‹ La liberté et le devoirChapitre 115 sur 205 · II. LK DKVOIK. — LA FIN DKRNIÈIIE UK LUmMMIC iJi.'J · texte numérisé non relu

II. LK DKVOIK. — LA FIN DKRNIÈIIE UK LUmMMIC iJi.'J

meut résolue pour le philosophe (jui n'a pas oublié la distinction essentielle entre l'homme et la bête (1). Il est faux que l'animal puisse, comme nous, soupirer ai)rès le bonheur parfait, puisqu'élant incapable d'idée générale et d'idéal, il ne sait ce que c'est que le bonheur et la perfection. (Comment désirerait-il ce qu'il ignore et ce qu'il no peut môme pas connaître? Sans doute, l'aninial jouit et soulfre, sans toutefois se rendre compte qu'il est heureux ou malheureux; et nous avons toujours repoussé la théorie cartésienne de l'animal-machine. Uuo s'il jouit et souffre, son Bomd à instinct doit le porter à fuir la soulfrance et à chercher .lesiintc

, 1 . . ... . lerrcslre.

le plaisir ; mais un instinct est une puissance aveugle et irrélléchie, dont l'animal ne peut avoir conscience et se rendre compte. Un estomac aussi jouit et souffre, il a des besoins concrets, mais il n'a aucun besoin d'idéal, aucune faim, aucune soif de perfection et de bonheur parfait.

Du reste, l'animal n'est pas une personne morale, à qui Dieu puisse faire des promesses de bonheur céleste. Il n'a ni vertus ni vices, que Dieu puisse récompenser ou punir. Loin d'être une personne, il est plutôt une chose faite pour le service de l'homme. Telle est donc sa destinée toute terrestre, il n'y a aucune raison de lui en supposer une autre supérieure à sa nature.

Une troisième difficulté a été tirée de la lin toute 3. fib céleste que nous avons assignée à l'homme ; i' semble r„omme qu'étant fait pour une autre vie, il soit moins apte à céiesie.

(1) s. Thomas, Contra Gent., liv. Ul, ch. 112. — Cf. Aristote, « Nous ne pouvons appeler heureux, ni un cheval, ni un bœuf... car aucun d'eux n'est capable de lanoble activité que nous assignons à l'homme ». A/or. Nie, liv. I, ch. 7, § 9 ; liv. X, ch. 8, § 8 ; Mot: Eud., liv. 1, ch. 7, § 3 (B. S. H.).

douter.

la vie terresti-e; qu'étant obligé de lever la tête vers le ciel, il soit exposé à trop oublier la terre et les intérêts matériels. Le progrès et la prospérité temporelle des nations ne pourraient-ils pas souffrir d'un idéal si élevé et si céleste? Ce qui semblerait confirmer cette crainte, c'est qu'une multitude de saints personnages, mus par la force logique du principe, ont méprisé les biens terrestes, et, devenus pauvres volontaires, ont quitté même la société des hommes pour se retirer dans les déserts, et ne penser qu'au ciel. L'excès Le fait est incontestable, mais incomplet. L'histoire "f r^^* ajoute que l'exemple des saints qui ont quitté le monde n'a jamais été contagieux au point qu'on ait jamais vu les cités désertes, les marchés abandonnés, le commerce et l'industrie paralysés. Pas plus que l'exemple de la chasteté volontaire n'a été une menace pour la perpétuité du genre humain. Ces exemples héroïques sont le « sel de la terre », suivant la parole du Maître. Il 5^ aura toujours assez d'exemples contraires et opposés ; il y aura assez de tendances à l'amour des richesses et du bien-être, à la corruption individuelle et collective, pour comprendre le rôle éminemment social de ce sel divin del'héroïsme et de la sainteté, qui relève le niveau de la moralité, et l'empêche de trop déchoir : la sainteté est comme un arôme qui conserve ou rectifie les mœurs publiques.

Mais, hâtons-nous de le remarquer, les conclusions héroïques que les saints ont tirées du principe de la fin dernière, précisément parce qu'elles sont héroïques^ ne sont pas obligatoires, et dépassent tellement la vertu moyenne du commun des hommes, qu'elles ne peuvent devenir la pratique générale. L'excès prévu par l'objection n'est donc pas à redouter.

Page 1