SUR LA VALEUR DES ACQUISITIONS PROCUREES PAR LA CONTRAINTE
« Par l'intolérance, on purifie encore davantage l'Église opprimée, eu la débarrassant d'un reste d'hommes faibles ou qui n'en avaient suivi le culte que par habitude, et qui n'y étaient restés que tant que les désagréments n'étaient point encore trop sérieux ; l'Église dominante s'enrichira de tout ce déchet. Ce qui reste dans l'Église opprimée sera une élite d'hommes d'une trempe remarquable. »
NOTE VI, page 89.
IRRITATION DES PERSéCDTES.
// faut confesser j dit Tabbé Le Laboureur, parlant de la conduite d'Antoine de Bourbon envers Jeanne d'Albret, qu*il ne prit pas le moyen de la regagner à la vraie religion, de la vouloir contraindre. C'est ce qui la rendit incapable de résipiscencCf et qui la fit déclarer protectrice de r hérésie, sans que toutes les procédures qu'on fit alors contre ellCy ne semissent qu'à aigrir son courage.
« Dans les diverses modifications du rit protestant, l'on peut encore recoi^naître s'il a été plus ou moins opprimé dans son origine. Luther n'attaqua d'abord que les indulgences, ne songeant point à se séparer de l'Église, et protestant dans ses thèses de son obéissance au chef; mais lorsqu'il vit la cour de Rome soutenir les indulgences et s'animer
contre lui, il ne voulut plus avoir de liaison avec le pape, et
L b séparation fut consommée. Cependant les lulhéiiens eureDl
[ bientûl l'appui de princes a^ez puissants pour commander
I le ménagement, de sorte qu'ils n'éprouvèrent jamais de per-
r :Qéciitions formelles de ia part des catholiques ; aussi oBtîli
conservé tableaux, crucifix, éloles, confession pâailealiÛMj
et autres choses, de l'Église dont ils étaient sortis, l&ndisqw
les calvinistes, en butte pendant longtemps auK plus cruelles
persécutions, n'ont pas conservé le moindre vestige de l'auM
cultfi. a
NOTE \n, page 93.
DAHeSH, BN
i LA coitnunni,
H En I700, on voit partir de Paris une cliaine de galériens, dont le crime est la fidélilé à leur religion. Sur les galères, à Marseille, un réformé refuse de fléchir les genoux devant l'hostie. On l'élend nu sur le coursier; le plus puissant turc qui soit dans la galère, arnié d'une corde goudronnée et trempée dans l'eau de mer, frappe de toute sa force; le corps rebondit, retombe sous des coups terribles et redoul blés, et n'est bientôt plus qu'une plaie sanglante. Deux galé- ' Kens catholiques, qui n'étaient pas là pour des excès de zèle, etrangent à la vue de cet atfreux spectacle. Ils vont se décla- *ei' à l'évéque de Mafseille. On les associe aux souffrances de leurs nouveaux frères, et ils eu font leur joie et leur boBheur. D *■
Des faits comme celui-là n'étaient pas rares lors des s . cutious de la primitive Église.
NOTE Vra, page li9.
SUR Li CONSCIENCE.
L'homme, en tant qu'être moral, me semble pouvoir dl décomposé dans les élémeiils suivants, i[ui, dansl'étal dep
NoiKS. 287
Blé où Dieu l'a créé, avaient chacun l'inlégrilé et l'énergie -nécessaires pour accomplir toute la tleâtinalion de l'être qui en fut doué.
tl > a la wlonté, c'est-à-dire la faculté de se déterminer à agir. Je la nomme la premiËte, comme la premièce qui se manifeste en deçà de l'action, la première qui se révèle à nq* tre obseiTaliOQ. L'homme veut, c'est-k-dire qu'en vertii d'une impulsion intérieure, il dirige son intention vers un uerlain but.
Cette impulsion, dont je viens déparier, peut être celle de
la passion, et alors la volonté est immorale, ou celle de
l'insliucl animal, et alors la volonté n'est pas morale, silou-
—Actbis il y a vraiment volonté ; ou enfin celle impulsion est
die de la conscience, et alors la volonté est morale et droite.
La conscience, élément mystérieux et divin de notre ùtre,
nt inséparable de nou'e nature, élément que rien n'es.-
^iqtie, mais que tout atteste, la conscience est ce principe
»ral qui nous presse d'agir conformément k notre persua-
on, et qui nous condamne lorsque nous agissons d'une ma-
pièrë contraire à celte persuasion i c'est, pour ainsi dire, le
isort de riiomine moral.
