CHAPITRE XVI
Nous arrivons au terme de notre tâche. Nous avons, autant qu'il était en nous, remis à leur place des institutions dont le mélange inconsidéré a fait si longtemps le malheur du monde. Nous avons ouvert à l'ami de l'une et de l'autre la perspective de l'amélioration d'un ordre de choses invétéré. Nous avons eu tout à la fois en vue l'intérêt de l'Église et celui de l'État ; mais nous ne cacherons point quel sentiment nous a surtout inspiré : le manifester ici, c'est, nous l'espérons, éveiller la sympathie dans bien des cœurs.
C'est principalement les progrès de l'esprit religieux que nous avons eus à cœur. Cet esprit, comme tout ce qui s'appelle esprit, ne peut fleurir que par la liberté. De même qu'il n'y a d'esprit public que dans les pays où les individus ne sont pas exclus de toute participation à l'administration de la société, l'esprit religieux ne peut se déployer avec force que sous les auspices de la liberté. Bien que les promesses de Dieu soient inébranlables, et qu'il ait promis l'univers à la religion
de son Fils, on ne peut s'empêcher d'observer, qu'il y a de certaines conditions, sous lesquelles s'accomplissent ses promesses ; que la nature des choses n'est point violentée pour l'exécution des desseins de Dieu ; que, quoiqu'il ait une foule de moyens de renverser les obstacles, ils n'en sont pas moins des obstacles ; que notre zèle et notre prudence sont prévus comme nos erreurs; que notre coopération entre dans les plans de la Providence ; et que, bien qu'elle tienne dans les cieux, d'une main souveraine, les rênes de l'univers, il ne nous est pas moins donné et prescrit d'agir comme si le sort des choses était dans notre dépendance ; en un mot, que la langueur, les progrès, la décadence de l'esprit religieux, qui subit réellement toutes ces phases, sont en grande partie attachés aux institutions qu'édifie notre faiblesse.
Nous pouvons donc concourir au développement de l'esprit religieux comme au progrès de l'esprit public. Et si ce pouvoir est en effet commis à nos faibles mains, quelle idée plus simple que de restituer d'abord la religion à son élément naturel? Or, la liberté est cet élément, parce que la liberté est la première condition de l'expansion de tout sentiment, et que la religion est un sentiment, et qu'elle n'est rien si elle n'est un sentiment.
Eh ! que servirait-il de lui avoir fait un établissement dans ce monde, de lui avoir procuré des couronnes, des domaines temporels, un éclat extérieur, si elle n'a pas d'empire sur les cœurs ; ou si, réduite à parler à l'âme de la classe la plus ignorante, elle ne lui
inspire que la terreur, au lieu de Tamour qu'elle de^^^t produire? Qu'importe qu'elle prenne rang dans des tables statistiques, comme une affaire de gé(^rapti=ue, si elle n'a dans le cœur des peuples qu'un rang i llusoire ou contesté ? Dira-t-on que le règne de Dieu ex iste sur la terre, parce que le règne d'une communautés ou d'une congrégation est consacré dans des transactL ^ns diplomatiques, parce que le clergé a une dotati. ^n, parce que, devenu dépositaire des actes de l'état cL ^, il a dès lors à sa disposition l'existence sociale de^ citoyens, enfin parce que l'excommunication qu'il exerce a des conséquences politiques terribles? ou bien» ^ règne de Dieu existe-t-il dans le secret d'un cœur hi-i^" ble et pénitent, prêt à beaucoup aimer, parce qu'il I^ a été beaucoup pardonné, et qui, rassemblant les vAé^^ éparses et incohérentes de moralité qu'il avait ju^^ qu'alors pour seule lumière, les concentre sous deiï^ chefs simples et touchants, l'amour de Dieu et l'amoU^ du prochain?
Ah ! sans doute le règne de Dieu est là ; c'est c^ grain de sénevé qui ne produit un grand arbre à 1^ lumière des cieux qu'après avoir germé lentement dans un coin d'une terre obscure et vile. Sans doute le r^n6 de Dieu consiste dans l'harmonie secrète des cœurs avec celui qui les a faits. Et comment se persuader que la contrainte produira cette harmonie; «t que du sein des passions viles du cœur humain, la crainte, Tinté' rêt, la vanité, la faiblesse, sortira cet essor vif et rapide d'un cœur qui s'élance vers son Créateur sur les aileô de l'amour?
