‹ La liberté et le devoirChapitre 114 sur 205 · r,K l)i;V(jIM. — LA H.N UKIlMI.Ili: ItK I. lIo.MMi; liil · texte numérisé non relu

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— rien n'autorise toutefois à dire que ce i»iogrùs sera continu et sans terme. Toutes les données des sciences cosmologiques démontrent au contraire que la vie terrestre aura une fin, comme elle a eu un commencement, et que le progrès de l'humanité s'arrêtera avec riiumanité clle-nirme.

Quant au i)rogrùs s;ins fin pour chaque individu, nous n'hésitons pas à nier la possibilité de cette hypothèse.

D'abord il est contradictoire de proposer à la volonté raisonnable une série indéfinie de fins, dont aucune ne seraitla fin dernière. On appelle fin dernière celle qui est voulue par elle-même et à laquelle se rapportent toutes les autres fins intermédiaires et tous les moyens. Ainsi sije veuxun remède pour recouvrer la santé, la santé pour pouvoir travailler, le travail pour gagner de l'argentj'argent pour pouvoir vivre, ce dernier motif sera la fin dernière de mon acte ; il joue dans la série des fins subordonnées, un rôle analogue à celui du premier moteur (1); c'est lui qui donne l'orientation au désir et à l'exécution. Si, au contraire, vous le supprimez, il n'y a plus de but, et partant plus de désir, ni d'action, car il ne peut y avoir d'action réfiéchie et intentionnelle sans un but. Ainsi si vous supposez que A est voulu pour B, B pour G, G pour D... et ainsi de suite sans ternie, vous supprimez le terme de l'action, et partant l'action elle-même, car on ne peut ordonner des moyens qu'en vue d'une fin.

Mais, me dira-t-on, ne suffirait-il pas de nous pro- pin poser une fin dernière idéale,(.[m pourrait, sans avoir Sl^pas

(1) « Ultimus finis hoc modo se habet in movendo appetitiim, sicut se habet in 'aliis motionibus primus movens. » S. Thomas, ia 2x, q. 1, a. 6 ; Conlra Genl., 1. III, c.2, 17: Suarez, De fine /lom., disp. III, sect. 1.

jamais de réalité, jouer le rôle de fin dernière et attractive ?

Je réponds que si vous supposez cet idéal impossible et à jamais irréalisable, il ne pourra jamais faire vouloir une volonté raisonnable, car on ne peut vouloir ce que l'on connaît être impossible (1). D'autre part, il est contradictoire de supposer qu'un bien, même idéal, reconnu impossible pour l'homme, et partant disproportionné à la nature humaine, soit le bien naturel, le terme dernier de la nature humaine. Le bien d'un être, c'est ce qui est bon pour lui, ce qui peut le compléter et le rendre parfait ; un bien idéal inaccessible et à jamais irréalisable nepeutjouercerôlesans une contradiction flagrante.

Du reste pratiquement, la vie terrestre ayant une fin pour tous les individus, ce progrès indéfini vers la perfection et le bonheur ne pourrait se continuer que par des transmigrations d'âmes ou des réincarnations,qui nous conduiraient aux rêveries de la Palingénésieou de la Métempsychose, et à la négation des sanctions éternelles et définitives, dont la justice divine ne peut se passer.

2. Le Une autre difficulté reo;arde la portée de ce sentidésir de ■ ^ . .

bonheur mcut coustitutif dc uotrc nature,qui oricute toutes nos

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animaux, aspiratious vers le bonheur parfait. Ne trouvons-nous pas ce désir d'être heureux jusque chez les animaux les plus dégradés, et s'il est capable de prouver la vie future ne faudrait-il pas l'admettre pour les animaux aussi bien que pour l'homme?

Cette objection que l'on s'étonne de trouver chez des écrivains distingués, comme M. Taine, est facile-

(1) « Nihil enim uiovetur ad id, ad quod impossibile est pervenire. » S. Thomas, Conlra Genl., 1. III, c. i.

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