‹ La liberté et le devoirChapitre 124 sur 205 · II. LE DEVOIR. — LA LOI MORALE t&l · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIR. — LA LOI MORALE t&l

à la raison. Mais, encore une fois, s'il ne me plaît pas d'être raisonnable, et s'il me plait de suivre les plaisirs des sens plutôt que la raison, on nepeutm'iraposer le contraire, s'il n'y a plus une volonté supérieure à la mienne. Ne relevant plus que de moimême, je ne relove de rien ; je suis mon maître et j'échappe au devoir.

Tant il est vrai qu'on ne se commande pas à soimême, malgré soi-même, et que lecommandement moral n'a plus aucun sens sans deux termes distincts : l'un inférieur capable d'obéir, et l'autre supérieur qui ait autorité pour commander. Toutes les lictionsqu'on pourrait imaginer pour remplacer le Législateur réel par une abstraction quelconque, décorée du nom pompeux d'ordre moral ou tout autre, ne seront que des abstractions sans réalité, et partant incapables de produire une réelle obligation. Il faut une cause réelle pour produire un elfet réel, un législateur réel pour diriger, ordonner, et commander réellement avec autorité. Nous le verrons encore mieux en critiquantplus tard la fameuse « autonomie » de Kant, ainsi que les < équivalents du devoir >, imaginés pour remplacer le véritable devoir.

Concluons donc, avec Suarez, que toute loi morale suppose un vrai législateur, ou la direction d'un inférieur vers sa fin par un supérieur (1».

Après ces notions communes à toute loi morale, il lcs e»nous faut parler brièvement des espèces de lois, car ''ï».*'" il y a une loi éternelle et des lois temporelles ; parmi les lois temporelles, une loi naturelle et des lois positives ; et parmi ces dernières des lois divines et humaines, soit ecclésiastiques, soit civiles.

(1) « Lex, est coordinatio superioris ad inferiorem per proprium iinperiiim. «Suaroz. De Legib.

i'>62 FONDEMENTS T)E r.A MORALE

La loi La loi éternelle, — que Gicéron lui-même met à la éternelle. ^^^^ ^^ ^^^^ l'ordre moi'al, en la décorant du nom pompeux de loi pri^iceps, d'où toutes les autres dérivent ou tirent leur force obligatoire, — a été définie par S. Augustin : « La raison ou la volonté éternelle de Dieu, ordonnant de respecter l'ordre et défendant de le violer (1). »

Cette volonté divine, antérieure et supérieure à toutes les créations possibles, ne saurait être mise en doute. Si Dieu existe, s'il est la sagesse éternelle, ordonnant toute cbose, il ne peut pas, sans se renier lui-même, ne pas vouloir le maintien, par toutes les créatures, de l'ordre qu'il conroit et leur impose déjà de toute éternité. En conséquence, aucune créature ne peut apparaître en ce monde sans se trouver, dès sa naissance, sous l'empire de cette loi éternelle : elle y naît sujette, et rien ne pourrait la soustraire à son empire. C'est là un ellet de la contingence essentielle à toute créature.

Sa Loin de nous la pensée de faire de cette loi éter-

nelle, comme une seconde divinité, à la manière des Idées séparées de Platon. Elle n'est pas davantage une fiction, ni une abstraction de l'esprit, car elle n'est autre chose que Dieu lui-même, en tant que sa sagesse éternelle est le principe et la règle souveraine de l'ordre universel, dans tous les mondes présents, passés, futurs ou purement possibles. De même que la Vérité divine est le fondement éternel d'une géométrie absolue, indépendante de notre monde sublunaire ; ainsi sa Sagesse est le fondement d'une loi éternelle, d'une morale absolue.

(1) « Ratio vel Voluntas Dei ordinem iiaturalem conservari jubens et perturbari vetans. » S. Aug., Conlra Fauslum, XXII. 27. « Ratio divin?e sapientiae, secunduni qnod est directiva omnium actuum et motionum. « S. Thomas, V 2®, q. 93, a. 1.

nature

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