ûeiïianderail-on peut-être : A quoi bon cel esprîl
pligieux î la société ne peut-elle tleurir et prospérer
|ns lui? Faire ces seules questions, c'est oublier les
spectives d'une âme immortelle qui prétend autre
p»e que les jouissances d'ici-bas, et à qui la gloire
• la société des élus est plus précieuse et plus chère
^e les avantages d'une société ptissugère. Mais, quand
[>ns négligerions cette haute pers[tective, nous aérions
[lurtani forcés de reconnaître que la piété est profitable
toutes choie», vu qu'elle a les promisses de la vie pri~
nte comme celles de la vie à venir (i), et que l'accroia-
uent de l'esprit religieux est le premier intérêt de
i sociétés politiques.
1^ monde civilisé, tourmenté d'une maladie que la vilisation ne peut guérir, et qu'elle augmente à quel- 3 égards, se tourne avec angoisse de tous les câtés, îsulUcite un remède. Ce n'est pas d'un mal particuer qu'il s'agit ; les sources de la vie sont infectées ; ce l*est pas une plaie qui reste à fermer : tout le corps pt plaie. Les médecine ne manquent pas; et s'il se vuve parmi eux quelques charlatans, il y a aussi eaucoup d'hommes bien intentionnés.
L£s uns réclament des institutions [lolitiques; ceux-ci cherchent à créer un esprit public; d'autres cherchent ^ répandre les principes et les habitudes de la philan-^ thropie. Mais pourquoi donc ne pas aller à la recherche de oe qui peut créer toutes ces choses? Il sert peu d'aspirer k leur possession précaire ; allons à la conquête de lasoui-ce éternelle et inépuisolile de tout liîcn nioruL (<} fntniMfipnrelTlmollid«,'lV,B.
Tout ce qui peut ennoblir la destinée de rhomme, adoucir ses mœurs, régler ses relations sociales, augmenter sa sûreté, accroître son utilité, charmer son existence, perfectionner son être, en un mot, tout ce qui est désirable pour lui, est dans la religion, j*entends la religion du cœur.
Tous les instruments de bien-être individuel et national se sont émoussés ou brisés dans nos mains ; à travers tous ces essais infructueux et ces dangereux tâtonnements, un doigt divin, sans cesse tendu devant nos regards, nous montre l'instrument sans égal, le moyen universel, que nous nous obstinons à ne pas voir. Il est temps de ne plus s'y tromper: désormais l'esprit religieux doit être l'esprit public de chaque nation, et la civilisation de tous les peuples.
Cela ne paraîtra pas douteux après quelques réflexions. Quel est le besoin des peuples? des vertus. Par où je n'entends pas seulement ces vertus publiques qui se développent dans les relations directes des citoyens avec l'État, mais principalement les vertus privées, celles dont l'application est journalière dans le commerce ordinaire de la vie.
Les vertus publiques ne peuvent exister sans les vertus privées ; celles-ci sont la condition et la source de celles-là. Il n'y a pas d'esprit public sans esprit domestique ; créez donc celui-ci pour obtenir l'autre.
