‹ La liberté et le devoirChapitre 125 sur 205 · II. LK DKVOIH. — LA LOI MOHALE 2*).'i · texte numérisé non relu

II. LK DKVOIH. — LA LOI MOHALE 2*).'i

Les païens eux-mêmes, comme Platon, Aristote et Cicéion, ont reconnu cette vérité, et l'ont célébrée avec admiration (i). C'est, en effet, à la lui éternelle, comme à leur support essentiel, que toutes les autres lois, même les lois humaines, empruntent leur force et leur solidité, en sorte que sans elle toutes les autres lois crouleraient.

Pourquoi les lois civiles de nos assemblées légis- fon^f-

^ " ment des

latives nous obligent-elles en conscience, supposé m» haqu'elles soient justes et pour le bien public, in honurn commune, comme il a été dit plus haut ? (l'est parce que étant conformes à rordre,étant l'expression même de Tordre dans la société actuelle, nous sommes tenus de respecter l'ordre établi par l'autorité compétente partout où il se trouve ; telle est la volonté de la Sagesse éternelle, sans laquelle l'ordre du monde ne serait plus qu'anarchie.

Suffirait-il, pour constituer uneobligation véritable, d'invoquer la Action d'un pacte social antérieur, ou la volonté arbitraire d'un monarque absolu, ou d'une majorité quelconque? Nullement. Toutes les fois qu'on a séparé la loi civile de la loi éternelle, le droit humain du droit divin, l'on n'a abouti qu'à l'apothéose d'une volonté humaine, que ce soit celle d'un seul homme, de plusieurs ou d'une majorité numérique, il importe peu, car elle reste toujours une vo-

(1) (' Haric video sapienlissimorum fuisse senlentiam. legem neque hominis ingeniis excogitatain, nec scituin aliquod esse populorum, sed aeternum qiiiddam, quod tiniversum munrlum regeret, imperandi prohibeiniique sapientia. Ita principem leqem illam et ullimam mentem esse dicebant omnia ratione aut cogentis aut vetaiilis Dei : ex qua illa lex, quam dii hiimano generl dedenint recte est laudata... Erat enim ratio profecta a reriim natura et ad recte faciendum impellens et a delicto avocans, quaî non tiim denique incipit esse lex, cum scripla est, sed cum orta est. Orta autem sinuil est cum mente divina. Quamobrem lex. vera atque p>-inceps apta ad jubendum et ad vetandum ratio est recta summi Jovis. » Cicéron, Da Le gibus, II, ch. 4.

lonté humaine, incapable par ce seul titre de commander et d'imposer son joug à d'autres volontés humaines, égales à elle par leur origine et leur nature. Cette orgueilleuse apothéose de l'homme, divinisant tantôt la volonté royale, tantôt la volonté populaire, ne pouvait produire que ce qu'elle a produit tôt ou tard : le despotisme odieux ou la licence eiîrénée, aboutissant à un nouveau despotisme : la force primant le droit.

Une saine morale doit condamner également ces deux excès non moins funestes; elle doit proclamer hautement que ni la volonté du prince, ni la volonté du peuple, ne suffisent par elles-mêmes à créer une loi vraiment digne de ce nom, c'est-à-dire obligatoire en conscience. Il faut en outre que leur loi participe à la Majesté de la loi éternelle, en étant l'expression, temporelle et contingente, de l'ordre essentiel et naturel des choses ; qu'elle protège Tordre raisonnable de la société et réprime le désordre. Dans ces conditions, la loi civile sera juste et sainte, elle sera une extension et comme une émanation de la justice éternelle et de la sainteté divine, et s'imposera à nos consciences en leur nom, au nom de cette Loi éternelle commandant que toujours et partout Tordre soit respecté et Tautorité légitime obéie.

Au-dessus du pouvoir politique plane donc Tordre divin qui fait toute sa force, comme elle lui trace les limites qu'il ne peut dépasser sans dégénérer en usurpation et tyrannie (1).

Tonie Ainsi, comme toute i)aternité découle de la Patervient de nlté (Ic Dicu, commc toute autorité dérive de son Autorité première, toute loi humaine puise sa force obligatoire à la source de la loi éternelle, expression

(1) « Omiies leges, in quantum participant de rationê recta, derivantur allège ;plerna. » S. l'homai=:. la •>«, q. 9;i, a. 3.

Dieu.

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