‹ La liberté et le devoirChapitre 117 sur 205 · II. IK DEVOIR. — I.A FIN IJFRMKRK DK L'iIOMMK · texte numérisé non relu

II. IK DEVOIR. — I.A FIN IJFRMKRK DK L'iIOMMK

serait trop exagéré, — mais seulement d'ouvrir la porte et de faire iiiie place légitime à un certain amourdesoi. C'est là ce que nos modernes stoïciens ne peuvent souffrir. Ils veulent exiger de l'iiomme qu'il accomplisse €le devoir pour le devoir », exclusivement, et sans aucune recherche de la perfection et du bonheur qui peuvent en résulter pour lui. L'amour du devoir, s'il n'excluait pas tout amour de soi-même, serait aussitôt taxé d'égoïsme et condamné impitoyablement.

Or une telle exigence nous paraît d'une rigueur excessive et contre nature. M. OUé-Laprune l'a fort bien /^°"ir.'\ démontré. < Si complet que soit le désintéressement, arrive-t-on jamais à se dépouiller si totalement de soi, que, dans toute la rigueur des termes, on ne songe nullement à soi? Y peut-on, y doit-on arriver? Fautil que l'amour du bien, pour n'être pas mercenaire, atteigne ce degré, chimérique, ce semble, de désintéressement? Sera-ce aimer encore que de ne trouver jamais dans l'amour le plaisir d'aimer ? Le bien pourra-t-il se montrer, se faire connaître, se faire aimer, se faire vouloir, sans se faire goûter et sans devenir ainsi le bien de celui qui le connaît, l'aime et le pratique? Le sacrifice par lequel on lui immole tout, n'aura-t-il pas je ne sais quelle amère mais incomparable douceur? Et les vertus héroïques ne produisentelles pas de mâles, d'âpres joies, très profondes, j'allais presque dire très enivrantes? Faut-il proscrire l'enthousiasme ? Faut-il, dans la vie ordinaire, interdire à l'homme de bien de se plaire au bien, et lui reprocher, comme une faiblesse qui entame sa vertu, cette ardeur, cette sorte d'allégresse qui semble augmenter sa vigueur morale et communiquer à ses démarches une plus heureuse souplesseet une aisance gracieuse? Singulières profondeurs de l'âme humaine ! Mystérieuse alliance de ce qui semble se contredire et

s'exclure, la douleiii' et la joie dans le sacrifice, l'oubli de soi et le contentement intérieur, le désintéressement de la vertu et le plus grand des biens, l'intérêt personnel, osons le dire, le plus élevé, mais le plus cher, le plus précieux, trouvé dans la vertu même.

« Qui médite ces choses, ne repousse point Yeudémonisme ; car c'est une doctrine qui maintient que le désintéressement est possible,et qu'il est beau et qu'il est bon, mais que l'on ne peut se déprendre complètement de soi-même, devenir indifférent à soi-même. On doit mourir si le devoir le demande, sans doute ; mais la mort n'est pas le terme où va l'action, où va la vie. La pratique du bien n'anéantit pas, elle vivifie ; et il y a une manière en quelque sorte de s'aimer soimême qui est non seulement nécessaire, mais légitime, noble, moralement bonne (1). »

Le devoir Sous ces beaux développements littéraires, si perîu-un suasifs, il y a une raison profonde qu'il est facile de "'°^*"' découvrir et de mettre en relief. Le devoir n'est, au fond, qu'un moyen et non une fin. Commander pour commander, ce serait un caprice absurde et tyrannique : le devoir ne commande donc et ne s'impose que pour nous faire atteindre un but.

Or ce but n'est pas la mort, c'est la vie, la vraie vie, la vie supérieure, par opposition à la vie animale, la vie raisonnable, seule digne de l'homme, et que l'on peut appeler divine, puisqu'elle a pour objet suprême de contempler et d'aimer Dieu, suivant la belle formule d'Aristote lui-même : rov Oehv OepxûeUiv v.iy.1 6eoipeîv (2).

Or cette vie parfaite est aussi la vie bienheureuse, et c'est à la conquête de ce souverain bien que marche la vertu. Conquête laborieuse, sans doute, et souvent

(1) Ollé-Laprune, Mo7-ale d'Aristote, p. 234.

(2) Mor.Eud., liv. VII, cli. 15, § IG.

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