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trise de la mer et accorde la parité navale aux Etats-Unis. Des coefficients, visant uniquement les cuirassés et les navires porte-avions sont répartis entre les puissances sur la base de leurs forces navales, à l’époque de la conférence:
5,25 aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne.
3,15 au Japon.
1,75 à la France et à l’Îtalie.
A côté de ce traité, un accord est signé, visant la liberté du commerce en Chine. À Washington, le problème de la sécurité dans le Pacifique est résolu. Une entente se fait sur la non-fortification des îles Mariannes par le Japon, et des bases anglo-saxonnes de cette partie du monde (c’est-à-dire Hong-Kong et l’ilôt de Guam). La marine japonaise domine ainsi dans les eaux territoriales puisque les autres flottes manquent de bases rapprochées pour être menaçantes, et elle n’est pas une source de danger puisque son tonnage reste sensiblement inférieur à celui des flottes anglo-saxonnes.
A côté d'inconvénients certains, tels que d’avoir posé maladroitement la parité franco-italienne (2), les accords de Washington, bien que critiqués vivement, sont avantageux au point de vue strictement anglo-américain. Si l'Angleterre a perdu la maîtrise des mers et si les Etats- Unis ne l’ont pas obtenue, les deux pays sont arrivés à réaliser un désarmement substantiel tout en conservant leur supériorité sur les autres nations. Les Etats-Unis ont recu la parité avec la flotte la plus puissante du monde ; ils ont brisé l’alliance anglo-japonaise, la flotte nippone est
(2) Voir Lindsay Rogers Current History, 1932.
réduite à un niveau qui ne la rend pas dangereuse. La marine des Etats-Unis domine les mers baignant les continents américains. L’Angleterre a perdu la primauté navale, mais elle a évité une course aux armements qu’elle n’eut pu gagner. Sa supériorité navale reste incontestée en Europe.
Les accords de Washington consacrent l’hégémonie anglo-saxonne des mers. L’entente s’est établie aux dépens des autres puissances, mais elle ne s’est faite nullement sur la question de la liberté des mers, tenue résolument à l'écart. La compétition navale anglo-américaine n’est arrêtée que temporairement ; dès que les susceptibilités politiques s’éveillent, la course aux armements recommence.
Les années qui suivent les accords de Washington, marquent une détente notable dans les relations angloaméricaines. Puis en 1926, les Etats-Unis deviennent à nouveau irascibles. Ils s'inquiètent des constructions anglaises pour les types de navires non limités à Washington. La course aux armements reprend par catégorie. Pour mettre fin à cette rivalité, une conférence se réunit en 1927 à Genève. Seuls, l’Angleterre, les Etats-Unis et le Japon sont représentés. La France et l'Italie, que sépare la question de la parité, ont décliné l'invitation, L’Angleterre réclame les 70 croiseurs — 25 au service des escadres et 45 pour la protection du commerce — qui sont indispensables à ses besoins. Les Américains désirent moins de croiseurs mais d’un tonnage plus élevé ; ils réclament un chiffre égal à celui qui avait été accordé à la Grande- Bretagne. Le problème est insoluble parce que les lois de la mer ne sont pas codifiées. Ignorant la position de l’Angleterre, si elle devenait belligérante, les Américains cherchent à protéger leur commerce, et le seul moyen d’assurer
efficacement cette protection est de posséder une flotte qui ne soit inférieure à aucune autre.
Après l’échec de la conférence, les relations des deux pays ne s’améliorent pas. L’irritation américaine éclate lors de la révélation du compromis naval franco-britannique de 1928. C’est le signal de protestations dans la presse des Etats-Unis. On veut y voir une tentative d’encerclement par la Grande-Bretagne aidée par la France, et alliée, à nouveau, au Japon. C’est une atteinte au principe de la parité.
Heureusement l’atmosphère s’éclaircit peu après. Il y a d’abord la signature du Pacte Kellogg qui, bien que dépourvu de sanctions, est un geste en faveur de la paix, auquel l'Amérique s’associe d’une manière intime. Il y a en Angleterre le triomphe des travaillistes, plus enclins que les conservateurs, à sacrifier, à l’amitié anglo-saxonne, les droits des belligérants sur mer. Ce rapprochement se manifeste par le voyage du Premier Mac Donald en Amérique.
Cette entente préalable va assurer le succès de la conférence de Londres. Les négociations restent difficiles, mais on arrive à un résultat (3). Toute course aux armements est supprimée entre la Grande-Bretagne, les Etats- Unis et le Japon jusqu’en 1936. La France et l'Italie restent toujours séparées par la question de la parité. Des précisions sont apportées aux conditions de remplacement des navires hors service, aux caractéristiques des navires porte-aéronefs, à la limitation du tonnage des sous-marins. Enfin, une convention est conclue relative à l'emploi des sous-marins.
(3) Esprit International 1930, p. 438.
En 1932, le problème du désarmement naval est de nouveau remis en débat, dans le cadre cette fois, du désarmement général. La proposition Hoover (4) prévoit : la réduction d’un tiers du tonnage et du nombre des cuirassés, d’un quart du tonnage des aéronefs, des croiseurs et des contre-torpilleurs, d’un tiers de celui des sous-marins. Le traité de Londres serait étendu à la France et à l'Italie. La proposition souligne ensuite les sacrifices ainsi consentis par l'Amérique.
