‹ La liberté (volume 2)Chapitre 4 sur 10 · XXXI I · texte numérisé non relu

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intolérant, il ne tombera plus dans les mêmes excès d^ntolérance ; que, sans être moins avide, cette avidité se satisfera autrement ; qu'enfin , sans valoir mieux pris abstraitement et humainement, étant plus civilisé, conséquemment moins nuisible, il vaudra mieux considéré relativement et socialement. Mais qu'on ne s'y trompe point : ce ne sera pas l'être interne, l'être abstrait qui sera amélioré; ce sera l'être externe, l'être relatif; ce ne sera même pas celui-ci, ce sera le milieu social, ce sera l'ensemble des choses constituant le progrès continu. Dire que l'homme civilisé est supérieur à l'homme barbare, ce n'est pas dire que l'homme est supérieur à l'homme ; c'est dire que la civilisation est supérieure à la barbarie, que l'instruction vaut mieux quel'ignorance. Ainsi, quelquechemin que je prenne, tout chemin me ramène toujours à mon point de départ et à ma conclusion , comme tous les rayons d'un cercle aboutissent à la fois au centre et à la circonférence. Mon point de départ et mdl conclusion sont que ce à quoi tout gouvernement W devrait s'appliquer sans relâche, ce serait à per- j

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fectionner sans fin les instruments de culture de l'homme, à rendre de plus en plus complet l'a^ telier social. L'exercice et le travail sont de puissants modificateurs. Ce que l'exercice et le travail font pour les forces musculaires de l'homme , dont ils accroissent considérablement la vigueur et la souplesse, l'étude et la pratiqué le peuvent faire non moins puissamment pour ses forces mentales. Combien il s'en faut que la civilisation tire encore de l'homme tout ce qui est' en lui, corporellement et intellectuellement! Tl suflSt de comparer entre eux les individus appartenant à des professions différentes pour acquérir la conviction , plus que la conviction , la certitude quel'homme dépend moins de lui-même que de ce qui l'entoure, et que les choses qui lui sont extérieures exercent sur lui une influence si grande qu'elles peuvent changer sa constitution, et nonseulement sa constitution physique , mais aussi sa constitution intellectuelle, c'est-à-dire faire naître en lui d'autres idées, contracter d'autres habitudes, d'autres goûts, d'autres niœurs. C'est un fait acquis à la science que le mode d'alimen-

tation de Tenfant qui vient de naître décide de la formation de sa charpente osseuse^ et que le rachitisme a le plus souvent pour cause une alimentation insuffisante. C'est également un fait acquis à Tobservation que , par la gymnastique , par le régime, par cette éducation du corps nommée entraînement et condition^ on peut donner à Tenfant, à Tadulte , à l'homme, presqu'à volonté, cette force, cette souplesse qui ^nous paraissent extraordinaires, prodigieuses, surnaturelles, dans les athlètes de profession, et qui cependant ne sont que le développement dans leur plénitude de la force et de la souplesse dont le principe est en nous tous. Ce que Backwell, ce grand statuaire de la nature vivante, qui fait de la chair, du sang, des nerfs, ce que Barye fait de la terre, du marbre, du bronze , ce que Backwell fait du corps de Tanimal, la civilisation pourrait le faire du corps et de l'esprit de l'homme, si elle s'y appliquait, si elle assignait ce but à ses efforts. Quel but ])lus digne d'elle peut-on lui proposer? Réformer ainsi rationnellement Thomme, ne serait-ce pas

mieux que de le punir judiciairement? Lui donner toute la force, toute la santé, toute la beauté, toute la longévité qu^il est susceptible d'acquérir, ne serait-ce pas plus utile que de déplacer telle limite internationale au prix de tout le sang et de^ tout l'argent que coûtent la guerre et la victoire? Que gagne Vhumanité à ce que tel Etat s'agran. disse aux dépens de tel autre, à ce que tel peuple vaincu soit asservi par tel peuple vaiqueur? Que gagne l'Autrichien à l'oppression de la Lombardie ? Que gagne le Eusse à la possession de la Pologne? L'Autrichien et le Eusse en sont-ils plus robustes, plus instruits, plus heureux , pluslibres, plus éclairés, plus civilisés? En sont-ils mieux conformés? En vivent-ils plus longtemps? Ne vaudrait-il pas mieux conquérir des années que des provinces? Ne vaudrait-il pas mieux faire des centenaires que des opprimés? En Europe, l'homme ne vit moyennement que trente-cinq ans , lorsqu'il pourrait vivre quatre-vingt-dix ou cent ans(l). 11 ne meurt pas, il se tue (2).

•Ij I/homnie qui ne meurt pas de maladies accidentelles vit partout quatre-vingt-dix ou cent ans. BUFFOX.

2) La durée normale de la vie de rhonimc est d'un siècle.

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Au lieu d'apprendre aux hommes à s'entr 'égorger, ne vaudrait-il pas mieux leur apprendre à vivre de toute leur double vie corporelle et intellectuelle? Si cela est possible, pour([uoi ne pas l'entreprendre? Pourquoi ne pas s'efforcer de sortir des deux ornières creusées dans le passé des siècles, Tune par le poids des bagages de guerre, l'autre par le nombre des instruments de supplice ? Pourquoi ne pas s'appliquer à compléter l'œuvre de rénovation sociale si puissamment commencée déjà par l'application de la vapeur à la locomotion, et de l'électricité à la télégraphie? Assurément, c'est beaucoup que la rapidité des communications^ des échanges, des dépêches ; mais ce n'est pas tout ! Il y a encore autre chose à faire que de transporter les hommes d'un bout du monde à l'autre, c'est d'obtenir d'eux par la culture, par la civilisation, tout ce qui est en eux. C'est ce qu'on devrait

Une vie séculaire, voilà donc ce que la Providence a voulu doDUcr h rhomnie. Peu d'hommes, il est vrai, arrivent à ce < grand terme ; mais aussi combien peu d'hommes font-ils ce qu'il faudrait faire pour y arriver? Avec nos mœurs , nos passions, nos misères, Thommc ne meurt pas ; il se tue. »

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