SUR LE MOT DE TOLERAKGE
Nous ne rejetons le mot de tolérance que comme l'expression des rapports de l'État avec les religions. Ce mol, d'wl-
;, ésl fort beau, quand il désigne cette dispôsiiibn 3e omme charitable a supporter chez 1rs autres des doclimes
une conduite quil condamne Cette vertu est, comme Ite tpfIu, un saciirice, puisqu elle a pour effet de laisser bsisier ce que nous xoudrion"! \oip détruit Et il s ensuit lireraent que cette vertu est d autant plus belle que le sa- [fi(,e est plus grand, cesl a-dire que nos prineipe"; sont DS fermes et nos crojances plus \i\ps I incrédule et 1 m "'ereut n auraient ce «ieniblp ni peme m mérite à être lérauts ; cependant ils ne le sont pas toujours, et même
ne peuvent pas facilement l'être, puisqu'ils n'ont point en la d'abnégation à Faire. Quant aux Ëtats, comme ils ne Ht pas des personnes individuelles, des êtres moraux, ils ne Hivent avoir des vertus; et la tolérance n'est, de leur part, l'iiiie mesure politique, qui ne satisfait qu'à moitié aux Poils de la société.
NOTE XSIX, pafje 246.
ÉTABLlSSEllENT Ii'uNE HËUGlON NOnVELLE.
Il est à propos de rappeler Ici l'étonnante restriction que fi. Rousseau a cru devoir mettre à la liberté de conscience : Je ne crois pas qu'on puisse légitimement introduire en un iPKjrs des religions étrangères sans ta permission du souverain; car, si ce n'est pas directemeut désobéir à Dieu, c'est désobéir aux lois ; et qui désobéit aux lois désobéit a
pieu Il est bien différent d'embrasser une religion nou-
rvelle ou de vivre dans celle où l'on est né ; le premier seul flBt punissable. On ne doit point laisser établir une diversité
^ culte B {Lettre à Christophe de Beaumont.)
D'après le raisonnement de Bousseau, il n'y aurait qu'un gunient en faveur d'un culte, la prescription. U serait légiiie de s'attacher à un culte établi, non point parce qu'il I bon, mais parce qu'il existe. Celui-là aussi était mauvais à Bk Daissance ; lorsqu'il se forma, c'était un délit que de l'a- ■opter; son existence, comme celle de tout autre, est un
abus ; mais cet abus étant invétéré devient respectable ; bien plus, cette religion est par là même privilégiée à l'exclusion de toutes tes autres.
J'ai dit que ce culte favorisé était essentiellement mauvais à sa naissance, comme tous les autres; cela est compris dans la pensée de Rousseau ; car, si ce culte était bon par luimême, à quoi bon invoquer pour lui la prescription? II n'a la préférence que parce qu'il est venu le premier ; ce qui veut dire, ou que les peuples tombent du premier coup sur la vérité, ou que, n'y ayant aucune raison pour choisir un culte plutôt qu'un autre, il faut tout bonnement s'en rapporter aux dates, et que les questions de conscience sont des questions de chronologie.
L'autepr aurait bien dû déterminer l'âge auquel une reli^ gion commence à devenir vénérable, et par conséquent obtient le monopole exclusif des consciences ; car comme, à Texception du culte primitif, il n'est pas une religion qui n'ait succédé à une autre, on ne voit pas pourquoi une religion en germe n'aurait pas àison tour le droit de succéder à celles qui subsistent; n'a-t-elie pas aussi la prétention de vieillir, et de fonder un jour ses titres sur son antiquité ?
Il est bien étrange que l'apôtre de la liberté ait ainsi dogmatisé en faveur du plus terrible esclavage, d'un esclavage que l'indiiférentisme tout seul peut entendre annoncer avec tranquillité. Que celui qui regarde toute religion comme une fable convenue, comme un hochet populaire, se fasse peu de scrupule de proposer aux nations de s'en tenir pour toujours aux mêmes hochets, cela peut se concevoir; mais celui qui, jetant sur les périodes menaçantes de rélernilé un regard d'angoisse, cherche à établir ses relations avec Dieu sur les bases les plus sûres, celui qui, joyeux d'avoir trouvé la solution du grand problème de la vie, brûle de donner gratuitement à tes frères ce qu*il a reçu gratuitement,,, ah! c'est quelque chose pour lui que de pouvoir embrasser une religion nouvelle et la propager; et de toutes les tyrannies que Thomme peut se
plaire à exercer sur Thomme , je n'en connais point de plus odieuse que celle qui le dépouillerait de ce beau droit. Hélas ! nous n'apprécions que nos propres besoins , et ceux des autres ne nous touchent guère. C'est par là, je le répète, qu'ont échoué tant de défenseurs inutiles de la liberté de conscience. Us ne revendiquaient que leur droit, ne plaidaient que leur cause. Heureuse la charité chrétienne I elle défend les droits de l'humanité et la cause de Dieu !