Il faut partir du simple pour aller au composé. Bernardin de Saint-Pierre a dit avec une parfaite raison : « On attache trop de prix aux vertus publiques, et « trop peu aux vertus privées... Il est certain que si,
<« dans un temps de trouble, chaque citoyen rétablis-
* a sait l'ordre seulement dans sa maison, l'ordre général « résulterait bientôt de chaque ordre domestique (1). » Avons-nous en effet besoin, dans l'état social, d'autre cHose que d'ordre, de justice et de bienveillance? Ne sont-ce pas, dans la société civile, comme dans nos familles, les mobiles de tout bien, les gages de toute sécurité? L'homme qui aura été, sous le toit paternel, imbu de ces principes^ ne les appliquera-t^il pas dans des relations plus étendues? Le fils qui honore son père ne respëctera-t-il pas ses magistrats? Celui qu'aucun bienfait reçu d'un particulier n'a trouvé ingrat, le sera-tril envers une patrie qui lui assure, dès sa naissance, asile, protection, existence honorable?- Celui qu'une discipline sévère .aura accoutumé à l'ordre, sera-tril jamais disposé à le troubler? Mais l'amour de Tordre tient à l'amour de la justice, sentiment qui est fef sauvegarde et là vie des États. Celui que l'éducation
• domestique aura pénétré de respect pour les droits de ses semblables, ne sera-t-il sensible qu'à ses propres intérêt^, lorsque la patrie lui produisant ses titres augustes, réclamera de lui* le sacrifice d'une partie de son repos, de son temps et de sa fortune? Enfin serat-îl un mauvais citoyen, celui en qui l'éducation a dé-
. veloppé le doux sentiment de la pitié et l'énergique principe de la sympathiç?
■ Créez^ donc des hommes justes et compatissants, si vousTyoulèz avoir de& citoyens. La décadence des nations tient à là corruption des. familles.
(1) BnRAmn-D)^ SAnn-PouaB, Suite des Vaux cTun ioliîaire.
Après tout, n'est-ce pas un grand service que rend le citoyen à sa patrie, lorsque, dami le cercle partieu- . lier où la Providence l'a placé, il exerce ces vertus dont nous venons dp parler ! L'homwe d'État lui en rend de plus directs en apparence ; inai^ il ne serait point vertueux comme homme d'État, s'il n'était yertueux pomme particulier. Et d'un autre côté, place» le particulier, s'il a des talents, dw^ la sphère -de rhomnae d'État, d^ns un poste public, vqus verrez »| après avoir eu du zèle pour les individus dans sa po* sition privée, il n'pn aura pas pov^r là chose publique^ lorsque le soin lui en sera confié.
Il s'agit donc de créer des vertus privées. Et, s'il existait \\n mobile assez puissant pour élever l'homme au-dessus de toutes les passione et le rendre cap^il^le de tous les sacrifices ; s'il était dés principes qui m lui permissent pas de songer à mettre des bornes au dévouement ni ^os conditions au^ offrandesf, i^i ces principes exigeaient avec une égale instance les grandes et les petites vertus, s'ils demandaient un hommage tèliement pur que la mqindre pensée intéressée qu vaine en anéantît la valeur (1), si cette crx)yance, main-
(1) « Le christianisme a la gloire incontestable d'avoir formé, dans toi^teq « lei classes de la société', et dans les plus htnubles cdndltions cûniÀié (( clan? les plus relevée^t les mod^ilesde.peciection les plus 9Qcotii|}H8 que « le monde ait encore offerts. L'|iistoire ne saurait signaler aucun d^voue- <( ment plus ' généreux, aucun triomphe .sur sol-métne plus tom|>let qn « ceux dont i\ a inspiré Tes exemples ; et voici ce qu| lui sst encore plus (c spécialement propre : Il a poursuivi régoïsme de la personnalité dans le « dernier asile où il vient se réfugier, l'orgueil, la vanité, l'din(Mir«propte( i( seul, peut-être, il est parvenu à l'y ^é^ruijrç, » (Pe GéftAVi^Oi Du per^ fectionnement moral, tome II, page 446.)
GONaùsioif. S75
tenant toutes les relations formées par la nature et la société, les consacrait toutes, et les subordonnait toutes à une relation sublime, celle de l'homme avec son Créateur et son Juge , enfin si cette croyance manifestait la Divinité sous des traits tellement aimables, avec un attribut nouveau si digne d'adoration, que le oœur de celui qui aurait saisi ce divin caractère, ne pût plus se permettre ni hésitation, ni comparaison, ni partage entre le monde et son Dieu, et que, transformé par cette merveilleuse découverte, il ne vécût plus lui-même^ mais tout entier dans le Dieu dont il a sondé l'ineffable charité! Je m'arrête; il y a une foule dé traits à ajouter à ce tableau j mais ceux-là suffisent i et je dis : si cette religion existe^ et que la saeiété soit libre de s'en approcher, la société ne lui de-* vra-t-elle pas sa régénération?
