

Mais la religion n'a nullement besoin du secours qu'on veut lui prêter. La religion, prise dans sa pureté, est un sentiment qui cherche à se répandre par la sympathie. Si elle ne pénètre pas dans les cœurs, elle n'est rien ; si elle ne fait qu'assujettir une certaine étendue de sol à certaines formes consacrées, elle n'a rien obtenu; mais si elle a gagné les esprits et les âmes, elle a tout ce qu'elle prétendait, elle règne véri-

(1) FÊNELON, Télémaque, livre XXHI.

(2) Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre,

(3) KÉRATET, Du Culte, etc.

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