U est très vrai , comme Rousseau l'observe, que qui désobéit aux lois désobéit à Dieu ; mais il faut aussi que les lois obéissent à Dieu; elles doivent rester dans le domaine qu'il leur assigne, et se garder d'empiéter sur le sien. 11 y a des cas où obéir aux lois serait désobéir à Dieu, et où leur désobéir est accomplir la volonté de Dieu même. Mais le fanatisme , va-t-on dire , quels abus ne peut-il pas faire de ces {Nrincipes ! Oui, sans doute, mais ces principes n'en sont pas moins vrais , et il n'y fera point renoncer l'espèce humaine. Que dans ces cas, le magistrat sévisse, il le peut; il n'y a point d'arbitre sur la terre entre lui et ceux qu'il croit devoir poursuivre ; la lettre des lois est contre eux ; à la lettre ils sont coupables; mais Dieu prononcera. Qui sait de quelles couronnes sera parée, dans les cieux, une telle désobéissance ?
NOTE XXX, page 261.
UN GARAGTàRE DU POLTTHEISHE ANTIQUE.
« IHssidia circa religionem, mala erant Ethnicis incognita, Nec mirum , cum religio Ethnicorum posita esset potiûs in ritibuSy et cultu deorum extemo^ quàm in constanti aliqua confessione et fide. Facile enim est conjicere^ cujusmodi fuerit illorum fides^ cùm prœcipui Eccksiœ ipsorum doctores et patres, fuerint poetœ. » (Bacon., Serm. fid. III.)
a Si, parmi les païens, la diversité d'opinions sur la religion ne fut jamais une source de querelles et de discordes , c'est que toutes leurs divinités étaient locales : la vénération que
3iQ NOTES.
chaque peuple avait pour un dieu tutélaire , n'excluait pas Texistencc ou le pouvoir des autres dieux ; et le culte étabK dans un pays n'était point incompatible avec celui des autres nations. Ainsi les erreurs dans leurs systèmes théologiques ne donnèrent point d'atteinte à la paix des États; et, malgré le nombre prodigieux de leurs divinités et la variété infinie de leur§ céréjnonies religieuses , l'esprit dp tolérance et de sociabilité subsista toujours parmi eux.
« Mais, lorsque la Révélation chrétienne eut annoncé qu'il n'y avait qu'un seul Dieu et qu'un seul culte digne de cet Être suprême, ceux qui en reconnurent la vérité, durent regarder tput autre culte comme absurde ou impie. De là vient le zèle des premiers chrétiens pour la propagation de leur doctrine, et cette ardeur pour renverser les autres cultes. Cependant ils n'employaient d'abord que des moyens conformes à Tesprit de la religion. Ils persuadaient les esprits par la force du raisonnement; ils gagnaient les cœurs parle charme d'une vertu sublime. Enfin, la puissance civile s'étant déclarée en faveur du christianisme , quoique le grand nombre des païens, à l'exemple des chefs, se soumit à l'Église, plusieurs restèrent attachés à leurs anciennes superstitions. Irrités de cette obstination, les ministres de l'Évangi^^» dont le zélé ne se ralentit pas, même après le relâcheflfl^*^^ de la ferveur, voulurent forcer les consciences; et passant *^ bornes de leur mission , ils armèrent le pouvoir du tr^*^® contre des infortunés qu'ils n'avaient pu convaincre, et^ • * (RoBERTsoN, Histoire de Charles-Quint, livre XI-)
Je supprime à regret la suite de cet intéressant morc^^*^' qujB Robertson annonce sous le titre de Réflexions sur ^ progrès des principes de Tolérance.
NOTE XXXI, page 399.