Or^ il y a une religion qui > étant entrée dans te ecÉur d'un grand homme, lui faisait dire avec eflusidn, bien qti'il fût plein d'humilité :
« J'aime la pauvreté^ parce que lésii^-Christ l'a ai- « mée. J'aime les biens, parce qu'ils donnent te moyeti H d'en assister les misérables. Je garde fldélité.à tout t le monde; Je ne rends pas te mal à cetix qui m'en « font ; mais je leur souhaite une conditioft pareilte « à là ifiterine , où l'on ne reçoit pas de mal ni de 4 bieii de la part dès hommes. J*essayé d'être jtrsltë, M vâritabte, âncère et fidèle à tous lés hommes. ïéi c< une tendresse de cœur pour ceux que Dieu m'a a unis plus étroitement ; et soit que je sois seul, ou à a la vue des hommes, j'ai en toutes mes actions la l^è
« de Dieu qui doit les juger, et à qui je les ai toutes « consacrées (1). »
11 y a une religion qui a fourni les traits de ce tableau qui semble un reflet de la vie du paradis :
« Ces honunes ne se distinguent du reste des hom- « mes ni par le lieu de leur habitation, ni par leur « langue, ni par leurs usages; mais, quoiqu'ils dece meurent chacun, suivant que le sort lui est échu, « dans les villes des Grecs et des Barbares, et qu'ils « se conforment pour le vêtement, la nourriture et le « genre de vie aux habitudes du pays, ils se distin^ « guent néanmoins par une conduite admirable et géc< néralement frappante. Ils habitent leur patrie, mais « comme étrangers ; ils s'intéressent à tous, comme « citoyens, et supportent tout, conune étrangers. Tout « pays étranger leur est une patrie, et toute patrie une « terre étrangère. Ils vivent dans la chair, mais non « selon la chair ; ils demeurent sur la terre, mais ils « vivent dans le ciel ; ils obéissent aux lois existantes, « et leur vie les élève au-dessus des lois ; ils sont inju- « ries, et ils bénissent (2). »
Il y a une religion qui avait rendu toute une société conforme à ce beau tableau, que traçait d'elle un témoin oculaire : .
« Quelle personne, venant chez vous, n'a- pas trouvé « votre foi digne de tout éloge, et ferme? n'a pas ad- « miré votre sage et sobre piété ? n'a pas proclamé la
(1) Pascal', Pensées.
(2) Lettre à Diognète. Voyez Neander's Denkumrdigkeiten^ tome II, pige 75.
« magnificence de votre hospitalité ? ne vous a pas fé- « licites de votre connaissance parfaite et sûre des « choses divines? Car vous faisiez tout sans acception « de personnes; vous marchiez dans les lois de Dieu, « étant soumis à vos conducteurs, et rendant aux ance ciens, parmi vous, l'honneur qui leur était dû ; vous « recommandiez aux jeunes gens de rechercher ce qui « est modéré et honnête ; vous prescriviez aux femmes « de tout accomplir avec une conscience irrépréhen- « sible, sainte et chaste, aimant leurs maris comme « cela est convenable; vous leur enseigniez à admi- « nistrer leurs affaires domestiques avec toute décence « et modération, se maintenant dans la règle de Toc< béissance ; vous aviez tous un esprit humble, n'étant « point enflés d'orgueil, étant plus prêts à vous sou- « mettre qu'à commander, et donnant plus que rece- « vant ; satisfaits du don de Dieu, considérant avec « soin ses paroles, vous étiez larges dans vos entrail- « les, et ses souffrances étaient devant vos yeux. Ainsi, « une paix profonde et heureuse vous était donnée ; « un désir insatiable de faire le bien se trouvait chez « tous, et une pleine effusion du Saint-Esprit était ré- « pandue sur tous. Remplis d'une sainte volonté et • « d'une bonne promptitude d'esprit, vous leviez vos « mains vers le Dieu tout-puissant avec une sainte as- « surance, le suppliant de vous être propice, si vous « aviez péché malgré vous ; vous souteniez un combat c< jour et nuit pour toute la fraternité, afin que le nomce bre des élus fût sauvé par la miséricorde et par la « conscience. Vous étiez sincères, innocents, ne con-
