OBSERVATIONS SUR UN ARTICLE
C'est ce que pous verrons. En attendant il va prendre un bien grand élan, ou plutôt il va se permettre une bien grande inconséquence ; car, après avoir dit que le gouvernement ne doit se soucier, en matière de religion , que des actes extérieurs , que des faits danger reux , il prononce immédiatement que « la direction « du culte public appartient à la haute police de l'État, « que la société doit veiller à la pureté et à l'unité du « culte.» Voilà, ce nous semble, une contradiction visible; car la pureté, l'unité du culte, sont bien en deçà des actes extérieurs ; la direction du culte est bien autre chose que la répression des délits occasionnés par le culte ; et un État qui dirige le culte, qui veille à sa pureté et à son unité , empiète visiblement ôur ce domaine de la conscience , dont l'auteur a d'abord reconnu l'inviolabilité. Pourvoir à l'unité du culte, c'est n^en tolérer qu'un, c'est exclure tous les autres. Où est alors la libeVté des cultes? où "est la liberté de conscience ? On voit que l'auteur nous a fait faire bien du chemin.
Mais passons-lui l'inconséquence ; car dans cette réfutation, nous pouvons à notre aise être généreux. Uno avulso non déficit aller.
Qui a dit à M. M** que la direction du culte appartient à l'État? Affirmer, estrce prouver? Quant à nous, nous sommes persuadé qu'il fallait dire surveillance. Quoi qu'il en soit, l'assertion de M. M** n'étant appuyée d'aucune preuve, revêtue d'aucune autorité, nous la tiendrons pour nulle et non avenue. Quand on s'avance pour prononcer sur d'aussi grandes questions.
it qu'on ne dit pas son nom, qui serait peut-être une lutorité, on est tenu de produire des preuves.
« La société doit veiller à l'unité du culle. » — Si ce ^ÎTicipe est vrai, il faut aussi que la société veille à l'unité des opinions de toutes sortes ; il n'y a pas de ^ison pour qu'elle s'en dispense. Il est des opinions politiques dont l'influence sur les destinées de l'État it bien plus directe que celle des opinions religieuses. « La société doit veillera l'unité du culte. » — C'est Sui imposer une rude liïche. L'histoire en fait foi, l'étude de nous-mêmes suffirait à nous l'apprendre, le lïon sens le déclare. Quoi! toutes ces imaginations, toutes ces âmes, tous ces êtres moraux et volontaires, vous voulez que la société les amène à la même reli- ;ion ; vous voulez qu'à moins d'adopter votre culte, ils westent sans culte ! Quelles forces nouvelles a donc re- ^es la société? Voilà quinze siècles que les princes les plus puissants et les plus habiles échouent dans *cette entreprise ; et vous avez le courage de la conseiller ! Vous qui reprochez a quelques zélateurs d'attiser ia dâcordti et de préparer les révolutions, mesurez, si "VOUS le pouvez, les maux qu'a versés sur le monde ce système fatal d'unité que vous venez défendre ; et, '«près cela, vantez-nous encore cette unité impie !
Impie est le mot; car si c'est une impiété de nier Dieu, n'en est-ce pas une aussi grande de nier la conscience, qui est sa voix, son organe, son représentant dans nos âmes? Nier la conscience, n'est-ce pas le nier lui-même? Car s'il n'y a jias de conscience, il n'y a pas de distinction entre le bien et le mal ; et s'il n'y .
36t OBSBRYATION» BUR UN àSaiClM
en a point, qu'est-ce que Dieu? Or, vous niez la coiiscience lorsque vous faites des lois qui supposent qu'elle n'existe pas, ou qui exigent qu'elle ne parle pas.
« La société doit veiller à l'unité du culte. » —Mais songez-vous que vous faites le procès à tous les gouvernements européens, excepté peut-être à ceux de la Péninsule Ibérique? car le Turc lui-même est plus libéral que vous. Lui-même, avec quelques restrictions, souffre sur le sol de sa conquête un culte qu'il a en horreur; lui-même renonce à cette unité que, selon vous, tout gouvernement sage doit établir ou mainte* nir; il souffre des églises à côté de ses mosquées. Mais n'allons pas demander des exemples à l'islamisme. Votre canton tolère des catholiques parmi ses ressortissants réformés; et c'est de vos deniers. Monsieur^ qu'on paye les curés. Blâmez-vous notre gouvernement de cette tolérance? Ah! vous vous en garderez, j'espère ; car ce serait braver la loi ; etsila loi n'est que la représentation du vobu général, comment vo^Jtlez-'VOus que j'appelle le citoyen qui la brave ?
Ce sont vos propres paroles que je viens de citer. Elles sont d'une grande portée, Monsieur. Et d'abord elles nous apprennent que toute loi est la représentation du vœu national. Ainsi la loi des suspects, pendant la terreur ; ainsi la loi du sacrilège, il y a quatre ans ; ainsi la loi sur la police de la presse, il y a deux ans, ont été, en France, la représentation du vom général; il faut prendre note de cette découverte, et conserver ce précieux axiome. C'est un nouvel appui à donner à l'autorité des lois. On avait cru jusqu'ici, qu'elles
51 R LES SECTAinES. 363
n'avaient pas besoin, pour fitre respectées, d'être la iepréeenlation du vœu général; dès aujourd'hui noue Bavons le contraire. Prenons garde pourtant; il y a des gens qui pourraient s'aviser de douter que telle ou telle loi fût la représentation du vœu général, et partir de là pour la braver, ce qui serait très logique, mais très alarmant pour la société: prions donc M. M" de soumettre son axiome à un nouvel examen.
Il nous demande comment il faut appeler le citoyen qui brave la loi; et il ajoute: « Veuillez chercher le H mot. » E h ! il n'y a pas tant à chercher. Le mot, c'est êidUieux, factieux, rebeitt, sauf à établir la synonymie. Oui, rebelle pour celui qui a fait la loi, rebelle aux yeux de la loi. Mais prenez garde, les lois elles-mêmes sont quelquefois rebelles; rebelles à la loi éternelle du Ljuste, à la loi suprême de Dieu. Placé entre cea deux l'Iois, tel citoyen peut se souvenir qu'il est homme, 'qu'il est croyant. Et alors, dans la nécessité de choisir entre ses semblables et son maître, entre les hommes et Dieu, il se décide pour celui par qui les rois régnent, par qui les législateurs font des lois, par qui les magisfrals exercent la justice. Inscrit ici-bas sur les listes de proscription, il s'attend que son nom sera gravé làbaut dans le livre de vie. Il veut bien être citoyen rebelle dans la société des hommes, pour être citoyen ioyal et fidèle dans la société des élus. Qu'est-il réellement? Le gi'and jour révélera tout ; mais ta conscience du genre humaina quelquefoisdevancél'arrêldu grand jour. El ce père qui, dans des troubles civils, fut accusé de n'avoir pas révélé l'asile de son fds proscrit.