II. LF, DRVOIR. — r.A V\S DERNIKRK DE L'HOMME
pénible, car elle nous impose l'efTort, la lutte, le sacrifice, et parfois jusqu'au sacrifice de cette vie terrestre. Mais, encoie une fois, ce n'est pas le sacrifice ni la mort qui sont le but ; ils ne sont que des moyens pour atteindre cette vie bienheureuse, rô Çv^ y.ay.arJr.K, qui peut se Commencer ici-bas, mais ne doit pleinement s'épanouir et se fixer que là-haut. Si tel est le but imposé à l'homme, il est clair Leimi
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qu'une fois atteint, il sera bien bon et bien doux pour p^^*"^' lui d'y être parvenu. Le stoïcisme le plus superbe "•«"»«• est forcé d'en convenir. Mais alors pourquoi, en tendant vers ce but, nous interdire de le prévoir, de le vouloir, de le désirer, d'y penser avec comi)lnisance, de nous réconforter dans sa douce espérance ? Vouloir nous forcer à dédaigner cette fin ou à l'exclure de nos intentions, alors qu'elle nous est imposée, ne seraitce pas le renversement de l'ordre éternel des choses? Est-ce même possible?
On ne comprend pas un être fait pour la vie et qui ne voudrait pas vivre, ou n'en sentirait aucun besoin ; un être qui serait à ce point son propre ennemi, qu'il aspirerait à son propre malheur, ou du moins serait indifi'érent à son propre bonheur et incapable de s'y complaire. Cet être, s'il existait, serait un monstre dans la nature.
L'homme ne peut pas ne pas s'aimer soi-même, et ne pas se vouloir du bien, parce qu'il lui est impossible de se séparer de lui-même.
« Cette amitié, suivant la belle remarque d'Aristote, ressemble beaucoup aux atTections de famille. 11 ne dépend pas de nous de les dissoudre, ni l'une ni l'autre. On a beau se quereller, on n'en est pas moins parent; et l'individu, malgré ses divisions intestines, n'en est pas moins un et indivisible durant toute sa vie (1). »
(1) Aristote, Morale ù EiuL, liv. Vil, cli. G, § 17 (B. 8. M.).
Tout l'efïort de la morale doit donc consister, non pas à nier ou à refouler cet instinct de la nature, mais seulement à l'empêcher de s'égarer en le dirigeant vers le bonheur véritable qui est en Dieu. En cela rien d'égoïste.
. ^^^ L'égoïsme consiste à se faire centre, principe et fin
egoisme o ' i j.
et noble (\q ses actlous. Or le bonheur personnel ainsi entendu
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n'est plus l'uniqne fin où aboutisse notre action. L'idéal de perfection et de bonheur que je veux réaliser en moi est un idéal divin : je veux être bon, parfait, bienheureux, comme Dieu le veut, et dans la mesure où il le veut. C'est donc la volonté divine, et non la mienne, que je recherche et que je prends pour fin ; c'est par la sagesse éternelle et non par la mienne que je me laisse conduire; au lieu de rester en moi et dans mon égoïsme, je sors de moi, pour m'élever audessus de moi, et monter jusqu'au principe d'où je viens et où je dois retourner ; en plaçant mon bonheur en Dieu, c'est à Dieu que je le subordonne. Il n'est donc plus égoïste, mais bien ordonné; selon le plan éternel.
« Il n'y a pas là d'égoïsme, concluait Aristote, mais une merveilleuse, et très noble manière de s'aimer : on ne s'aime jamais mieux soi-même que lorsqu'on s'efforce d'être ainsi bon et parfait. > — « C'est là, ajoutait-il, un noble égoïsme, qui l'emporte sur l'égoïsme vulgaire, autant que de vivre selon la raison l'emporte sur vivre suivant la passion : autant que l'amour du beau et du bien l'emporte sur l'amour de l'utile... C'est ainsi, je le répète, qu'il faut savoir être égoïste, au lieu de l'être comme on l'est généralement » (1).
bS.r Du reste, nous Tavons déjà dit, la vie et le bonheur
est le
'mêu''^ (1) Aristote, Eth. Nie, liv. IX. ch. 8, § GOl (B. S. H.). - Cf. Grande morale, liv. II, cli. 15, § 1 : et ch. IG, § 1.