278 COMCLUSIOM.
« senant point le souvenir de vos injures inutuelles. « Toute sédition, tout schisme vous était en abominait tion ; vous pleuriez sur les fautes de votre prodiain ; « vous regardiez ses défauts comme les vôtres ; vous « ne vous repentiez d'aucune bonne action ^ étant « prêts à toute bonne œuvre ; ornés d'une eonversa- « tion vénérable, vous accomplissiez toutes choses dans « la crainte du Seigneur ; ses commandements et ses pré- « ceptes étaient gravés sur la table de votre ccBUr(i); »
Voilà la religion des chrétiens. Telle elle s'est montrée dans tous les temps et dans tous les lieux où elle a agi sans le concours des puissances de ce monde. Telles sont les dispositions, telles sont les mœurs qu'elle a développées au sein de sociétés nombreuses, par la seule force de la vérité et le seul secours de l'Esprit d'en haut. Telle elle se montre encore tous les jours dans des âmes heureuses qui ont pu s'abreuver librement aux sources restaurantes de V éternelle vérité. Et sous nos yeux, bien qu'en des terres éloignées, elle renouvelle aujourd'hui pour notre instruction et notre éternelle admiration, ces jours radieux de la primitive Église , dont nous avons tracé une imparfaite esquisse ; voilà la religion des chrétiens ; voilà ce qu'elle est par la liberté.
Être puissant et souverainement bon , qui nous as manifesté dans ton saint Évangile un amour au-dessus de toute intelligence 5 toi qui as voulu que la Parole se fit chair et habitât au milieu de nous, pour être la lumière des peuples et le salut de toute la terre ; toi qui
(i) IfiLNBK , Histoire ecdësiastiqtte.
C0«CL(JS10IÏ . i'fy
ils tant aimé le monde, que de donner ton Fils unique
AU monde j écoute , au nom de teâ bienfaits , écoute
îiôtre prière !
Tett Évangile ^ resplendi sur l'univers comtne la Itamière dii plus beau jdur ; les peuples ont tressailli k cette clarté inattendue; elle s'est propagée d*tin bdiit du monde à l'autre; elle a rendti à Thumànité sefe droite j à l'esclave la liberté, aux infortunés l'espéranée;*elle a consolé surtout la grande infortune du péché, et a substitué dans les coeurs Un repetitir salutaire à un remords impuissant. Mais, Dieu tout bon, les hommes ont altéré ces bienfaits de ta mialin |irdpice ; mêlant leur sagesse bornée à tes divins conseils, ils ont dénaturé cette institution charitable que tu avâis érigée pour la paix et le bonheur du monde ; ils ont contrarié tes plans augustes, et méconnu ta sublime pensée. Ton nom a servi de prétexte à de funestes dissensions, à
• des oppressions tyranniques ; l'esclavage de la conscience a régné parmi ce. peuple de franche volonté que tu t'étais élu ; tes paroles d'amour sont devenues, dans la, bouche des humains, des paroles de haine. et de. co-
..1ère, et le sang de victimes humaines a coulé à l'ombre de cette croix qui porta l'immortelle victime de propitiation. ..
Spigneur, détruis ces maux; Seigneur, achève ton ouvrage ; amène parmi les peuples le règne de la liberté, afin qu'on t'offre désormais des hommages purs
et sans feinte. Inspire au cœur des rois la volonté d'anéantir toutes ces entraves qui retiennent les cœurs sous le joug de la crainte et en bannissent l'amcHr.
Qu'ils rendent à Thomme la libre disposition de con^ience; qu'ils n'en disputent pas l'empire av^ toi , Seigneur, qui seul as le droit de lui dicter d^ lois. Que, se renfermant à jamais dans les limité? d pouvoir que tu leur as. confié, ils rçspectent le règne d^ Dieu, ce règne spirituel et intérieur que tu t'es réseryé • Et puissent les hommes. Dieu saint et bon, profiter de cette liberté pour.se soumettre à toi, ne la désirer que pour t'en faire hommage, et, libres de la part des hompaes, s'engager dans cette glorieuse et douce servitude , qui est l'état bienheureux de celui qui t'ainae ; afin qu'ayant été libres de l'aimer sur la terre, ils soieat libres. Beauté suprême, de te contempler à jamais. dans les cieux ! •
NOTE l, page 42.