A ces deux éléments nous en joignons un troisième, d'une ^ulre nature i c'est la loi morale, C'e&l un corps d'idées ou de seoUuiealii relatifs aux différents rapports auxquels Dieu nous I assujettis. La parfaite conformité à ces rapports est le prinêipe de ia loi morale. La raison peut nous élever à la conaiseance dcces rapports et de leurs conséquences pratiques; mats en faisant cela, elle ne fait, en quelque mauière , giie retrouver des principes que la main de Dieu avait, en Dous ca^ol, gravés sur ta table de nos cueurs, et qu'on est nifime convenu d'appeler la loi nalureile.
On voit que cet élément est fort dilférenl des deux pre-
Ivniers. Ils sont des forces inUéreiiles ii l'homme; la loi nalurelle est une révélation que ces deux forces ont été destin ktées à appliquer.
L'intégrité de chabun de ces éléments, Tharmonie de tous, constituaient la perfection de la nature bupfiaine. Cette perfection n'existe plus; Thomme est déchu. Le péché a débilité sa volonté , a corrompu ses notions morales ; et sa chute serait désespérée, son mal résisterait «léme aux remèdes d'un Dieu, si la conscience ne lui fCil restée. La conscience, inaliénable propriété qui constate l'identité de l'homme naoral, puisque, privé de cet- organe, l'homme ne serait plus homme, est demeurée inaltérable en lui , pour être le point d'appui de sa restauration. C'est sur cette base que Dieu reconstrui l'homme.
Kant a exprimé la même idée dans le passage suivant: a Le rétablissement de la disposition originaire au bien m a peut se concevoir comme l'acquisitipn d'un ressort perdu; a car ce ressort, nous n'avons pu le perdre ; et si nous l'avio a perdu, nous n'aurions jamais pu le recouvrer.- Ce rétabli a sèment n'est que le rétablissement de la pureté de ce asort(l).x>
Que n'a-t-on pas dit sur les divergences et les abemitio de la conscience! Et elle n'en a point; elle ne peut point ei avoir, telle que nous la concevons. On a cité lé sauvage qu fait périr soh.vieux père, et qui croit remplir son devoir. Cet perversion d'idées fait horreur; cette dégradation fait rougir : on y voit les sentiments naturels, la loi morale, indjgnemen méconnus. Mais ce n'est point la conscience qui est altérée; elle a toute son intégrité, maiseUe est 'profanée; c'est u talent excellent mis à la disposition du crime.
Ailleurs, dans des pays de civilisation et de haute phi ■ phie, ce n'est pas la loi naturelle qui est ignorée; la Ta retrouvée, du moins en partie; mais c'est la volonté qui est affaiblie ; on n'aime, on ne désire, on ne veut pas le bien. Ici , que fait la conscience? Incorruptible et importuhe, eMe proteste, elle gémit, elle s'indigne. On peut s'étourdir pou
(1) Kant's Théorie der reinmoralischen Religion^ mit RùcksichtaufcUu reine Christenthum, kurz dargestellt^ § 43.
ne pas l'entendre; mais on ne saurait la suborner ni la séduire. Il y a, dit-on, un élal d'abrutissement où l'homme ne sent plus cette impulsion intime de la conscience : j'en doute; nmis si cela était, h qnel rang de la création faudrait-il plaœr un tel être ?
NOTE IX, page 127.
a Bien éloigné de la jalousie haineuse des Juifs, de l'indlf- [ fêrence du musulman et de l'idolâtre pour la croyance el les I mœurs des nations étrangères, les bienfaits que la bonté divine accorde au chrétien, il voudrait les verser sur ses semblables; ils ne sont complets pour lui, que lorsqu'ils sont partagés. Quand une fois le soleil de justice et de vérité a lui dans son &me, il voudrait le voir se lever pour les autres; et LUiB sent comme poussé par la compassion, autant qu'obligé Lparla reconnaissance, ii répandre, selon ses moyens, la douce L lumière qui t'éclaire. »
( P,-A. Staffëb, Discmrs à la Société des Missions s.)
NOTE X,pase 131.
SUR LES FERSËCtlTlONS RELIG1KU8R3.