Le plan français proposé à la réouverture de la Conférence (5) pour l’organisation de la paix et du désarmement comporte quatre parties :
1° Que les Etats-Unis renoncent explicitement à la liberté des mers : «Il est, en effet, de toute évidence que l’organisation de la paix est un leurre aussi longtemps qu'une grande puissance navale comme les Etats-Unis se réserve toute liberté de ravitailler l’agresseur ».
2° La garantie britannique qui peut alors jouer sans crainte des Etats-Unis.
3° L'assistance mutuelle.
4° Le contrôle international des armements.
Le désarmement dépend du problème du blocus, c’est-à-dire de la solution donnée à celui-ci par les deux puissances navales, Etats-Unis et Grande-Bretagne.
En raison de l'échéance prochaine des traités de Washington, une réunion préparatoire, connue sous le nom de Conversations Navales de Londres, a lieu à la fin de l’année 1934. Seuls y prennent part la Grande-Bretagne,
(4) Europe Nouvelle, 1932, p. 1144.
(5) Europe Nouvelle 1932, p. 1348,
les Etats-Unis et le Japon. Cette fois, la rivalité n’est plus anglo-américaine, mais elle oppose les puissances anglosaxonnes au Japon. L’Angleterre assume le rôle de médiatrice, ce qui provoque des critiques aux Etats-Unis.
La position des Etats-Unis est simple. Ils désirent continuer les accords de Washington qui assurent la parité avec l’Angleterre et la supériorité sur le Japon. Ils se montrent partisans des tonnages limités à 35.000 tonnes pour les cuirassés, et à 10.000 tonnes pour les croiseurs.
La Grande-Bretagne a le désir de voir limiter le tonnage des cuirassés à 25.000 tonnes et celui des croiseurs à 6 ou 8.000 tonnes. Elle insiste toujours pour obtenir les trente nouveaux croiseurs qu’elle juge indispensables à la protection de son commerce. D’autre part, elle désire, à l'expiration des traités, la rénovation de sa flotte de bataille (6).
Quant au Japon, il veut la parité, par exemple, par la réduction des autres marines au niveau de la sienne. Il fait la distinction entre les navires offensifs — grands croiseurs, cuirassés, porte-avions — et les navires défensifs — petits croiseurs et sous-marins. —
Comme ni les Etats-Unis, ni le Japon ne veulent céder, l'accord ne se fait pas malgré les efforts de l’Angleterre. Les formules transactionnelles proposées sont les suivantes :
— Droit théorique à la parité navale, en pratique construction jusqu’à la limite autorisée par la convention.
— Tonnage global qui ne serait pas atteint ; avec communication des besoins.
(@ Europe Nouvelle 1934, P. 656,
— Désarmement qualitatif et communication des programmes,
« Le seul résultat de cette offre fut de soulever un sérieux mécontentement aux Etats-Unis où le bruit se répandit que le zèle de l'Angleterre en faveur d’une transaction s’expliquait par une entente secrète entre elle et le Japon. Vif émoi à Londres. Démenti formel de Mac Donald, L’Angleterre a mesuré le risque de paraître abandonner les Etats-Unis et les accords de Washington, il est probable qu’elle ne s’y aventurera plus » (7).
Devant l’intransigeance nippone, les conversations s’arrêtent, La conférence, qui doit s’ouvrir l’année suivante, s’annonce difficile.
Deux faits nouveaux surviennent entre temps.
L'accord naval franco-italien ne résout pas la question de la parité entre les deux pays, mais réalise une entente sur les programmes de construction jusqu’en 1936. Chaque nation a droit à deux bâtiments de ligne ; en matière de bâtiments légers la France peut construire 6.000 tonnes de plus que l'Italie ; pour les sous-marins, le tonnage accordé est de 4441 tonnes à la France contre 2.791 tonnes à l'Italie.
L'accord naval anglo-allemand est signé (8) le 18 Juin 1935. Il constitue une violation formelle des clauses navales du Traité de Versailes. Il permet à la flotte allemande de se reconstituer. La proportion accordée est 35 % de la flotte britannique, et 45 % en ce qui concerne
(7) Europe Nouvelle 1934, p. 1193.
(8) René La Bruyère. Revue politique et parlementaire, Avril 1935, p- 18.
les sous-marins. La marine allemande n’est plus, comme le projetait le Traité de Versailles, uniquement défensive. Enfin, les navires du type Deutschland construits dans les limites du traité de Paix, sont des navires surclassant les navires du même tonnage. Ces résultats ont été obtenus par des dépenses élevées. D’où « il faut s’attaquer à réduire les budgets des marines, car, en dépensant beaucoup d'argent, on crée des navires surclassant les navires de même catégorie (9) ». Ce genre de limitation semble présenter des complications inextricables dès que l’on passe à l’application.
Quant aux règles de guerre maritime on apprenait (10) que le cabinet Baldwin avait obtenu de l’Allemagne l’assurance qu’elle renonçait dans la conduite des opérations sous-marines, à la barbare et inhumaine politique de destruction sans avertissement préalable et même, ceci est moins sûr, à toute destruction de navires de commerce par les sous-marins, sauf, bien entendu, dans le cas d’utilisation de ces véhicules marins pour des but militaires. Il s’agit là, en somme, d’engagements bien vagues.
(9) Inspecteur général de l’Artillerie Navale Bourgnain. Esprit International 1930, p. 627.
(10) Les accords anglo-allemands et la guerre sous-marine: Revue
Politique et Parlementaire, 1935, p. 117.