Sun LE CÀRACTÈHE DES vhais droits.
ïoh droil estj dans chaque sphère, justemeni totit ce que
'f*** aulres réclament pour eux ; et leur droit est pareillement
'***>t ce que je réclame pour moi. Je n'ai de dcoîls qu'autant
lue je leur en reconnais à eux-mêmes; etaussilûl que je leur
refuse leurs droits , je me refuse le mien ; aussitôt que je me
' *cconle, je le leur accorde. La loi est intervenue pour main-
'«nir cet équilibre,-" elle n'a pas créé les droits : elle les a seu-
'•'ment salués el reconnus avec respect; et elle s'est chargée
'*'*^lr« l'arbitre entre ces droits divers, afin que tous fussent
préservés, ou que du moins aucun ne fût violé sans obtenir
"ïcessamment une réparation. Mais il n'en reste pas moins
'''81 que mon droit est la mesure de celui des autres, et leur
■''^it la mesure du mien,
•le leur reconnais le droit d'acquérir, de posséder, pour '^oir celui d'acquérir et de posséder moi-même. Je reconuais ' 'nviolabililé de leur domicile, pour que le mien soit invio- *^le. Je leur avoue le droit d'exprimer leur pensée, pour être 'U111I4 à exprimer ta mienne. Je leur laisse adorer Dieu, selon '*"!' fui, pour pouvoir aussi l'adorer en suivanl.ma foi.-
'^adroits respectifs, nécessaires au maiullen de l'associa- "**■• 1 ont ceci de remarquable qu'ils subsistent les uns vis-k-tvis ^5 autres sans se nuire. Chaque homme peut exercer son <iroi( ^Qs gCoer aucunemenl son semblable dans l'exercice
du même droit. C'est à cela qu'o» reconnaft les véritables droits, et qu'on les distingue des droits faux et abusifs, dont Texercice ne peut jamais être réciproque.
Et, pour en donner un exemple, si je veux que mon voisin professe mon opinion , qu'il adopte mes mœurs , qu'il embrasse mon culte, je lui enlève par là même tout moyen de réciprocité. Car si je le soumets à toutes ces choses, il s'ensuit qu'il ne pourra pas , pour sa part , essayer de m'y soumettre; si je veux qu'il soit mon esclave, je ne pourrai .pas être le sien ; si je veux qu'il m'obéisse, il ne se pourra pas que je lui obéisse; si je veux avoir soKi bien, il ne pourra pas avoir le mien; car une telle réciprocité implique contradiction* Remarquez qu'il y a bien inégalité de conditions daiis la société, parce qu'il y a inégalité de rhoyens; et cette inégalité .est respectable au même degré et au même titre que régaîUé primitive, puisque chacun a droit de conserver ce qu'il a àcqms en vertu d'un droit ; mais H n'y a point d'inégalité de droite.
Ainsi, je ne puis demander à mon semblable que ce que je suis prêt à lui accorder dans des circonstances domtées. Or, lui accorderais-je le droit d'imposet silence à mes ôpiinidtid, de supprimer la manifestation de ma pensée, d*étoiifflsJ>1a voix de ma conscience? Non sûrement. Par conséquent, }è ne puis m'arroger ce droit à son égard. Par eoiiséquétit; j^ ne puis regarder mon droit cotnme lésé lorsqu'il énonee Soti opinion, lorsqu'il manifeste sa pensée, lorsqu'il tàH parlera conscience. Et lorsque par ces actes il blesserait mes deih* timents et ceux de beaucoup d'atitres, je ne puis* te taxer d'avoir produit un désordre public.
Direz-vous que s'il ne peut exiger de moi ce sacrifice^ la société le peut? Mais qu'est-ce que la société staoii tiiie Institution que nous avons établie pour mieux protéger nos droits? Protéger nos droits est le Seul droit qu'elle ait en propre. Simple dépositaire des droits de tous, conimeift^ ^
trouverait-elle en possession d'un droit que n'a aucun de dCs^ membres?