■ Lucrèce, en représentant Agamemnon, meurtrier de sa propre 611e , s'écrie : a Tels sont les crimes que la religion a f conseillés I n Mais qu'aurait-il dit s'il eût eu connaissance de la Saint-Barlhélemi et de la conjuration des poudi'es en Angleterre ? Je ne doute pas qu'il ne fût devenu sept fols plus épicurien ou athée qu'il ne l'était... Ce fut sans doute un indigne blasphème que ces paroles de Satan : Je mottterai, et Jtterai semblable au Très-Haut (1). Mais c'est un blasphème bien plus grand de faire dire k Dieu : n Je descendrai, et je lemi semblable au prince des ténèbres, n Or, c'est ce qui ar- ») ÉMH, XIV. u.
rive lorsque, faisaQt descendre la cause auguste de la religion, on la précipite à d'exécrables forfaits, à Taësassinat des princes , au massacre des peuples , au bouleversement des empires. C'est faire descendre le Saint-Esprit sous rimage> non d'une colombe, mais d'un vautour; c'est arborer, sur le vaisseau de l'Église , le pavillon des pirates et des forbans. Il est donc juste, et les circonstances actuelles l'exigent impérieusement, que l'Église avec sa doctrine et ses décrets, les princes avec le glaive, les lettres, soit religieuses, ^oft mor^l^, av^c leur caducée, précipitent daps le goufifre de l'enfer, et ané^p-r tissent aux siècles des siècles, et des ^ctiQQ^ semblables et les doctrines qui tendent à les autoriser. Ce yœu est déjà réalisé en grande partie. Il serait à désirer que, dap^ toutes les entreprises relatives à la religion, Içs hommes pe pçrdiss^nt pas de vue cet avertissement de l'ÂpOtre : Za cofère de l* homme n'accomplit pas la justice de Diçu* Et^ s'il faut dire la vérjlé, un des Pères de l'Église, homme d'upe ssfgesi^e cat^ sommée, a observé avec bien de la raison, et s^ dit avec non ipoins de franchise, que ceux c[ui conseillent de subjuguer les consciences par la force, ne peq^ent, en proclamant ce dogme, qu'à donner un voile à leur ambition, et à servir leur intérêt particulier. »
(Bacon, Sermones fidèles, etc., § 3.)
ExtrçLits de la Harangue prononcée à Pçiss^ par le çbancelii^ de LHospital^ en présence des seuls théologiçns catholiques.
« Toutes les fois que Ton délibère d'appaîser les dififëreBdz subveneus pour le faict de la religion , entre aultres choses qui doibveqt estre observées, ypeile est la principale qu*on use de toute doulceur et bénignité. A8n que ceulx qui se^ ront en erreur puissent recevoir instruction, à laquelle il n'y a rien si contraire que la force et violence, suivant le dict de sainct Augustin, qui dict que c'est une diligence plus griefVe que profitable de contraindre les hommes sans les enseigaer.
a Et de faict, nous avons veu de nostre teqytSi ^p^iig q^e
l SOTES. 29!
U nombre de ceuix qui se seroieiit souslrailz de l'obéyssance lu pape a comineDcé de multiplier en ce royaulme, que comfien qu'il n'y avoyt de rigueur qu'on ne les ayt fatct passer tespace de trois ans, si est-ce que cela n'a de rien servy pour MclerniÎDer ou moindrir le nombre , lequel au contraire est iBUerUfint augiueuté, que, nonobstant toutes iieines, il est injourd'huy intiny.
a La conscience est de telle nature qu'elle ne peult estre fatcéa, mais doibt eslre enseignée... Etmesme là foy (si elle tel) contrainctc, elle n'est plus la foy,
K El ce qui nous doibt ezmouvoir davanlaige, c'est l'offre ie ceuIx qu'on appelle évangélisles , lesquels ont lousjours idFertd'euU aiisujetlir & la parole de Dieu, laquelle itz disent iecognoislre pour la seule règle de vérité.
a Et est merveilleux qu'on a veu par cy-devant, en la inorl ^ plusieurs d'entre eulx, exécutez pour la religion, une eonidence admirable et une voye plus que humaine, par la- |oeile ilz surpassoient les frayeurs et appréhensions de la BK>rt ; mais chantant au milieu des flammes , invoquant fi iaute voix le nom de nosire Seigneur Jésus-Christ : et en juelque partie qu'on l'inlerprète, si est-ce qu'il appert clairement par cela que telles genz sont résoleus et persuadez qu'ilz tiennent une bonne doctrine , et ne sont comme plusieurs séditieux qui ont mauvaise conscience , et contre le témoignaige d'ycelle taschent néantmoins à empoisonner le peuple )e leurs erreurs; et pourtant (par conséquent) ne fault propider contre les ungs comme on faict contre les aultres.
H Quanta leurs assemblées, il ne les fault point séparer de ^r religion; car ilz croyent que la parole de Dieu les oblige Hroictement de s'assembler pour oyr la prédicalion de l'Ëkoglle, et participer aux sacrementz, et tiennent cels pour tt article de foy.
o II ne se trouvera pas que les assemblées soyent sédieutes, mais au contraire. El est appareu qu'en ycellos on Pis pieu })our Je cuy, ppiu lejijudges du soa royaulme et poiu-